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29
novembre 2007
L'anniversaire
Rubrique : Enfance.Un beau matin, alors que j'étais dans les rangs pour entrer en classe, comme tous les jours, à penser à je ne sais quoi, j'ai aperçu Bojana en train de distribuer aux autres enfants de mystérieux petits cartons bleus et blancs. Très curieuse, je me demandais ce qu'il y avait sur ces cartons et j'attendais avec impatience qu'elle vienne m'en donner un. Malheureusement la maîtresse nous a fait entrer en classe avant que Bojana n'ait eu le temps de terminer sa distribution.
A cette époque nous n'en étions encore qu'aux balbutiements de l'apprentissage de l'écriture. Le matin, la première chose que nous faisions en classe, c'était de lire une cinquantaine de syllabes que la maîtresse avait écrites sur le tableau. Tout le monde lisait à haute voix, en suivant la baguette de l'institutrice qui courait sur le tableau. En général je faisais semblant de lire. J'aimais apprendre, j'étais une petite élève assez sérieuse, mais ces séances de lecture à haute voix ne m'intéressaient pas du tout, alors je remuais les lèvres pour faire croire que je participais, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Dommage d'ailleurs, car cela m'aurait peut-être aidée à travailler mes gros problèmes d'expression et d'articulation.
Ce matin-là ce fut encore plus difficile. Non seulement je n'avais nulle envie de lire les syllabes, mais surtout, je ne cessais de me demander ce qu'il y avait sur les cartons de Bojana, pourquoi elle en donnait à certains et pas à d'autres, et est-ce que j'en recevrais un. Quand ce fut l'heure de la récréation, je me suis empressée de sortir dans la cour pour essayer d'en savoir plus.
Bojana a continué sa distribution, mais toujours pas l'ombre du moindre petit carton pour moi... Je n'ai pas eu beaucoup de mal à comprendre de quoi il s'agissait, puisque Sejla est venue me l'apprendre. Sejla, celle qui aimait tant me faire du mal... Elle est venue me voir et m'a dit comme ça : "Alors tu es invitée à l'anniversaire de Bojana ?" Elle a rajouté avec une fausse gentillesse : "Elle ne t'a pas donné une invitation ? Non ? Va vite lui demander, je crois qu'il lui en reste une ou deux..." Quelle méchanceté, elle avait deviné que je n'y aurais pas droit...
Sans trop d'espoir j'ai quand même tenté ma chance. Je n'ai pas demandé directement à Bojana, j'étais trop timide, mais je suis clairement passée juste devant elle, au cas où elle m'aurait oubliée. Mais elle m'a regardée et n'a pas fait attention à moi. De toutes façons, elle n'avait plus de cartons... Alors j'ai retenu mes larmes jusqu'aux toilettes, là j'ai fermé la porte et le verrou et me suis mise à pleurer. Pourquoi n'étais-je pas invitée ? Bojana était ma seule et unique amie, pourquoi ne voulait-elle pas de moi à son anniversaire ? J'étais d'autant plus désespérée qu'elle avait aussi invité Jovo, le garçon que j'aimais tant... C'était trop de souffrance pour moi.
J'ai tellement pleuré que j'en ai oublié le temps qui passait. Bien plus tard j'ai entendu une voix qui m'appelait dans la cour : "Dzana ? Dzana ?" C'était un élève de ma classe, qui avait été envoyé à ma recherche par la maîtresse, étonnée qu'elle était de ne pas me voir assise à ma place. Alors j'ai séché mes larmes et suis sortie de ma cachette. Puis je suis retournée en classe la gorge serrée, pour m'assoire à ma place sous les yeux étonnés de tous les autres enfants, car ce n'était vraiment pas dans mon habitude d'être en retard comme ça.

Collection personnelle
Je n'ai plus décroché un seul mot de la journée. Comme d'habitude d'ailleurs, sauf que cette fois-ci, en plus de ne pas ouvrir la bouche, je n'ai pas non plus souri, et n'ai pas fait le moindre effort pour suivre les leçons. Le soir à la maison, ce fut la même chose, je ne pensais qu'à une seule chose : l'anniversaire de Bojana auquel je ne participerais pas. Mes parents étaient étonnés de me voir si pensive et si triste mais je ne voulais pas leur raconter mon histoire.
Mais quand Maman est venue me dire au revoir dans mon lit, elle m'a demandé ce qui n'allait pas... Alors je me suis mise à pleurer et je lui ai tout dit. Et elle fut aussi triste que moi, ne comprenant pas trop, elle non plus, pourquoi Bojana ne m'invitait pas alors que nous l'avions accueillie ici pour dîner et passer la nuit deux ou trois semaines plus tôt... et qu'on s'entendait si bien, elle et moi. Pour me réconforter Maman m'a dit que ce n'était pas si grave que ça, que des anniversaires il y en aurait d'autres, et que ce n'était que partie remise. Mais ça ne m'a pas vraiment remonté le moral : moi c'était à l'anniversaire de Bojana que je voulais aller, pas à une autre éventuelle hypothétique fête. Je me suis endormie en me disant que finalement, avoir une amie, c'était trop beau pour être vrai, je n'aurais pas dû y croire, et qu'il fallait que je fasse une croix dessus. J'ai prié Dieu, en pleurant, sans Lui demander quoi que ce soit, juste pour vider un peu tout mon chagrin...
Deux jours ont passé, tristement, le soir je ne sortais même plus dans la rue, je ne voulais plus voir personne. Puis ce fut l'après-midi de l'anniversaire. J'étais dans le salon, devant la télé, quand le téléphone a sonné. Maman a décroché et m'a appelée : "C'est pour toi". Pour moi ? C'est bien la première fois de ma vie que je recevais un coup de téléphone. J'ai pris maladroitement le combiné, et à l'autre bout du fil c'était Bojana. Et elle s'est exclamée : "Ben tu es où ? Pourquoi tu n'es pas là ?" Je n'y comprenais plus rien... Bojana me connaissait bien, et savait que j'étais incapable de formuler une réponse claire en moins de deux minutes, alors elle a conclu rapidement : "Viens vite on t'attend !" Puis a raccroché...
J'ai expliqué la chose à ma mère, qui fut aussi contente que moi de ce retournement inespéré de situation, et m'a conseillé de me dépêcher de filer chez Bojana, qui habitait en bas de la rue. Une fois sur place j'ai eu le fin mot de l'histoire. Pour Bojana, il était tellement évident que je viendrais à son anniversaire, qu'elle n'avait pas jugé utile de me donner un carton... Pour moi ce fut un grand bonheur, et l'après-midi se passa merveilleusement bien... Vidimo se :)
Commentaires
1. Le jeudi 29 novembre 2007 à 15:53, par kiara_69
J'ai espéré jusqu'au dernier moment que c'était bien cette explication... pour elle c'était logique que tu viennes.
Vraiment, Dzana, tu devrais écrire un livre, sur toi, la Bosnie ou n'importe quoi d'autre. Chaque petite histoire que tu racontes, qui pourrait paraître sans la moindre inmportance, prend une ampleure considérable quand tu la raconte.
Sérieusement, je dirais que tu as l'art et la manière de mettre les choses en valeur, de raconter et d'illustrer... bref, n'arrête jamais d'écrire, tu es vraiment douée.
C'est que du bonheur, comme on dit chez moi :)
2. Le jeudi 29 novembre 2007 à 22:02, par charliedelta
Kiara_69 a raison, vous possédez une grande aisance pour nous rappeler vos souvenirs et les petits tracas de votre enfance et ceci avec une grande simplicité.
Bonne fin de semaine.
3. Le vendredi 30 novembre 2007 à 11:33, par Dzana
Merci à vous... Cependant je pense qu'écrire un roman est infiniment plus difficile que des billets de blog, et sincèrement je ne crois pas en être capable :)
4. Le samedi 1 décembre 2007 à 23:12, par kiara_69
Mais si... mets tes billets les uns après les autres et tu auras vite fait d'en faire un roman.
En tout cas, si un jour tu le fais, n'oublie pas de nous (tes fidèles lecteurs) en faire passer un exemplaire ;)
5. Le mardi 4 décembre 2007 à 00:47, par Dzana
Lol ! Compte sur moi pour t'en offrir un exemplaire, si jamais ce jour arrive :)
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