Bosna ! Bernard-Henri Lévy

Bosna ! est un film documentaire franco-bosniaque, réalisé pendant la guerre de Bosnie Herzégovine par Bernard-Henri Lévy, l'un des plus fervents défenseurs européens de la cause bosniaque dans les années 90. A travers ce film-monument, qui mêle images d'archives et prises de vue sur le terrain, c'est un véritable hommage à la Bosnie que nous a rendu Bernard-Henri Lévy.

Le film commence directement sur la zone des combats, en décembre 1993, en plein siège de Sarajevo, dans les tranchées autour de la ville. On y rencontre les soldats bosniaques, qui pour la plupart n'étaient pas des professionnels avant la guerre, et qui contrairement à toute attente résistent à l'oppresseur depuis bientôt deux ans, alors que le monde entier ne les imaginait pas tenir plus de deux mois... Des soldats bosniaques mais aussi, il est important de le souligner, un général serbe. Oui, le chef de la défense de Sarajevo est un Serbe, le général Jovan Divjak, aujourd'hui devenu héros national.

Puis Bernard-Henri Lévy part à la rencontre des gens. Des intellectuels, des journalistes, des soldats, des politiciens, et de simples gens de la rue... Et en premier lieu Ibrahim dit le sage, vieux Bosniaque qui se promène tristement dans les rues de sa ville, le coeur rempli de douleur. Ibrahim nous raconte toute l'histoire : comment les nationalistes serbes ont manipulé les foules, comment les bombardements ont commencé, comment il a appris les premières destructions et les noms des premiers morts...

Ensuite s'ouvre tout un volet politique, car Bernard-Henri Lévy rencontre directement Alija Izetbegovic, le président bosniaque... Alija Izetbegovic, présenté par Bernard-Henri Lévy comme un grand pacifiste, un homme qui n'aurait jamais imaginé qu'un jour, en tant que président de la jeune république de Bosnie-Herzégovine (indépendante depuis le 1er mars 1992), il aurait à gérer un conflit d'une telle ampleur. Bernard-Henri Lévy est un proche de François Mitterrand, alors président de la République française. Il espère bien servir d'intermédiaire entre les deux présidents. Et effectivement, une rencontre a lieu le 27 juin 1992... à Sarajevo même. Cette rencontre qui, comme on le devine, est placée sous très haute surveillance, ne sera hélas qu'un coup d'épée dans l'eau. Mitterrand fait rouvrir l'aéroport de Sarajevo, facilitant ainsi la venue de l'aide humanitaire. Mais ce petit geste sera le dernier, au grand désespoir des Bosniaques qui avaient placé tant d'espérance dans la venue du président français... (lire : François Mitterrand à Sarajevo).

Le film revient alors sur le terrain proprement dit. Des images difficiles, parfois insoutenables, mais qui ne sont que la réalité quotidienne d'une guerre qui touche avant tout des civils : des corps démembrés, des flaques de sang immenses sur les trottoirs, des morceaux de cervelle sur les murs d'une école, des amputations, et des morts, toujours des morts, filmés crûment sur les places de marché, ou dans les couloirs d'hôpitaux, des morts et des fous qui ont perdu la tête, qui ne savent plus où ils habitent ni qui ils sont, des enfants qui hurlent de douleur avec des éclats d'obus incrustés dans tout le corps, des soldats qui racontent leurs "exploits" (viols, égorgements, fusillades) des camps de concentration, des corps squelettiques et des jeunes femmes au regard perdu.

Le tournage du film s'arrête à la fin de l'hiver 1994. La guerre de Bosnie est loin d'être terminée, et comme chacun sait, le plus dramatique est encore à venir. Bernard-Henri Lévy conclut sur cette phrase : "Il faudra bien pourtant que l'Europe réponde, si nous ne voulons pas qu'il soit dit : l'Europe est morte à Sarajevo". Malheureusement, je crois bien que Bernard-Henri Lévy avait raison et que sa triste prophétie s'est réalisée. Je ne sais pas si l'Europe est morte, mais tout ce qu'elle a prouvé pendant ces quatre années de conflit, c'est que l'agonie et la mort d'un peuple sans défense ne la chagrinaient pas le moins du monde.

Pour la petite histoire, Bernard-Henri Lévy a expliqué qu'il n'aimait pas le surnom qui lui est couramment attribué à partir de ses initiales : BHL. Il ne l'aime pas... sauf en Bosnie-Herzégovine, ou ces initiales peuvent aussi signifer Bosnie-Herzégovine libre :)

Ci-dessous : l'introduction du film (3 minutes) et quelque images.

 

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Soldats protégeant Sarajevo
Un soldat de la défense de Sarajevo.

 

Ibrahim le sage

 

Ibrahim le sage
Ibrahim, le sage de Sarajevo.

 

Bernard-Henri Lévy avec des dirigeants bosniaques.
Bernard-Henri Lévy avec des dirigeants bosniaques.

 



Commentaires :

Le mercredi 19 septembre 2007 à 10:04 par Marie

Très émouvantes ces photos, je ne connaissais pas ce docu. J'avoue avoir déjà eu du mal à regarder Harrison's flowers (un film cette fois, mais sur Vukovar, guerre de Croatie), je pense que ce docu (déjà le fait que ce soit un docu et pas un film) doit faire prendre conscience encore davantage...si on considère l'escalade de la violence depuis le début des conflits... j'espère pouvoir le voir.

Même après, les gens doivent savoir!:(

hvala Dzana.

Le mercredi 19 septembre 2007 à 18:31 par Sasa

Slt tu va bien ? je voulais te demande tu serai pas ou ce que je pourrai me procure ce film parce que je l'avais déja cherche sur internet mais j'avais pas réussi à le trouver j'éspere que tu pourra m'aider

A+

Le jeudi 20 septembre 2007 à 00:34 par Dzana

Salut à vous,

Marie > Je n'ai pas vu Harisson's flowers, mais je le note sur mes tablettes, je le regarderai à l'occasion :) En tous cas, ce film de Bernard-Henri Lévy est la preuve qu'à l'époque, certaines personnes savaient très bien ce qui se passait en Bosnie, aussi aucun homme politique peut prétendre ne pas avoir été au courant...

Sasa > En principe, ce film est disponible dans les médiathèques des grandes villes. Je t'envoie un mail pour plus d'infos, à l'adresse que tu as laissée dans ton commentaire (shogo).

A bientôt,
Dzana

Le jeudi 20 septembre 2007 à 18:59 par Sasa

Oui je te remercie pour les conseils que tu ma donné j'irai à la médiathèques pour voir si ils l'ont
^^
Cordialement Sasa

Le jeudi 17 juillet 2008 à 04:01 par Bosanka

Bonjour, j'habite au Québec et j'aimerais beaucoup me procurer ce DVD. J'ai déja cherché les disponibilités et je n'ai rien trouvé. Est-il disponible au québec ? Si non, comment puis-je me le procurer ? Merci Beaucoup !

Le jeudi 18 décembre 2008 à 23:16 par Nebo ( site web )

Voici un article écrit par un musulman résidant à Sarajevo. Histoire de délier quelques yeux et de déniaiser quelques cervelles de Bisounours...

"À Sarajevo, le Père Noël n'est plus le bienvenu

En 1996, après le réveillon de la première année de paix [les accords de Dayton ont mis fin à la guerre en 1995], Alija Izetbegovic, premier président [musulman] de la Bosnie-Herzégovine, avait envoyé une missive à la télévision nationale, indigné par des images de festivités sur lesquelles « un petit nombre d'individus insolents et sans coeur osaient se tordre de rire comme si rien ne s'était passé, alors que les tombes étaient encore fraîches et les blessures ouvertes ».

Dans la foulée, Izetbegovic avait demandé, c'est-à-dire ordonné, à la télévision d'arrêter de montrer au public le Djed Mraz [littéralement «le Père Gel», la version communiste du Père Noël, qui apportait des cadeaux la nuit du 31 décembre] et autres personnages symboliques d'origine « étrangère ». Le sympathique vieillard à barbe blanche ne devrait désormais pas sortir de l'intimité des foyers. Aujourd'hui, fin 2008, le Djed Mraz de la Yougoslavie de Tito est pratiquement absent de l'espace public, notamment grâce à l'obstination de gens comme Azija Mahmutovic, directrice de l'institution officielle "Les enfants de Sarajevo (Djeca Sarajeva)", reconnue d'intérêt public par l'Etat. Malgré les critiques et la résistance de certains médias, elle a réussi à imposer l'enseignement de la religion musulmane jusque dans les maternelles municipales ' des établissements qui appartiennent à tous les citoyens bosniaques, et pas seulement à ceux de confession musulmane, car financés par nos impôts. Ainsi, dans les maternelles de la capitale laïque d'un Etat laïc, Mme Mahmutovic a obtenu que l'on enseigne aux enfants une religion unique! Il est plus facile d'être naïf que réaliste dans cette affaire. Or, il faut admettre que l'introduction de l'enseignement de la religion musulmane dans les maternelles n'est pas que le caprice de Mme Mahmutovic, mais relève de la stratégie de recomposition d'une partie de la Bosnie-Herzégovine, loin de l'idée d'un Etat commun et multiethnique où tous les citoyens sont égaux. L'affaire des maternelles n'est certes pas la preuve de la réislamisation totale d'un tiers du pays. Mais c'est le premier pas dans la réalisation du principe cujus regio, ejus religio [telle la religion du prince, telle celle du pays]. Les enfants n'en sont que les victimes collatérales. Dans ses interviews, Azija Mahmutovic rappelle avec moult précautions oratoires que le Djed Mraz reste quelqu'un d'étranger à la tradition musulmane ' ce qui ne l'empêche pas de dire qu'elle trouve sympathiques les saint Nicolas et Père Noël catholiques [seuls 8 % des habitants de Sarajevo sont catholiques]. Mais ici personne n'est dupe: en Bosnie-Herzégovine, c'est bien des Djed Mraz à la barbe blanche vêtus de costumes rouges qui sillonnent les rues, au grand bonheur des enfants et de leurs parents. Pendant des décennies, l'année s'est terminée par la visite du Djed Mraz dans les écoles maternelles, mais aussi dans les usines et autres institutions yougoslaves. Tout en étant le symbole des festivités de fin d'année, les visites du Djed Mraz communiste ont été programmées pour ne jamais coïncider avec les deux Noël religieux [le 24 décembre pour les catholiques et le 7 janvier pour les orthodoxes]. Le vieillard restait un pur produit du capitalisme, habilement adapté à une société socialiste et nationalement compliquée de surcroît.

Les arguments ne manquent pas pour justifier l'expulsion du Djed Mraz de la vie des petits Sarajéviens. A commencer par celui qui veut que saint Nicolas, le Père Noël et le Djed Mraz ne sont pas les mêmes personnages, même s'ils sont vêtus du même costume, ou que les fêtes de fin d'année ont été inventées pour justifier l'hystérie consumériste. Tous ces arguments sont erronés. Le Djed Mraz est la victime collatérale d'une longue et patiente transformation de la société bosniaque laïque en une société théocratique dans laquelle les dirigeants des trois communautés religieuses (et notamment de la communauté musulmane) agissent de plus en plus ouvertement en hommes politiques. Ils interprètent la Constitution selon leurs principes religieux et retouchent à tel point les traditions que le passé ne sera plus ce qu'il a été, mais ce que des gens comme Mme Mahmutovic aurait souhaité qu’il fût."

Emir Imamovic Pirke*, Jutarnji List, Zagreb * Ecrivain et scénariste résidant à Sarajevo.

Le lundi 28 septembre 2009 à 15:40 par Alexis

Je cherche encore le rapport entre l'article ci dessus et le reportage en question. Mais c'est sans doute parce que j'ai un cerveau de bisounours.

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