La randonnée - Dzana Bosnie

Dzana de Bosnie


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dimanche
16
septembre 2007

La randonnée

Rubrique : Enfance.

Si vous êtes déjà venus en Bosnie Herzégovine en hiver, vous avez certainement été frappés par l'incroyable beauté des montagnes enneigées. Ces montagnes ne sont pas forcément très hautes, non, mais elles sont souvent escarpées et parsemées de petits villages et de forteresses médiévales. Les routes sont peu nombreuses, et pas toujours pratiques à suivre, mais c'est ce qui fait tout leur charme.

Quelques fois avec mes parents et mon frère, on partait en randonnée dans la montagne. Jamais très longtemps, juste un après-midi, ou une journée complète. En hiver on partait en raquettes, c'est très pratique, ça permet de marcher dans la neige sans s'enfoncer jusqu'aux genoux. De nos jours ces randonnées ne sont plus tellement possibles, car il reste encore beaucoup de mines anti-personnel un peu partout en Bosnie. Mais à l'époque c'était une activité sans risque. Je me souviens surtout d'une randonnée qui fut particulièrement mouvementée.

Tout ce que nous avions pour nous repérer, en plus d'une carte et d'une boussole, c'était une petite fiche manuscrite de renseignements qu'un collègue de mon père nous avait donné. Elle avait l'air bien, comme ça, cette fiche... Mais le collègue de mon père était un vrai poète, et ses informations étaient plus qu'approximatives. Au bout du premier chemin nous nous sommes retrouvés à un croisement sans savoir s'il fallait prendre à droite ou à gauche. On a pris à gauche.

Au début, tout s’est bien passé. Après deux heures de marche on est arrivé dans un petit hameau. Dans la montagne là-bas, en Bosnie, il y a plein de petits hameaux, avec juste deux ou trois maisons. Les gens qui vivent là sont souvent âgés et vivent plus ou moins en autarcie. Ils cultivent leur terre et leur potager, et élèvent leurs bêtes loin du reste du monde. Je me souviens qu’il y avait un vieux lavoir au bord d’un torrent : on s’y est arrêté pour pique-niquer. Mais pas trop longtemps, car en hiver, il n’est pas bon de rester immobile.

Après être sortis de la forêt, nous nous sommes retrouvés dans une grande plaine. Le style de paysages que j’apprécie tout particulièrement : une montagne à droite, une à gauche, et une autre loin devant. Et on marche pendant des heures pour l’atteindre. Et l’espace autour est si grand qu’on a l’impression de ne pas avancer. Mais petit à petit, on approche. Seulement ce jour-là, on ne s’est approché de rien du tout, on s’est juste éloigné du monde, pour finalement se retrouver échoués dans un sous-bois. C’est là que ma mère a commencé à s’inquiéter. Parce qu’en hiver, la nuit tombe vite, et elle est très froide. Dormir dehors peut être extrêmement dangereux. Mon père avait beau tourner sa boussole, il ne savait plus du tout où on était. Et pourtant, mon père, il connaît bien la montagne. Et moi, j'avais de la neige dans ma botte droite : mon pied me faisait souffrir.

On s’est retrouvé à prendre des chemins tordus et inconnus de tous, à descendre un ravin et franchir des ruisseaux. Mais rien n’y faisait, et la nuit avait commencé à se poser sur les Balkans. Mon père gardait tout son sang-froid, mais ma mère n’était vraiment pas rassurée. Et moi je pleurais de plus belle à cause de mon pied. Mes parents ne faisaient pas attention à moi, ils pensaient que j'étais juste fatiguée et inquiète... On a entendu au loin un hurlement de chien, ce qui n’a fait que redoubler mon inquiétude.

Paysage enneigé
Collection personnelle

A ce moment-là, on est arrivé au bord d’une petite rivière. La nuit était tombée et le vent commençait à souffler et siffler dans les arbres. Mon père a décidé de suivre cette rivière dans le sens descendant, car à un moment ou à un autre, forcément, elle nous mènerait à un hameau ou à une route. On avait très froid, et mon pied était transi de douleur. Heureusement, le miracle s’est produit. On a entendu un bruit, dans le lointain... Une voiture ! Mon père a tout jeté par terre, son sac, la boussole, tout, pour courir vers le haut. Sans le savoir, nous étions tout prêt d'une route. Jamais mon père n’avait couru aussi vite ! Il a réussi à remonter jusqu’à la route avant que la voiture arrive et là, il a fait de grands signes au conducteur, qui heureusement était bien gentil. Il a bien vu qu’on n'était qu'une pauvre famille perdue en pleine nuit... Il a arrêté la voiture et nous a fait monter. Je peux vous le dire, après toutes ces aventures, cette petite voiture était un vrai palace ! La peur retombait, et la chaleur revenait peu à peu... Quel plaisir.

Je souffrais encore beaucoup. Mes parents ont retiré ma botte : elle était pleine de neige. Depuis plusieurs heures, mon pied trempait là-dedans, il était paralysé par le froid. Ils ne m’avaient pas trop prise au sérieux, mais j'avais beaucoup souffert. Avec le changement de température, en descendant de la voiture, je ne pouvais même plus marcher sur ma jambe droite sans être pétrifiée de douleur. C’est mon père qui m'a portée dans ses bras.

Le lendemain, pour me récompenser et me réconforter, ma mère m'a offert un livre. Les aventures d'un petit chien. Je m’en souviens comme si c’était hier. J'étais assise devant la cheminée, le pied tout près du feu, lisant mon livre bien mérité...

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