Les vautours de l’Herzégovine
Cet article, consacré à la réintroduction des vautours fauves près de Mostar en Bosnie-Herzégovine, a été écrit par Olivier Claudon pour le quotidien DNA (Dernières nouvelles d'Alsace). Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation de son auteur.
Le projet de réintroduction des vautours fauves près de Mostar en Bosnie-Herzégovine comprend la reconstruction de la filière ovine locale, l’éducation à l’environnement et même la protection des loups.
Blagaj. A une dizaine de kilomètres de Mostar en Bosnie-Herzégovine. Une immense falaise accouche ici de la Buna, une source que son débit situe parmi les plus importantes d’Europe (de l’ordre de 30 m3 par seconde, disent les guides touristiques). Juste à côté de la grotte d’où s’extrait la rivière, une maison, la Tekija, blanchie à la chaux et dont le toit est fait de grandes plaques de karst, attire des milliers de touristes chaque année. C’est un ancien monastère de derviches, construit sous l’ère ottomane, au XVIe siècle.
Un petit pont enjambe la Buna et mène directement sur les terrasses des restaurants. Des terrasses assaillies par le soleil d’Herzégovine mais rafraîchies par l’onde claire. Les touristes viennent y déguster du poisson grillé ou d’autres spécialités locales.
Le vallon qui s’éloigne vers le sud en longeant la falaise mène vers un centre écologique qui accueille touristes et groupes scolaires et où une poignée de jeunes gens portent le projet un peu fou de réintroduction de vautours fauves.

L’envergure du vautour fauve (Gyps fulvus) peut atteindre 280 cm. (photo DNA - Olivier Claudon)
« Avant la guerre, ici à Blagaj, il y avait deux colonies, quatorze nids actifs. On comptait de quarante à cinquante vautours» raconte Adnan Djuliman, 29 ans. Ado comme l’appellent ses amis, est le président de l’association Omladinski klub novi val (Club de jeunes nouvelle vague). Créée en 2001, cette ONG (organisation non gouvernementale) s’est transformée petit à petit en association eco-responsable jusqu’à se lancer dans la réintroduction des vautours avec l’appui de la « Black vulture conservation foundation » et de l’agence espagnole de coopération internationale (AECID).
« Un jour, en 1991, un troupeau de moutons a été attaqué par un animal sauvage peutêtre un chien ou un loup, poursuit Ado. Le berger a voulu piéger le prédateur et a déposé de la viande empoisonnée. Moins d’une heure après, les vautours sont arrivés et comme ils mangent toujours en colonie... »
Les quelques oiseaux qui survécurent à cette tragique curée ont définitivement quitté Blagaj quand la petite bourgade s’est retrouvée, en 1992, sur la ligne de front et que tonnait le canon des chars serbes.
« Le vautour est le symbole de l’Herzégovine. Si on perd les vautours, on perd un peu de notre culture. Sur un autre plan, le vautour joue un rôle important, il nettoie la nature car il mange les cadavres d’animaux morts. Il est une composante importante de la biodiversité ».
Aujourd’hui, les vautours passent au-dessus de l’Herzégovine dans leurs pérégrinations entre la Serbie et la Croatie. D’où l’idée de réinstaller une colonie, en y acclimatant des individus mais aussi en attirant leurs congénères. A Blagaj, dans le petit vallon, une grande volière abrite un couple de vautours fauves offerts par l’Espagne (les Baléares plus particulièrement) et qui dans un an et demi seront en âge de procréer.
Pour se fixer, l’animal doit pouvoir trouver de quoi se nourrir. Jadis, les cheptels de moutons, brebis et vaches étaient nombreux dans la région et fournissaient naturellement leurs lots de charognes. C’est pourquoi l’ecocenter projette, s’il parvient à trouver les fonds suffisants, de créer une coopérative agricole qui appuiera l’installation de bergers.

Le vautour est utile ; il nettoie la nature.
D’ailleurs les candidats seraient nombreux dans une région où le taux de chômage est élevé. Et c’est toute une filière qui pourrait être remise sur pied. Mais pour avoir des bergers et des troupeaux, il faut des débouchés. « On va essayer d’avoir des certificats pour l’exportation de fromage, de lait, de viande, tout en bio, espère Ado. Nous voulons aussi relancer l’activité traditionnelle de tapis en laine de mouton ».
L’association, qui compte onze salariés, a investi dans un troupeau de soixante-dix bêtes pour amorcer le mécanisme. Ce « stock » sert à prêter du bétail en leasing. Les bergers doivent rendre au bout d’une durée déterminée par contrat, le nombre de bêtes qui leur a été confié. Ils gardent les petits et les produits issus de l’activité.
Pour réintroduire le vautour, il faut donc reconstituer la filière ovine. Mais pas seulement. Le programme compte également une action de protection... du loup. Et en particulier une sensibilisation des bergers aux dangers pour les animaux sauvages dont le loup mais aussi les vautours, de l’usage des appâts empoisonnés... L’Eco-center propose donc la pose de clôtures électrifiées et le remplacement des bêtes attaquées.
Pour éviter que l’histoire de la disparition des colonies de Blagaj ne se répète...
A connaître : Le club de jeunes Nouvelle vague de Blagaj a été créé en 2001. A cette date, le bourg de Blagaj accueillait encore un camp de réfugiés aidés par de nombreuses organisations humanitaires dont un groupe de jeunes Strasbourgeois venu passer nouvel an 1999 aux côtés des familles déplacées (la guerre avait pris fin en 1995). «C’est en voyant ces jeunes Français, se mettre ensemble pour construire un projet, qu’on s’est dit qu’en se regroupant, on pourrait faire quelque chose. Ce sont eux qui nous ont donné l’idée » raconte Adnan Djuliman 29 ans qui habitait à deux pas du camp. L’association qu’il préside a rejoint le programme de réintroduction des vautours dans les Balkans en 2004 et a ouvert l’eco-center de Blagaj en 2007. Le camp de réfugiés, lui, n’existe plus.
Article : Olivier Claudon - DNA
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Commentaires
Ce n'est pas le problème principal Dzana. Le loup, semble-t-il, n'a pas disparu en Herzégovine. Il reste donc présent et constitue une menace pour les vautours, indirectement, en ce qu'il peut inciter les bergers à utiliser des appâts empoisonnés en cas d'attaque des troupeaux. D'où la démarche de l'association Novi Val. Protéger le loup, c'est protéger les vautours.
A ce sujet, j'ai eu l'occasion de parler de ce projet avec Jovan Divjak à Sarajevo en mai dernier. Avant la guerre, dans son parcours militaire, il a été responsable de la zone de défense de Mostar et il se souvient avoir vu les colonies de vautours de Blagaj.
Finalement, ce projet à multiples facettes est plein de symboles. Des jeunes gens d'aujourd'hui cherchent à réparer les séquelles des années 90; le vautour, qui voyage entre la Serbie et la Croatie, s'arrêtera peut-être à nouveau en Bosnie. Un trait d'union dans le temps et dans l'espace entre ces pays...
Je crois qu'en Bosnie, le vautour est aussi perçu comme un trait d'union entre la terre et le ciel. Si tant est qu'il y ait quelqu'un là-haut. Mais c'est une autre histoire.
D'accord Olivier, merci beaucoup pour ces précisions :)
Bonjour, c'est aussi Olivier Claudon qui a réalisé le reportage vidéo sur les vautours diffusé sur la télé française (France5 je crois) il y a quelques mois?
Décidément Jovan Divjak est un (LE ?) personnage importantissime de Bosnie
désolé Aimé, je ne fais pas dans la vidéo
Article passionnant et très bien écrit. Merci
En parlant de Mostar ce week-end est passé un chouette reportage sur les plongeurs depuis le fameux pont. C'était bien sympa et cela faisait bizarre de voir ce pont en super état et même le reste de la ville super pitoresque.
Voici un animal qui m'a l'air pas si commode. En tout cas, de très beaux clichés!!!
Bonjour,
je viens de découvrir par hasard ce blog sympa.
Je suis belge & j'adore la Bosnie, j'y ai par ailleurs acheté une jolie maison dans les campagne entre Blagaj & Mostar, je ne connaissais pas ce projet Vautours alors que je suis membres WWF.
J'irai voir en Janvier lorsque j'irai labas.
merci pour l'info
Excellent, merci du partage.
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Infos sur les commentaires
Bonjour Olivier, merci pour cet article passionnant. Ca fait plaisir de voir que des gens travaillent à la réintroduction d'espèces animales en Bosnie, pays qui est sans aucun doute l'un de ceux qui possède la faune la plus riche et la plus variée en Europe.
Je me demandais quand même : comment les bergers d'Herzégovine voient-ils le retour du loup ? Le vautour, je suppose que çe ne leur pose pas de problème particulier, mais pour le loup, n'y en a-t-il pas qui voient cela d'un mauvais oeil ?