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30
juillet 2007
La maison de mon enfance
Rubrique : Enfance.Quand j'étais petite, avec ma famille on habitait dans une rue relativement tranquille de Sarajevo. Tranquille pour la simple et bonne raison que c'était une impasse et qu'il n'y passait jamais personne. De plus, les gens qui vivaient là y habitaient depuis de nombreuses années, si bien qu'à part la vieille dame aigrie et jamais contente du bout de la rue, qui détestait tout le monde, il régnait une ambiance plutôt paisible et agréable. Tant mieux, car je n'ai jamais été faite pour l'agitation et pour le bruit.
C'était une petite maison, avec un sous-sol et un rez-de-chaussée, rien de plus, ah si, il y avait aussi une cheminée. Elle était un peu ancienne (la maison, pas la cheminée) mais parfaitement entretenue. On descendait au garage par une sorte de petite pente qui glissait juste au-dessous du salon, qui surplombait ladite pente d'un petit balcon toujours fleuri. Là-haut, ce n'était que du parquet partout, à part dans la cuisine... Ma chambre était tout au bout du couloir, il y faisait un peu sombre car j'avais un figuier juste devant ma fenêtre. Petit, le figuier, mais vraiment devant ma fenêtre... En plus exposé côté nord. De toutes façons, avec mes yeux sensibles je supporte difficilement la lumière, j'ai donc toujours préféré les pièces un peu sombres.
La matin, ma mère venait ouvrir mes volets en disant doucement : "Allez on se lève Dzana !" J'ai toujours été très lente au lever... vraiment pas du matin, moi. Le soir oui, mais le matin non. Après d'insurmontables efforts pour me lever et m'habiller, j'allais déjeuner dans la cuisine, toujours des biscuits secs dans un bol de chocolat. C'est mon point faible, ça, le chocolat. Toute petite déjà. Heureusement je ne mangeais pas toute seule : j'en donnais aussi à Zuzu (prononcez "Joujou" en français), mon nounours. Même que mon Zuzu il avait la bouche toute marron, à force que je lui colle des biscuits pleins de lait sur la goule. De temps en temps ma mère le lavait, mais à la longue ça n'y faisait plus rien, et il a gardé cette jolie bouille marron qui lui va si bien.

Collection personnelle
Les deux endroits les plus importants, c'était la cuisine d'une part, et le salon d'autre part. La cuisine parce que c'était le lieu de rendez-vous de tous les soirs, chez moi on a toujours tous dîné ensemble, et sans télé ni radio. On parlait beaucoup, ce qui est une bonne chose. Et le salon pour les soirées devant la télé, ou avec les amis de mes parents. Moi ma place elle était devant, sur une espèce de gros pouf tout bizarre ramené de Grèce lors d'un voyage de mon père.
Mais le plus intéressant, dans tout ça, c'est qu'il y avait une école juste à côté de la maison. Mon école. Et qui dit école... dit cour de récréation. Le soir et le week-end, j'avais donc la cour pour moi toute seule :) La cour et tout ce qui va avec, les bacs à sable, les balançoires et les trucs machins où tu grimpes dedans dans tous les sens. Il y avait aussi un arbre, une sorte de peuplier. Et tenez vous bien, il y avait même une piscine ! Bon, pas ZE piscine hein, juste une petite pataugeoire de cinquante centimètres de haut, et elle n'était remplie qu'un ou deux mois par an, en été. Mais mon Dieu que c'était bien ! Avec mon grand frère on y passait toutes nos journées. On s'amusait comme des dingues là-dedans, surtout quand le jet d'eau central était en service.
Depuis le début je parle au passé. Chose curieuse, puisque cette maison est toujours là, que ma famille y vit tout le temps (mon père et mon grand frère ne l'ont jamais quittée), et que j'ai le bonheur d'y séjourner une ou deux fois par an, quand je retourne à Sarajevo. Mais elle n'est plus tout à fait la même. Pendant la guerre, aucun obus n'est tombé dessus, par contre avec le souffle des explosions autour, et les tremblements incessants pendant les séances de bombardement, toutes les vitres ont éclaté. Comme presque tous les Sarajeviens, nous vivions dans le sous-sol. Après la guerre il a fallu tout réparer, non seulement les vitres mais aussi tous les dégâts causés par les gravats ça et là dans les pièces du rez-de-chaussée.
Du coup, aujourd'hui, notre maison est la même mais en mieux :) Presque refaite à neuve. Ma chambre est désormais moins sombre car le figuier a rendu l'âme. Il y a toujours du parquet, mais celui-ci est clair comme du liège, glissant comme de la glace, et brillant comme un miroir. Si j'avais connu ce parquet étant petite, j'aurais passé tout mon temps à faire des glissades. Surtout que je le faisais déjà avant, avec le vieux parquet... Do videnja !
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Commentaires
1. Le vendredi 7 mars 2008 à 18:46, par Konràd
Sous-sols et caves se sont aménagés au fur et à mesure à Sarajevo pendant les bombardements?
Doviđenja !
2. Le vendredi 7 mars 2008 à 21:56, par Dzana
Re,
En effet, dès le début des bombardements, les gens se sont réfugiés dans les caves et y ont installé tout ce qui est nécessaire à la survie quotidienne : poele, gazinière, matelas, etc... Ceux qui n'avaient pas de cave allaient dans celle de leurs voisins. Il y avait une forte solidarité.
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