Dissolution de la Yougoslavie

Par Dzana le jeudi 23 août 2007. Rubriques : Yougoslavie.

Les dernières chances pour la Yougoslavie de rester un état unique et fédéral, et par là-même d'éviter la guerre, ont été enterrées en janvier 1990 lors du congrès de Belgrade. C'était le congrès de la dernière chance, mais cette chance était bien mince, étant donné toutes les divergences d'opinion et d'ambition des différents acteurs. Et l'ambiance générale, qui était à la crise (lire : La Yougoslavie agonisante), n'aidait pas à discuter calmement des grands thèmes prévus.

Le congrès de Belgrade

Pour résumer, et sans rentrer dans des détails très confus, on peut exposer ainsi la position des différentes républiques et provinces (qui rappelons-le sont au nombre de huit : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine, Kosovo, Voïvodine) :

La Slovénie et la Croatie. La Slovénie avance à grands pas, et depuis trois années, vers l'installation d'une véritable démocratie : respect des droits de l'homme, pluripartisme politique et liberté d'expression. Les Slovènes souhaitent donc que le pluripartisme soit autorisé en Yougoslavie, et que tous les partis politiques puissent lutter à armes égales avec le parti communiste (LCY). Ils demandent également que les différents partis communistes de chaque république puissent être indépendants les uns des autres. Ils exigent aussi le respect des droits de l'homme, surtout en ce qui concerne la situation au Kosovo. La Croatie suit à peu près le même chemin, mais peut-être de façon moins soudée et moins forte, car il y a quelques divergences à l'intérieur du peuple croate.

La Serbie de Slobodan Milosevic suit une voie très différente, et même opposée. Milosevic ne veut pas entendre parler d'indépendance des différents partis communistes, et reste très évasif sur le chapitre des droits de l'homme. Idem pour l'allier de la Serbie, le Monténégro.

Les autres républiques. Au Kosovo la situation est catastrophique : les Albanais, bien que largement majoritaires (90% de la population), n'ont pour ainsi dire plus le droit à la parole. En Bosnie-Herzégovine, curieusement, bien que la composition ethnique soit des plus complexes, le climat reste relativement détendu et serein. Ce n'est hélas que le calme avant la tempête... En Macédoine, on se sent comme souvent très seul... On souffre du manque de reconnaissance de la part des pays voisins (Grèce, Bulgarie), et on craint que la Serbie ne désire à nouveau annexer le territoire.

Le congrès de Belgrade se solde par un pur échec, ce qui était à prévoir. On n'organisera donc pas, comme certains en rêvaient, de grandes élections nationales et libres. Au contraire, chaque république va réécrire sa propre constitution et organiser des élections internes.

Drapeau de la République fédérale socialiste de Yougoslavie
Drapeau de la République fédérale socialiste de Yougoslavie
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Les élections

La Slovénie ouvre le bal en avril 1990. Deux principaux partis s'affrontent, démocratiquement et respectueusement : le DEMOS (un regroupement de nouveaux partis) et la Ligue Communiste de Slovénie. Le DEMOS remporte les élections législatives, mais c'est le communiste Milan Kucan qui gagne la présidence de la Slovénie.

En Croatie, les choses sont un peu plus complexes, car il y a moins d'unité d'opinion qu'en Slovénie. Trois principaux partis se présentent. En premier lieu le parti communiste. Ensuite le parti de la Coalition pour l'Entente Nationale, qui est un regroupement de partis. Enfin et surtout le HDZ de Franjo Tudjman, qui va jouer un rôle très important dans les années à suivre. Franjo Tudjman est un Croate qui a combattu dans les rangs des partisans avec Tito pendant la seconde guerre mondiale. Après une carrière militaire il s'est fait historien et a consacré toutes ses recherches à démontrer que les Oustachis (les tyrans qui dirigeaient la république de Croatie pendant la seconde guerre mondiale) n'étaient absolument pas représentatifs du peuple croate (et ce sur point bien sûr il a raison, tout comme on ne peut pas dire que tous les français étaient pétainistes, ni que tous les Allemands étaient nazis). Cependant, Franjo Tudjman est assez nationaliste sur certains côtés, et n'hésite à clamer haut et fort l'identité du peuple croate. Il fait partie de ceux pour qui il est hors de question de laisser Slobodan Milosevic gagner du terrain partout. En 1990, le HDZ remporte une large victoire aux élections croates et Franjo Tudjman devient président de la Croatie.

En Serbie, Slobodan Milosevic fait tout s'assurer la victoire aux élections. Il réécrit la constitution en sa faveur, fait taire littéralement le peuple albanais du Kosovo, et ne permet pas à ses quelques opposants de lutter à armes égales avec lui. De même il renomme le parti communiste en "parti socialiste". Il faut dire qu'en 1990, après l'écroulement du bloc soviétique, l'étiquette "communiste" sonne un peu archaïque. Une fois qu'il est à peu près sûr de sa victoire il organise les élections qu'il remporte largement. Notons au passage que les Albanais du Kosovo ont boycotté le vote. Résultats identiques au Monténégro.

En Bosnie-Herzégovine, l'heure des affrontements n'est pas encore arrivée. Bosniaques, Serbes et Croates ont chacun leur parti politique. Mais pour ces élections, plutôt que de s'affronter mutuellement, ils font bloc face au parti communiste. Ce dernier est balayé et ce sont les trois autres partis qui s'installent à la direction du pays. Ils décident de se partager les postes : Un Bosniaque pour la présidence de la République, un Croate comme premier ministre, et un Serbe pour la présidence du parlement. Hélas, cette harmonie n'est qu'illusoire et très fragile, comme on le verra par la suite.

Enfin, en Macédoine, les élections prennent une tournure abracadabrante et ne ressemblent à rien du tout... on en sort avec une sorte de coalition de plusieurs partis, alliant communistes et non-communistes.

La situation en fin d'année

La situation est exécrable, et dès l'année 1990 des affrontements éclatent un peu partout. En particulier au Kosovo, mais ce n'est pas nouveau. Mais aussi en Croatie, et là par contre c'est nouveau, ce n'était pas arrivé depuis la seconde guerre mondiale. Les Serbes craignent d'être soumis aux Croates. Déjà, certains commencent à prendre les armes ou à faire scission.

Quelques mois auparavant, on se demandait encore comment la Yougoslavie allait réussir à rester un pays soudé et uni. Désormais, on se demande seulement comment on va réussir à pouvoir éviter la guerre. La suite : La guerre de Slovénie.

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Rubriques : Yougoslavie.

Commentaires

Le dimanche 11 octobre 2009 à 17:32 par julienlebeaugoss

vous ecrivez vraiment bien !
continuez ! :)

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