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21
novembre 2007
Petits malheurs
Rubrique : Enfance.J'ai déjà eu l'occasion, à deux ou trois reprises, de parler d'une certaine Sejla, une fille qui était dans ma classe et qui prenait un malin plaisir à me rabaisser dès qu'elle le pouvait. Elle ne manquait jamais une occasion de me ridiculiser, ou de se moquer de moi, ou de me bousculer, ou de répandre des mensonges à mon sujet. Elle n'était pas tellement appréciée des autres enfants d'ailleurs, à part peut-être d'une fille qui la suivait partout comme son ombre.
Un jour avec l'école, nous sommes allés assister à une sorte de représentation musicale dans une salle de spectacles de Sarajevo. Au moment d'entrer dans la salle, la maîtresse a pris le programme du spectacle, qui tenait sur une petite feuille jaune. Voyant que ceci m'intéressait, et sachant que j'aimais la lecture, elle m'a donné la feuille. Plus tard, une fois dans la salle, j'ai eu le malheur de me retrouver assise juste devant Sejla. Pendant toute la durée de la représentation, elle n'a pas cessé d'envoyer des coups de pied dans le dossier de mon siège, ce qui était très pénible. Et moi je n'osais pas protester, de peur qu'elle m'en donne deux fois plus.
Le spectacle étant assez ennuyeux, j'ai ressorti le petit programme que m'avait donné la maîtresse afin de le lire un peu. Je n'en ai pas eu le temps : Sejla me l'a arraché des mains sans que j'ai le temps de dire ouf. Alors je me suis retournée pour la regarder, et bien sûr elle m'a fait un grand sourire méchant, qui voulait dire : "T'es pas contente ? Tant mieux !" Après quoi elle a plié la petite feuille jaune afin d'en faire un avion, qu'elle a envoyé sur la scène, au beau milieu des comédiens...
La maîtresse, outrée par un tel manque de respect envers les artistes, s'est levée de son siège afin de punir la coupable. Et elle a cru que c'était moi, puisque j'étais la seule à être entrée dans la salle avec le programme. Elle m'a fait signe de venir m'assoire tout de suite à côté d'elle, et quand je suis arrivée à ses côtés elle m'a dit très en colère : "Alors là tu vas être punie !" Et moi je me suis mise à pleurer, car je n'aimais pas l'injustice, personne n'aime cela, surtout pas les enfants. L'institutrice était quand même un peu incrédule, car ce genre de comportement n'était vraiment pas dans mes habitudes, moi qui étais toujours si discrète, voire carrément inexistante... Si bien qu'à la fin du spectacle elle m'a demandé si c'était bien moi qui avais jeté ce petit avion sur la scène. J'ai répondu non. Et elle a dû me croire, car je n'ai pas eu la moindre punition... En attendant Sejla était très fière de son coup.

Collection personnelle
Une autre fois, nous étions cinq ou six filles assises autour d'une table, en classe, en train de dessiner et colorier. Il y avait Bojana, qui était ma seule amie. D'un seul coup Bojana a eu une idée lumineuse, quoique pas si lumineuse que ça, elle s'est exclamée : "La dernière qui prend un feutre bleu, on va l'attacher pendant la récréation !" Evidemment, le temps que je réagisse, toutes les autres avaient déjà saisi un feutre bleu... Bojana m'a regardée, elle avait l'air déçue, elle n'avait pas dû penser que ça risquait de tomber sur moi. Mais elle ne pouvait plus revenir en arrière vis à vis des autres, alors elle m'a dit : "Dzana c'est toi qu'on va attacher". Les autres filles trépignaient déjà d'impatience, surtout Sejla qui jouissait de me voir si inquiète. Sejla en rajoutait même, elle me disait : "On va t'attacher ! Pis on va te déshabiller et te laisser toute seule toute la journée ! Et on viendra te frotter la figure avec des orties !" Elle exagérait, mais moi je la croyais, et j'étais dévorée par l'angoisse... J'ai décidé qu'à la récréation, je resterais le plus près possible des institutrices, ainsi les autres n'oseraient pas venir me persécuter.
Mais je n'ai pas réussi à rester près des institutrices. Les autres filles m'ont bousculée et m'ont emmenée dans un coin reculé de la cour. Bojana suivait sans participer, j'espérais qu'elle allait m'aider mais elle ne disait rien. Pendant que les filles me tenaient les mains dans le dos, Sejla s'apprêtait à me nouer les poignets avec une corde à sauter. J'étais complètement désemparée, alors j'ai regardé Bojana en la suppliant du regard de mettre fin à ce supplice. Finalement Bojana s'est écriée : "Arrêtez ! On va plutôt attacher Sejla !" Bien sûr Sejla est devenue toute rouge de colère devant ce changement de programme, et a demandé des explications. Mais Bojana lui a répondu de se taire et a ordonné aux autres : "Attachez-la !" Et les autres filles, en vrais moutons de Panurge, m'ont laissée tomber et s'en sont prises à Sejla qui se débattait dans tous les sens. Alors moi je me suis enfuie discrètement, afin de me faire oublier...
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Commentaires
1. Le jeudi 22 novembre 2007 à 10:44, par kiara_69
Waou... c'était moins une, merci Bojana !
Je sais pas comment tu fais pour ne pas leur en vouloir, à ta place je retournerais en Bosnie juste pour mettre une bonne raclé à Sejla... Rien qu'à lire tes histoires j'ai déjà envie de la frapper alors vraiment "chapeau bas" pour ton calme et ta discipline :)
2. Le jeudi 22 novembre 2007 à 22:03, par charliedelta
Quelle spontanéité dans votre façon de raconter vos souvenirs.
merci.
3. Le vendredi 23 novembre 2007 à 15:08, par Dzana
Bonjour
Kiara > Je ne lui en veux pas, quand j'y repense ca me fait meme un peu rire... Meme si c'est vrai que sur le moment je ne riais pas du tout :)
Gilbert > Merci. je suis contente que le plaisir soit partagé :)
4. Le samedi 24 novembre 2007 à 01:16, par Pellegrino
Les enfants à cet âge sont souvent agités...
Il y a toujours un dominé et un dominant...
Inclure le "sens moral" à un enfant à cet age c'est tres difficile, mais dzana l'avait déjà!
L'interet des ecoles publique est là justement, permettre aux enfants de se construire en se confrentant avec les autres sujets!
5. Le samedi 24 novembre 2007 à 17:50, par Dzana
Heu, je ne sais pas si j'avais un "sens moral" :) Mais je n'aimais pas voir les autres souffrir, ça c'est sûr.
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