A visiter : Forum Bosnie | Photos des Balkans.
17
août 2007
Yougoslavie de Tito
Rubrique : Yougoslavie. Mots clé : Personnalités yougoslaves.La vie du maréchal Tito, maître absolu de la Yougoslavie de 1945 jusqu'à sa mort en 1980, est pleine de rebondissements. Né en 1892 d'un père croate et d'une mère slovène, Tito, de son vrai nom Josip Broz, est d'abord embauché comme simple ouvrier, puis exerce divers petits métiers manuels dans plusieurs régions de Yougoslavie et même en Allemagne. Au début de la première guerre mondiale, il refuse de servir l'armée austro-hongroise, ce qui lui vaut d'être emprisoné puis envoyé sur le front russe où il est gravement blessé puis fait prisonnier par l'ennemi. S'ensuit alors toute une série d'arrestations, de déportations et d'évasions, il s'enfuit même jusqu'en Finlande pour échapper à la police russe. Il épouse finalement les idées du parti communiste de Russie et participe aux révolutions d'octobre, après quoi il devient un membre très actif du parti en URSS.
Il est nommé chef du parti communiste yougoslave, parti clandestin en Yougoslavie mais fortement appuyé par Staline depuis l'URSS. Il échappe à tous les complots et à toutes les purges... sa femme par contre est exécutée sous les ordres de Staline, chose que Tito ne pardonnera jamais à "l'homme d'acier". Lorsque la guerre éclate en 1941, Tito prend la direction des Partisans, mouvement de résistance anti-nazie et anti-fasciste. Il réussit à libérer le pays avec l'aide (pas vraiment désintéressée) de l'URSS, mais surtout celle des Britanniques. Il devient alors maître absolu de la Yougoslavie et restructure toute l'organisation du pays. Il se fait plus tard élire président à vie, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort le 4 mai 1980.
Evolution du régime
Les premières années du régime de Tito sont extrêmement sévères, violentes et dures. Autant, sinon pire, qu'en URSS. Il va de soi que le seul parti autorisé est le parti communiste, et qu'il n'est pas question pour quiconque de s'opposer aux décisions de Tito, sous peine de condamnation très lourde. De nombreux opposants, ou supposés tels, sont condamnés abusivement. Il règne alors en Yougoslavie un vrai climat de terreur, qui heureusement va s'adoucir progressivement, surtout après la mort de Staline en 1953. Le régime devient un peu plus tolérant et un peu plus ouvert. Finalement, dans les années 60 et 70, la Yougoslavie est devenu un pays où il fait relativement bon vivre. Bien sûr, ça reste une dictature, et la liberté n'est jamais vraiment possible sous une dictature. On a la liberté d'expression, à condition d'éviter certains sujets tout de même... Il est possible de sortir et de rentrer dans le pays, et le tourisme se développe.
La menace de l'URSS
Le premier grand combat de Tito fut celui qui l'a opposé à Staline. Rares sont ceux qui ont réussi à tenir tête à Staline sans le payer de leur vie... peut-être même que Tito est le seul dans ce cas. Il était membre du Kominform, l'organisation chargée de coordonner tous les partis communistes d'Europe, évidemment sous contrôle soviétique et en dernier ressort de Staline. Pourtant dès 1945, Tito refuse d'obéir à Staline. Ce dernier le prend très mal et tente un renversement, à coups d'infiltrations et de complots. Ceux-ci sont sévèrement réprimés et les stalinistes yougoslaves exécutés. Le peuple yougoslave dans son ensemble s'oppose complètement à la domination soviétique. Dans le reste de l'Europe, Tito devient un symbole du non-alignement et de l'indépendance, puisqu'il ne s'associe ni avec le bloc de l'Est, ni avec celui de l'Ouest. Dans les pays communistes, le terme "titiste" devient une vraie insulte, et la Yougoslavie est montrée du doigt. Staline n'osera jamais attaquer la Yougoslavie... il est certain qu'à cette époque, l'armée yougoslave, remontée, équipée et expérimentée par quatre années de résistance, ne se serait pas laissée vaincre si facilement, surtout sur son terrain, dans les montagnes des Balkans. En 1953, Staline meurt et son successeur, Nikita Khrouchtchev, préfère jouer la carte de la collaboration à l'amiable plutôt que de la soumission pure et simple qu'espérait Staline. Cette réussite dans son duel à distance avec Staline augmente très considérablement le prestige de Tito dans toute l'Europe, et même dans le monde entier. A partir de là, Tito devient conseiller et ami des grands chefs d'états des pays en voie de développement, tels que Nehru et Nasser.
Un état fédéral
Le premièr problème qui se présente à Tito quand il prend le pouvoir, c'est bien entendu celui de restructurer le pays en différentes entités, en évitant de commettre à nouveau les erreurs du passé. Il veut avant tout éviter que la totalité du pouvoir n'appartienne aux Serbes, comme c'était le cas durant la première partie de l'existence du pays, de 1918 et à 1941. Il se base donc sur le modèle soviétique, et fait de la Yougoslavie un état fédéral constitué de six républiques. Parmi ces six républiques, les plus évidentes sont la Slovénie, la Croatie et la Serbie, qui ont toujours ressenti un très fort sentiment d'identité nationale. Moins évidentes sont les trois autres républiques : la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Macédoine. La Bosnie-Herzégovine, Tito a sans doute préféré en faire une république à part entière pour éviter d'avoir à la ranger soit du côté croate, soit du côté serbe. Dans les deux cas ça n'aurait pas été sans douleur, puisqu'il y avait des Serbes et des Croates en Bosnie... sans parler des Musulmans. Le Monténégro aussi, c'est une petite nouveauté, puisque jusqu'à cette époque les Monténégrins avaient presque toujours été assimilés aux Serbes. Et la plus grande originalité, c'est bien sûr la création de la république de Macédoine, qui jusque là avait toujours appartenu soit aux Serbes, soit aux Bulgares... sauf dans des époques très éloignées dans le temps. On peut donc dire que cette nouvelle organisation met sur un même pied d'égalité six républiques, et cinq nationalités (si on considère que les Monténégrins sont serbes).
Le découpement territorial, par la suite, ira encore plus loin avec la création de deux nouvelles entités : le Kosovo et la Voïvodine. Parce que le Kosovo, c'était 90% d'Albanais, qui acceptaient mal d'être qualifiés de "Serbes", et encore moins de leur être soumis. C'est un peu la même chose avec la Voïvodine, composée de Serbes mais aussi de Hongrois. Ce qui porte à huit le nombre d'entités fédérales dans la Yougoslavie de Tito.
Enfin, pour clore le chapitre des nationalités, il est important de préciser que par la suite, en plus de reconnaître deux nouvelles entités fédérales, Tito a reconnu une nouvelle nationalité : les Musulmans de Bosnie. Qui prirent plus tard le nom de "Bosniaques".
Les tensions intérieures
Tito a mis en place un système d'autogestion des entreprises, que l'on pourrait qualifier de semi-communisme. Les entreprises sont dirigées par les ouvriers eux-mêmes, et les entreprises privées de très petite taille sont autorisées. Après la guerre, comme presque partout en Europe, la Yougoslavie bénéficie d'une forte croissance économique, surtout avec le développement du tourisme. On peut dire que tout se passe à peu près correctement jusqu'en 1973, date du premier choc prétrolier. Et puis les tensions apparaissent. Ou plutôt réapparaissent, car il s'agit finalement toujours des mêmes éternels débats qui font rage depuis des siècles dans les pays sud-slaves. Chaque république, en particulier la Serbie et la Croatie, voudrait plus d'indépendance et plus d'autonomie. Chacune se sent lésée par rapport aux autres. Il y a aussi de fortes disparités régionales : certaines régions comme la Slovénie et la Croatie sont très prospères, alors que d'autres comme le Kosovo sont dans un état de grande pauvreté... Certains veulent que les régions s'entraident et se soutiennent financièrement, mais allez expliquer aux Croates, par exemple, qu'il faut qu'ils partagent avec des Albanais ou des Macédoniens... c'est un problème un peu inextricable.
La mort de Tito
Le deuxième choc pétrolier, en 1979, plonge pour de bon le pays dans la crise. Une crise que Tito n'aura pas le temps de gérer (mais aurait-il su la gérer ?) puisqu'il meurt le 4 mai 1980. Que dire à son sujet ? Aujourd'hui encore, dans les pays d'ex-Yougoslavie, il reste la plus importante figure du XX° siècle. On s'en souvient tous comme celui qui a expulsé les Nazis et tenu tête à Staline. Après, selon les peuples, il est plus ou moins aimé... Certains l'adulent, d'autres le haïssent. D'une manière générale, on peut dire que son souvenir est honoré par les Slovènes, les Croates et les Bosniaques, mais que du côté serbe, on est beaucoup plus mitigé... J'ai mon avis personnel sur la question, mais je ne souhaite pas en parler aujourd'hui. Dans le prochain article, nous étudions ce qu'il est advenu de la Yougoslavie après Tito : La Yougoslavie agonisante.

Tito en 1944 (détail d'une photographie)
Domaine public - source : Axis History Forum (anglophone)

Tito
Domaine public
Articles sur le même thème :
Billet suivant dans cette rubrique : La Yougoslavie agonisante
Commentaires
1. Le vendredi 29 février 2008 à 17:12, par aimé
2 remarques:
1)"Dans les pays communistes, le terme "titiste" devient une vraie insulte".
Au sein du parti communiste français (très aligné sur Moscou) quand un membre (un camarade comme ils disaient) ne plaisait plus à la hiérarchie, on le qualifiait de titiste pour l'exclure. On n'avait pas réellement défnini ce qu'était le titisme, mais c'était comme un crime. C'était synonyme de condamnation, d'exclusion. Tous ceux qui n'étaient pas dans la ligne du parti, étaient donc titistes.
On peut donc dire, sous forme humoristique, que des français sont un peu devenus yougoslaves!!!...sans rien connaitre de ce pays pour la plupart.
2)"la plus grande originalité, c'est bien sûr la création de la république de Macédoine, qui jusque là avait toujours appartenu soit aux Serbes, soit aux Bulgares.".
S'il y a des athéniens dans la salle ils vont s'étouffer! Une grande partie de la Macédoine est en Grèce. C'est pour celà qu'ils se sont tant opposé à l'indépendance de la Macédoine "yougoslave" disant que la Macédoine c'était la Grèce. Ils avaient peur que le nouvel état de Macédoine ne veuille récupérer la partie grecque de la Macédoine. Ils ont obtenu certaines assurances, en faisant changer le nom officiel, modifier les emblêmes, etc.
Bientôt un billet sur la macédoine, Dzana?
2. Le vendredi 29 février 2008 à 22:06, par Dzana
La Macédoine ? Oui, très bientôt ;)
Mais que diriez-vous de discuter de tout ceci sur le forum, plutôt ? Nous serions ainsi plus nombreux à en profiter (parce que là, je suis la seule à avoir connaissance de vos commentaires...)
Dzana
Forum : www.dzana.net/bosnie/inde...
3. Le vendredi 29 février 2008 à 22:23, par aimé
Je me plais bien ici!Les couleurs, les photos, les textes, tout est bien! Je sais pas si les propos historiques sont pas mieux ici que sur le forum?
Pour la Macédoine et la Grèce il y a eu un téléfilm (à épisode) européen qui parlait de la région des lacs à l'époque des "oppositions" entre pro Grecs et pro turcs s'opposaient. L'action se déroulait jusqu'à la seconde guerre mondiale je crois. Le titre m'échappe...
4. Le vendredi 29 février 2008 à 23:14, par Dzana
Je suis contente que tu te plaises ici. Mais les propos historiques feraient du bien au forum, oui... Au moins quelques temps, pour le lancer un peu. Enfin tu fais comme tu veux. Là par exemple, pour le film je ne sais pas, mais peut-être que sur le forum, quelqu'un aurait su (peu probable mais on ne sait jamais).
Pis bon, ça me ferait plaisir, voila :)
5. Le samedi 1 mars 2008 à 23:06, par aimé
Alors, si c'est pour faire plaisir...
Ajouter un commentaire :
