Auteur : Dzana
Publié le dimanche 29 août 2010.
Rubrique : Vie en Bosnie.
Mots clés: Peuples de Bosnie.
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Roms de Bosnie
Les Roms constituent une minorité nationale officiellement reconnue en Bosnie-Herzégovine, avec une population estimée entre 40 000 et 100 000 individus. Depuis 2003, la loi sur la protection des minorités nationales devrait en principe permettre aux Roms de Bosnie de bénéficier de droits élémentaires tels que celui à l'éducation, la reconnaissance de leur culture et l'accès aux soins. Mais dans la pratique, la situation des Roms de Bosnie est difficile et ils sont les grands laissés pour compte de la politique du pays. Cet article propose un aperçu général de la situation des Roms en Bosnie-Herzégovine.
- Sommaire
- Qui sont les Roms ?
- Histoire des Roms de Bosnie
- La guerre de 1992-1995
- Nombre et répartition
- Conditions de vie des Roms
Qui sont les Roms ?
Avant d'entrer dans le cas particulier de la Bosnie-Herzégovine, dressons un bref tableau des Roms dans le monde. Les Roms sont des populations originaires de l'Inde, qui ont migré en vagues successives à partir du XI° siècle aux quatre coins du monde et tout particulièrement au Proche Orient et en Europe. Le terme "Rom" (parfois écrit avec deux R : "Rroms") est employé par ces populations elles-mêmes pour se désigner. Leur langue est le romani, qui se décline en de nombreux dialectes suivant les régions géographiques, fusionnant et évoluant beaucoup avec les langues locales. Le mot "rom", qui signifie "être humain" en romani, désigne également le chef de clan rom, patriarche respecté qui fait autorité sur la famille.
Le terme "tzigane" est synonyme de "rom". Les spécialistes reconnaissent en général trois groupes de Roms/Tziganes : les Roms au sens strict (Europe de l'Est et Proche Orient), les Manouches (France, Italie, Belgique, Luxembourg, Hollande, Allemagne), et les Gitans (Sud de la France, Espagne, Portugal). C'est le premier groupe qui nous intéresse dans cet article.
Histoire des Roms de Bosnie
Il semblerait que les Roms soient entrés en Europe par la Thrace (alors dans l'Empire Byzantin) dès le XI° siècle. Certains documents de la République de Dubrovnik laissent supposer qu'il y avait des Roms en Herzégovine avant même l'arrivée des Turcs. Les études linguistiques posent l'hypothèse que les Roms auraient alors été en contact avec les Valaques, une ethnie de langue romane éparpillée dans les Balkans, avec lesquels ils auraient fusionné en partie au travers de mariages. En cette fin de Moyen-âge, la plupart des Roms vivent du travail des métaux. Ils sont alors relativement bien appréciés par les populations locales, certains Roms sont même proches des grands rois de l'époque. C'est à la fin du Moyen-âge que les premières persécutions commencent.
Les Roms de Bosnie sont mentionnés pour la première fois en 1574 dans un traité de Selim II, qui ordonne un allègement fiscal pour les Roms travaillant dans les mines. A cette époque, ceux qui se convertissent à l'Islam bénéficient de droits et de privilèges qui ne sont pas accordés aux non-Musulmans. De ce fait, beaucoup de Roms de Bosnie se convertissent à l'Islam, ce qui leur permet d'être relativement bien traités, même s'ils restent au bas de l'échelle sociale. Alors qu'en Serbie, la plupart des Roms restent chrétiens. On répartit alors les Roms de Bosnie en trois grands groupes : Tziganes blancs, Tziganes noirs et ceux appelés à tort les "Valaques noirs".
Par la suite, la situation des Roms se dégrade parallèlement au long déclin de l'empire ottoman, jusqu'au vingtième siècle. Durant la seconde guerre mondiale, ils sont victimes de massacres et de déportations massives, notamment par les Oustachis dans le camp de concentration de Jasenovac. En revanche sous Tito, leur situation s'améliore. A tel point que les Roms d'ex-Yougoslavie considèrent encore la période Tito comme un âge d'or, l'une des rares période pendant lesquelles ils ont pu vivre décemment et sans être persécutés par les autres populations.
La guerre de 1992-1995
Alors que les conditions de vie des Roms étaient relativement correctes et acceptables jusque dans les années 80, la guerre de Bosnie (1992-1995) a été pour eux extrêmement agressive. Dès le printemps de 1992, les Roms sont victimes de massacres par les troupes tchetniks à Prijedor, Kozarac, Hambarine, Tukovi, Rizvanovici, Vlasenica, Zvornik, etc... La plupart d'entre eux décide de migrer, soit en dehors de la Bosnie (principalement Allemagne, Suisse, Italie), soit vers les villes du territoire "libre" bosniaque, ou vers les enclaves (notamment Tuzla). Ainsi, aujourd'hui, la plupart des Roms de Bosnie résident dans le territoire de la fédération croato-musulmane, et une minorité seulement réside sur le sol de la République serbe.
Pour illustrer le douloureux destin des Roms durant cette guerre, citons l'exemple du poète Semso Avdic. Ce Rom possédait une grande villa dans le centre de Banja Luka (la principale ville de la République serbe de Bosnie). Cette ville comptait alors une communauté de 6000 à 7000 Roms. Persécutés et chassés pendant la guerre, seule une petite minorité d'entre eux est revenue à Banja Luka, vivant dans des caves et des hangars. C'est le cas du poète Semso Avdic, qui est revenu vivre dans la cave de son ancienne maison, tandis qu'une famille locale (non Rom) s'était appropriée la maison elle-même ! Semso Avdic a longtemps milité pour la reconnaissance de l'identité rom en Bosnie, et nous a laissé un recueil de poésie : Rom de la naissance à la mort. Il fut aussi président de l'association des Roms de Banja Luka.
Nombre et répartition des Roms en Bosnie-Herzégovine
Le dernier recensement effectué en Bosnie-Herzégovine date de 1991. On a alors demandé aux gens à quelle "nationalité" ils se sentaient appartenir. De ce recensement, il ressortait un total de 8864 individus roms. En réalité, il est évident que la plupart des Roms ont préféré se déclarer "Yougoslaves", voire "Musulmans", car il est plus facile d'être membre d'une grande communauté que d'une petite minorité, surtout en temps de désordres politiques. Il est donc difficile d'établir le chiffre exact, surtout qu'un grand nombre de naissances roms ne sont pas déclarées. A priori, le nombre approximatif de Roms en Bosnie serait de l'ordre de 60 000 individus.
Ces populations vivent en majorité sur le territoire de la Fédération croato-musulmane, bien que l'on dénombre quelques petites communautés en RS, notamment à Banja Luka. Côté fédération, le principal foyer de population rom est Tuzla. La plupart d'entre eux vivaient sur le territoire de la RS avant la guerre de Bosnie et ont fui en Allemagne. S'ils ont choisi Tuzla pour revenir vivre en Bosnie, peut-être est-ce à cause de la proximité de cette ville avec la RS ?
Nombre d'entre eux sont regroupés en associations ou mini-organisation, qui ne dépassent pas le stade de la commune exceptée la principale : L'Union des Roms de Bosnie-Herzégovine, créée en 1997, qui travaille dans les domaines culturel et politique. Dans le sens politique, l'Union lutte pour faire reconnaître les droits des Roms en Bosnie, mais milite aussi contre les expulsions de Roms bosniens dans les autres pays, notamment l'Allemagne. Dans le domaine culturel, l'Union tente de développer et de faire connaître la culture et la tradition roms.
Conditions de vie des Roms en Bosnie-Herzégovine
Les Roms de Bosnie vivent dans des conditions très précaires. Une enquête, réalisée en 2006 et 2007 sur un ensemble de 16 communes, présentent quelques chiffres qui parlent d'eux-mêmes :
- Seuls 4% des Roms adultes sont employés
- Moins de la moitié des Roms sont inscrits au service pour l'emploi
- seuls 10% d'entre eux bénéficient de l'aide médicale gratuite
Selon l'UNICEF, 64% des enfants roms ne vont pas à l'école primaire.
Pour beaucoup, l'après-guerre fut très difficile. Dans la ville de Bijeljina (Nord-Est de la Bosnie, en République serbe), vivait avant la guerre une importante communauté de plusieurs milliers de Roms. La plupart des familles roms avait un membre travaillant à l'étranger, souvent en Allemagne, qui leur envoyait de l'argent. Chassés en 1992, seule une petite poignée d'entre eux est revenue à Bijeljina, pour y vivre dans des caves et des hangars. La plupart des Roms vivent dans des bidonvilles, caves, hangars, tentes, containers, à la périphérie des grandes villes. Seule une petite minorité d'entre eux possède un emploi. Les autres vivent de récupération de bouteilles plastiques, mendicité (surtout les enfants), et autres menus travaux. Il est fréquent que les autorités expulsent les Roms de leur campement, sans pour autant leur fournir un campement de remplacement.
En théorie, les enfants roms sont sensés recevoir à l'école un enseignement de leur propre langue et de leur propre tradition. Inutile de dire que dans la pratique, ce n'est pas le cas. Les trois principales entités de Bosnie ont déjà du mal à se mettre d'accord sur les programmes à enseigner aux enfants : on se doute bien qu'ils ne sont pas près de tenir compte de la minorité rom. De ce fait, la plupart des enfants roms ne vont pas à l'école. Les autorités affirment que la plupart des familles roms refusent d'y envoyer leurs enfants. La vérité, c'est surtout que les enfants roms y sont persécutés par les autres enfants, à l'image des parents entre eux.
Depuis quelques années, l'UNICEF travaille activement à la création d'écoles ouvertes sans discrimination à tous les enfants. Après un premier essai à Sarajevo, quatre autres écoles ont vu le jour, Visoko, Kakanj, Turbe et Prijedor.
Quel avenir pour les Roms de Bosnie ? Les trois premières communautés (bosniaque, serbe, croate) ont déjà tant de difficultés à cohabiter entre elles, que l'on peut s'inquiéter du sort réservé aux minorités. En particulier une minorité comme les Roms, qui n'est rattachée à aucun pays d'origine (contrairement, par exemple, à la minorité monténégrine). Des organisations internationales telles qu'Amnesty et l'UNICEF, rappellent régulièrement à l'ordre le gouvernement bosnien pour qu'il fasse un effort en vue d'une meilleure intégration et reconnaissance des Roms. Malheureusement, peu d'actions réelles sont menées par les politiciens, et les initiatives viennent presque toujours soit des Roms eux-mêmes, soit des organisations internationales.
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Le dimanche 29 août 2010 à 15:27 par Dzana
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