L'histoire de la Yougoslavie est parsemée d'événements tragiques qui ont déchiré son peuple. Il y en a pourtant au moins un qui n'a pas fait couler de sang et qui a été célébré à l'unanimité par tous les Yougoslaves : les jeux olympiques d'hiver de 1984. De la Slovénie à la Macédoine en passant par la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, tous les Yougoslaves étaient heureux et fiers de dire : "les jeux olympiques sont dans mon pays".

La volonté de Tito

Le maréchal Tito était président de la Yougoslavie depuis 1945. Alors que les premières années de son règne avaient été marquées par une politique stricte et sévère et un renfermement de la Yougoslavie sur elle-même, les décennies suivantes furent plus détendues et petit à petit le pays s'ouvrait sur le monde. Dans les années 1970, le président Tito semblait beaucoup se plaire dans son rôle de médiateur indépendant entre l'Est et l'Ouest, et c'est ce qui le poussa à proposer Sarajevo pour l'organisation des jeux olympiques d'hiver. Les deux autres villes candidates étaient Sapporo (Japon) et Gothenburg (Suède) : le Comité International Olympique opta finalement pour la cité bosnienne en 1978, pour le plus grand bonheur des Yougoslaves et de leur président, qui n'eut malheureusement pour lui pas le temps d'assister aux jeux puisqu'il est mort en 1980.

En ce début des années 1980, la Yougoslavie avait déjà commencé à nager dans une crise profonde qui la rongeait jour après jour. Crise politique, avec l'absence d'un pouvoir centralisateur digne de ce nom, et crise économique, avec une dette nationale qui augmentait chaque année et une inflation qui n'en finissait pas de grimper. Tout ceci ouvrait le terrain à la montée des nationalismes de tous bords. Pourtant, la majorité des gens semblait encore résolue à continuer le chemin ensemble, au moins jusqu'en 1984...

Une grande fête nationale

Tout le monde était ravi d'accueillir cet événement d'ampleur internationale. Pas seulement en Bosnie, partout : tous les Yougoslaves s'apprêtaient à donner au monde leur meilleur visage. Les deux flammes olympiques furent portées à travers tout le pays, de Dubrovnik à Sarajevo en passant par Zagreb (Croatie), Ljubljana (Slovénie), Belgrade (Serbie), Novi Sad (Voïvodine), Skopje (Macédoine). Aujourd'hui, l'une des deux torches se trouve encore dans un musée privé en Slovénie. Pour l'ouverture des jeux, toutes les entreprises yougoslaves accordèrent deux jours de congés à leurs salariés.

Ce fut aussi l'occasion pour le monde de découvrir la Yougoslavie, ce pays neutre qui tenait tête aussi bien au bloc de l'Ouest qu'au bloc soviétique. De nombreux téléspectateurs sont tombés des nues en découvrant qu'il y avait à Sarajevo, grande ville européenne, des dizaines de mosquées et une population majoritairement musulmane. Un pays hors norme où se côtoyaient tant de peuples et de religions différentes. C'était aussi une surprise que de voir la Yougoslavie s'occuper de sport d'hiver, alors que le monde la connaissait surtout pour ses victoires en foot et en basket.

Ces jeux furent aussi les premiers jeux olympiques d'hiver à se dérouler dans un pays communiste. Quatre ans plus tôt il y avait eu les jeux d'été à Moscou, boycottés par une cinquantaine de nations, les Etats-Unis en tête. Pour Sarajevo, des rumeurs de boycott ont couru dans les mois précédent l'ouverture. Mais finalement toutes les grandes nations sportives étaient présentes au rendez-vous : 49 pays pour 11 épreuves. Notons également que pour la première fois on vit un athlète noir d'origine africaine dans des jeux d'hiver en la personne du Sénégalais Lamine Guèye.

Préparation et constructions

Plusieurs grosses infrastructures furent construites pour accueillir les jeux, en tête desquelles on peut citer le quartier de la Dobrinja et la halle Zetra.

A la Dobrinja, quartier à l'Ouest de Sarajevo à côté de l'aéroport, on acheva en 1983 la construction de deux blocs résidentiels composés d'immeubles d'habitations, de commerces et d'une école, pour répondre au besoin en logement des habitants et pour faire office de village olympique en vue des jeux. Après la compétition, Dobrinja continua de se développer avec l'ouverture de nouvelles écoles et la construction de deux nouveaux blocs résidentiels, devenant presque une petit village dans la ville, village où il faisait bon vivre et où l'ambiance était excellente.

La halle Zetra, devenue mythique aujourd'hui, fut construite pour accueillir les sports sur glace. Cette patinoire olympique fut placée juste à côté du stade de Koševo. C'est d'ailleurs dans ce stade qu'eut lieu la cérémonie d'ouverture le 8 février, présentée par le président Mika Spiljak, et la cérémonie de fermeture le 19 février.

En ce temps-là, personne ne se doutait encore du triste sort que subiraient Dobrinja et la halle Zetra...

Les épreuves sur neige furent organisées sur les montagnes des environs de Sarajevo : Jahorina, Bjelašnica, Igman et Trebević.

Le logo, les médailles et la mascotte

Le logo représente un flocon de neige stylisé en rouge sur fond blanc.

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Les médailles furent fabriquées à Belgrade.

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Six mascottes furent sélectionnées et soumises au vote des Yougoslaves. C'est le petit loup Vučko, dessiné par le Slovène Jože Trobec, qui l'emporta. Aujourd'hui encore personne n'a oublié Vučko à Sarajevo : on peut le voir ça et là dessiné sur les murs de la ville.

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Les faits marquants

Puisque nous parlons des jeux olympiques, il nous faut quand même mentionner un minimum les épreuves sportives et les faits marquants qui ont séduit le monde au cours de ces jeux. La grande star de ces jeux n'est pas un champion mais une championne : la Finlandaise Marja-Liisa Hamalainen qui rafla trois médailles d'or et une médaille de bronze ! Le monde découvrit aussi avec émotion la jeune patineuse est-allemande Katarina Witt, médaille d'or au patinage artistique. Une patineuse qui vivait une année formidable, puisqu'en 1984 elle fut non seulement médaillée d'or aux JO mais aussi championne de RDA, championne d'Europe et championne du monde.

Mais l'événement majeur de la compétition, c'est la performance du couple britannique Jayne Torville et Christopher Dean en patinage artistique. Pour leur prestation ils choisirent pour musique le boléro de Ravel. Ce morceau qui dure normalement plus de 17 minutes fut raccourci à 4 minutes 30. Mais la règle obligeait les patineurs à se produire pendant un maximum de 4 minutes et 10 secondes. Voila pourquoi ils restent à genoux sur la glace au début et ne commencent à patiner qu'après vingt secondes. Le public fut émerveillé et le couple obtint douze fois la note maximale (6 sur 6), performance inégalée à ce jour.

L'Autriche, pourtant grande favorite, ne décrocha qu'une seule petite médaille de bronze.

Une seule médaille, c'est aussi le résultat de la Yougoslavie. Mais elle fit la joie de tout un peuple et pour cause : c'est la première fois que la Yougoslavie remportait une médaille dans des jeux d'hiver. L'heureux champion, le skieur slovène Jure Franko, avec une médaille d'argent au slalom géant, passa aussitôt au rang de héros national.

Bilan

Le bilan de ces jeux fut très positif, au moins sur l'état d'esprit. La seule grande peur des organisateurs fut la terrible absence de neige dans les semaines précédent la compétition. Par bonheur, une grande tempête de neige s'abattit sur Sarajevo la nuit-même précédant la cérémonie d'ouverture !

Aucun incident majeur ne fut à déplorer lors de ces jeux, si ce n'est quelques légers petits problèmes d'organisation. Le seul point négatif est l'argent investi : le pays déboursa beaucoup pour organiser l'événement, ce qui ne fit qu'aggraver encore davantage la situation économique déjà catastrophique. En revanche, la compétition contribua à développer le tourisme d'hiver en Bosnie-Herzégovine.

Quand la guerre détruit tout

Lorsque les Tchetniks débarquent sur Sarajevo au printemps 1992, ils se font un plaisir de détruire en priorité les symboles de l'union yougoslave, de détruire tout ce qui représente encore cette Yougoslavie qu'ils ont tant haïe. Le 25 mai 1992, des milliers d'obus s'abattent sur la halle Zetra, la patinoire olympique. Le lendemain matin il n'en reste plus que des miettes. Pourquoi une telle destruction, aussi brutale qu'inutile ? Parce que cette halle représentait à leurs yeux tout ce qu'il fallait détruire, et ils ont déversé leur haine ancestrale sur le bâtiment, comme ils le referaient trois mois plus tard avec la bibliothèque nationale. Comme s'ils avaient honte d'avoir un jour formé un peuple unique avec des Musulmans et des Catholiques.

En février 1994, Juan Antonio Samaranch, président du Comité International Olympique, se rend en personne à Sarajevo pour demander un cessez-le-feu. Il faut dire que Sarajevo est cher à son coeur : les jeux d'hiver de 1984 sont les premiers dont il a chapeauté l'organisation. Les premiers d'une longue série puisqu'il a été président du CIO de 1980 à 2001. Malheureusement son appel au cessez-le-feu n'est pas entendu. La haine ancestrale des bombardeurs était trop solide pour être effacée par de belles paroles. Quoiqu'il en soit, la halle Zetra fut reconstruite de 1997 à 1999, en grande partie grâce au financement du CIO. Elle fut renommée plus tard : Hall Olympique Juan Antonio Samaranch, en hommage à l'Espagnol.

La Dobrinja aussi fut anéantie dès les premiers mois de la guerre de Bosnie, détruite par une pluie d'obus qui semblait ne plus jamais s'arrêter. Après cette destruction massive, les Tchetniks se sont empressés de la repeupler en y plaçant plus ou moins de force des familles serbes. Pendant toute la durée du siège, la vie à la Dobrinja fut extrêmement difficile, c'était l'un des quartiers les plus violents et les plus dangereux, les affrontements y étaient réguliers. En 1995, le quartier fut encore le théâtre de mouvements de population. La reconstruction s'est fait progressivement, mais aujourd'hui encore, la Dobrinja reste l'un des quartiers de Sarajevo les plus marqués par la guerre de Bosnie. La "frontière" entre la Fédération Croato-Musulmane et la République Serbe passe d'ailleurs ici : sur les quatre blocs résidentiels, deux et demi sont dans la Fédération, et un et demi est dans la RS. La cité s'est repeuplée doucement, mais on n'a toujours pas atteint le nombre de 40 000 habitants qui vivaient là avant la guerre.

Quartier de Dobrinja aujourd'hui

Collection personnelle

Les Jeux Olympiques de Sarajevo en 1984 resteront toujours associés à la Yougoslavie dans ce qu'elle avait de meilleur, à savoir l'union de peuples différents mais capables de s'entendre quand ils le veulent bien. Malheureusement ce souvenir semble très loin désormais. Qui donc parle encore de l'événement en Serbie ou en Macédoine ? Personne. Il n'y a qu'en Bosnie, et surtout à Sarajevo, que cet événement est resté dans le coeur, un évènement auquel les gens continuent de penser avec beaucoup de nostalgie.

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Commentaires

   

Jackie Dubois

Le mardi 8 mai 2012 à 01:28.

Bonjour,
Etant collectionneur sur les Jeux Olympiques, je recherche des médailles, mascottes, diplomes, billeterie, Badges et objets sur les Jeux Olympiques à échanger ou à acheter. Je vous remercie d'avance de votre réponse pour de prochains échanges ou achats. A bientôt.
Jackie
   

Thibaut

Le mercredi 30 mai 2012 à 19:59.

Bonjour,
Je vends des badges sur les jeux olympiques. Avez vous un mail pour envoi d'une photo avec la collection de badge?

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