A visiter : Forum Bosnie | Photos des Balkans.
29
août 2007
Le tableau
Rubrique : Enfance.Quand j'allais chez mes grands-parents dans leur village, là-bas, en Herzégovine, toutes les journées se ressemblaient. Et pourtant je ne m'ennuyais jamais. Toute petite, j'étais déjà assez solitaire et je savais m'occuper seule. J'adorais bricoler et pour cela chez eux c'était le paradis : mon grand-père lui-même faisait tout avec ses mains.
La maison était assez grande, c'était une vieille ferme, si bien qu'ils n'en occupaient que la moitié à peine, le quart peut-être. Le reste n'était qu'une très grande grange remplie de millions de choses complètement oubliées et souvent inutilisables. Là dedans il y avait tout, et il n'y avait rien. Mais Baka (Grand-mère) savait toujours y retrouver ce qu'elle cherchait. Une lampe de poche ? Une carte postale en noir et blanc ? Baka vous la trouvait dans la minute.
La maison en elle-même était assez rustique, c'était la campagne, là-bas. Djed et Baka (Grand-père et Grand-mère) se contentaient de peu. C'était du plancher partout, même dans la cuisine ou dans le salon. Le mot "salon" est même un peu fort ici, disons que c'était une pièce avec des fauteuils, des canapés, et un vieux gros poste de télévision qui n'était jamais allumé, vu qu'on ne captait presque rien.
Au dehors, il n'y avait pas de jardin, on était directement dans la nature. L'été le Soleil cognait dur, et l'hiver tout était recouvert de neige. Un bon climat montagnard, c'est parfois dur mais ça fait fuir les microbes :) C'était les Balkans. Et plus précisément les Alpes dinariques. Enfin c'était la montagne, quoi. C'est ce qui fait tout le charme de la Bosnie Herzégovine.

Collection personnelle
Quand on allait chez Djed et Baka, avec mon frère, on dormait dans la chambre à côté de la leur. Et c'était la plus belle et la plus agréable de toute la maison. Assez spacieuse, avec un grand lit, de la moquette au sol et de la tapisserie. Il y avait même sur l'un des murs un tableau de... Paris ! Oui, Paris. C'est ma tante Sanela, qui a épousé un Français, et grâce à qui, en quelque sorte, je suis ici aujourd'hui, qui l'avait offert à Djed et Baka. Sur ce tableau on y voyait la capitale française à la nuit tombante, avec une Tour Eiffel démesurément grande qui surplombait les toits. Curieuse, j'avais demandé à Baka ce que représentait cette toile. Et elle m'avait répondu quelque chose du style : "C'est Paris, la capitale de la France. La plus belle ville du monde. Et ça c'est la Tour Eiffel. La plus grande tour du monde". Bon, elle exagérait un peu, Baka. D'ailleurs elle n'avait jamais mis les pieds ni à Paris ni même en France. Mais moi je la croyais sur parole et je me suis mise à rêver qu'un jour j'irais là-bas, grimper en haut de cette tour. J'étais très loin d'imaginer que ce jour viendrait beaucoup plus vite que prévu...
Le matin, Baka se levait très tôt, et moi aussi par la même occasion. Elle mettait son voile et ensemble nous marchions jusqu'au village. Et chemin faisant elle me chantait des chansons et me les faisait apprendre, c'était formidable ! Je me rappelle encore très bien de toutes ces chansons, des trucs d'enfants très connus en Bosnie. Sur la route on s'arrêtait souvent pour parler avec les voisines, et là je m'ennuyais un peu car il n'y avait rien à faire. Mais ça ne durait jamais très longtemps.

Collection personnelle
Mais le mieux, c'est quand on allait à la pêche avec Djed. On montait dans sa petite voiture, on quittait les environs du village et au bout d'un chemin escarpé il s'arrêtait devant un torrent qui coulait à flots. Lui il pêchait à la mouche, enfin une sorte de mouche faite maison, je n'y connais rien en pêche. Je sais juste qu'il promenait des petits bouts de toile de sa fabrication à la surface de l'eau et que c'était ainsi qu'il faisait de jolies prises. Moi, il me donnait une petite canne et m'installait dans un coin plus calme. Je pouvais pêcher normalement, je veux dire avec un bouchon et un ver de terre, comme tout le monde. Mais souvent je n'attrapais rien du tout car j'étais tellement rêveuse que je ne regardais pas le bouchon :) Je préférais regarder l'eau couler, et surtout l'écouter. C'est sans doute de là que me vient l'amour pour l'eau. J'aime entendre son clapotis, que ce soit au bord d'un lac ou sur la mer... ou même tout simplement chez moi, dans mon aquarium. Oui, j'ai un aquarium. Les poissons je ne les pêche plus, je les nourris.
Aujourd'hui Djed n'est plus là. Mais Baka vit toujours dans sa maison, là-bas, dans ce village en Herzégovine. Mon père lui a installé du carrelage dans la cuisine il y a trois ou quatre ans, il a aussi refait tous les volets et toutes les portes, c'est beaucoup plus joli qu'avant. Baka était contente !
Billet suivant dans cette rubrique : Le cartable
Commentaires
1. Le dimanche 9 septembre 2007 à 17:44, par Sasa
Salut je vien de visiter ton site je le trouve super, surtout certains article que tu as écris et j'aimerai rajoute quelque chose lorque tu dit:
"toutes les journées se ressemblaient. Et pourtant je ne m'ennuyais jamais"
moi je pense que l'explication vient qu'on s'ennuye jamais de l'endroit d'ou l'on vient, car c'est de cette endroit qu'on l'on tire ses racines et ses origines ;).
Continuer ton site parce que il est assez bien.
a+
2. Le dimanche 9 septembre 2007 à 19:15, par Dzana
Bonjour Sasa,
Merci pour ton commentaire, c'est très gentil de ta part. C'est vrai, on se sent toujours bien à l'endroit où l'on a vécu dans son enfance, et puis quand on est enfant, c'est l'insouciance et la liberté, on ne se pose pas de questions...
A bientôt, merci,
Dzana
Ajouter un commentaire :