Auteur : el rubab
Publié le dimanche 22 février 2009.
Rubrique : Art et culture.
Mots clés: Livres.
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BD: La Bosnie Dessinée
Pour ceux qui s’intéressent à la BD, l’impact qu’aura eu la guerre de Bosnie sur les publications en rapport avec cette région dans les années qui ont suivi le conflit est flagrant. Plusieurs auteurs se sont penchés sur le sujet, dans des styles très variés... et pas pour nous faire la suite des aventures de Tintin en Syldavie.
Voici donc un petit aperçu, non-exhaustif, de ce qu’on a pu lire ces dernières années sur le sujet, assis dans un coin de la FNAC, ou près du radiateur de la Bibliothèque Municipale.

Titre : « Fables de Bosnie »
Auteur : Tomaz Lavric (alias TBC)
Année d’édition : 1999
On attaque dur, avec ces fables écrites par un auteur slovène surnommé TBC. Enfin ces fables… disons le tout de suite, elles ne sont pas de celles qu’on souhaiterait raconter à son petit avant de dormir, non. Le petit, on préférera le laisser grandir un peu pour qu’il les étudie au collège par exemple, çà rendra peut-être les cours d’Histoire intéressants...
Les histoires contées ici partent de destins individuels, perdus au milieu de la guerre de Bosnie et qui essaient de se dépatouiller comme ils le peuvent pour alléger leur fardeau. TBC use de beaucoup de cynisme, d’un peu d’humour, et le lecteur qui sourit à un gag se retrouve parfois avec une impression un peu bizarre quand dans la case suivante il se rappelle que l’histoire se déroule dans une tranchée : un peu comme s’il était le seul à assister à un truc hilarant alors qu’il est en train de marcher dans une procession funéraire. Un humour noir qu’on retrouvera plus tard dans le film « no man’s land » d’ailleurs.
Cet album interpelle donc intelligemment le lecteur, ce qui était probablement le but recherché par l’auteur...

Lui, c’est Joe Sacco, dessiné par lui-même. Impossible de passer à côté du boulot réalisé par ce pionnier de la BD-reportage, surtout en ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine.
Initiée par des séries sur le blues ou le rock, puis surtout par le conflit israëlo-palestinien (il ira séjourner à Jerusalem et dans la bande de Gaza), sa formule de documentaire dessiné -appuyé par des dessins précis où il aime insister sur les expressions de visage et sur le côté cocasse des situations - est parfaitement rôdée quand il débarque à Sarajevo puis à Gorazde en 1995.
Sur Gorazde, il publiera deux tomes, édités en France en 2001, où rien n’échappera au lecteur de la vie des habitants de l’enclave pendant la longue période où la ville s’est retrouvée isolée.

C’est cru, d’un réalisme sans fioritures, et on ne peut qu’être admiratif du courage et de la dignité des personnages rencontrés au travers des pages. Pour qui n’a jamais vécu la guerre, on est toujours ébahi de voir les efforts que l'homme est capable de fournir pour s’adapter aux pires situations et ne pas sombrer complètement dans le désespoir… on en a la preuve ici.

Sur Sarajevo, il sortira en 2005 « The fixer », qui traite comme son nom l’indique de ces types sans qui les journalistes auraient du mal à bosser dans les pays qui leur sont inconnus. Je trouve la qualité de cet ouvrage moindre que les deux volumes consacrés à Goradze, mais c’est complètement subjectif et probablement lié au fait que notre ami Joe, qui aime à se décrire comme un loser, y passe son temps à essayer de ne pas se faire rouler (ce qui est parfois assez comique, mais qui n'enlève malgré tout rien au sérieux et à la patience dont il a dû faire preuve pour ses reportages).
Mais finalement, c’est sur un comics d’une quarantaine de pages que je vais m’attarder ici, publié en 2000, en prélude à Gorazde. Ce mini-album s’appelle « Soba, une histoire de Bosnie ». Soba, quoi … Le type que tu ne voudrais sûrement pas présenter à ta sœur, mais dont tu penses pourtant qu’il plairait comme gendre à ta mère… drôle de paradoxe.
Soba Nebojsa Seric donc, artiste peintre et musicien, qui s’engage dans l’armée bosniaque au début du siège de Sarajevo et qui devient poseur de mines pour celle-ci (et démineur par la même occasion). Joe Sacco le suit et recueille ses pensées, l’homme étant capable de parler de son stress post-traumatique comme du scénario du film porno dans lequel il voudrait jouer avec un de ses potes… le tout avec la même nonchalance agréable. Alors comme Joe Sacco, on le suit, on s’attache, et on se dit que les sarajéviens qui étaient près de lui pendant le conflit devaient se sentir un peu plus en sécurité, car c’est l’impression qui se dégage de lui dans la BD. D’ailleurs, pour son dernier jour sur le front, il bute sur une mine et celle-ci n’explose pas, Dieu merci.
Soba, pour les bosnophones, on peut le voir ici : http://www.youtube.com/watch?v=bMe8zKIlgBk

Toutes ces BD sont parues aux éditions Rackham.
Joe Sacco a également sorti une courte BD sur son périple à la recherche de Karadzic, mais celle-ci ne m’est jamais passée dans les mains. Elle s'appelle « Derniers jours de guerre : Bosnie 1995-1996 ».

Titre : "Ex-Yougoslavie, pour un monde meilleur"
Auteurs : Collectif
Année : 1993
Il s’agit ici d’une BD collective, composée de petites histoires. Sur ce point, je dois dire que la qualité des récits n’est pas toujours parfaite (par exemple, on suit un petit garçon réfugié en France, et lors de son premier jour d’école, on ne s’étonne pas que tous les enfants puissent parler avec lui en français et qu’il les comprenne … et leur réponde d’ailleurs). En fait le réalisme qu’on retrouvait dans les albums dont on parlait précédemment manque ici.
Cependant, en occultant la moindre qualité artistique de l’album, ce livre présente quand même l’intérêt d’avoir été publié pendant le conflit. Le but était donc plutôt d’informer sur ce qui se passait en Bosnie-Herzégovine(çà m’étonnerait quand même que cet album ait eu une grande diffusion, mais peut-être est-il sorti aussi dans d’autres pays…). Tous les fonds récoltés étaient reversés au Haut Commissariat pour les Réfugiés, et entre chaque histoire se trouve un récapitulatif des dates clés des évènements ayant eu cours jusque 1993. L’ouvrage est préfacé par Vaclav Havel, qui était alors le président de la République Tchèque. Il n’est plus édité aujourd’hui, mais on doit pouvoir le trouver à bas prix sur internet (pour ma part je suis tombé dessus complètement par hasard chez un bouquiniste…)

Titre : " Sarajevo-Tango "
Auteur : Hermann
Année d’édition : 1995
Drôle de titre pour une histoire qui se déroule dans le Sarajevo assiégé de la première moitié des années 90. Cette BD, écrite et dessinée par Hermann (connu notamment pour sa série Jeremiah) sera envoyée par l’éditeur à tout un tas de personnalités (chefs de gouvernement, haut-gradés des casques bleus et même l’abbé Pierre) comme « témoignage de l’indignation d’un créateur de bandes déssinées face au drame de l’ex-Yougoslavie et à l’impuissance concertée des puissants ». Jusque là on est d’accord. Là où çà se gâte, c’est que ce « coup de gueule » de Hermann est gravement bâclé, notamment au niveau du scénario. L’action se déroule à Sarajevo mais on ne voit rien de la ville à part des obus. Quant aux rebondissements vers la fin de l’histoire, ils ne sont pas crédibles pour un sou. Certes, Boutros-Ghali et consorts sont épinglés, la mascarade politico-américano-européenne également, mais cela ne justifie pas que le lecteur soit triché sur la qualité artistique de l’ouvrage. On mettra çà sur le compte de l’émotion puisque l’agent et ami d’Hermann, Ervin Rustemagic, était bloqué à Sarajevo pendant la première année du siège avec sa famille et qu’aucune démarche entreprise par l’auteur pour l’aider n’aura abouti. Ervin Rustemagic, on en reparle d’ailleurs tout de suite là-dedans :

Titre : "Fax de Sarajevo"
Auteur : Joe Kubert
Année : 1996 (1997 pour l'édition française)
Ervin Rustemagic, donc, déjà vieux routard du milieu de la Bande Déssinée quand éclate le conflit, se retrouve bloqué dans sa ville natale avec sa femme et ses 2 enfants. Son seul moyen de communication, un fax dont il use pour arroser ses amis aux Etats-Unis (Joe Kubbert) ou en Europe (Hermann, Hugo Pratt…) de feuillets où il raconte son quotidien sous le siège, ainsi que tous les moyens dont il use pour tenter de s’échapper. C’est Joe Kubert, le dinosaure du Comics américain et donc ami de Ervin qui se charge de relater cette histoire vraie. Et c’est presque réussi… pourquoi presque ? parce que le spectaculaire prime peut-être un peu trop dans tout ce récit finalement. Evidemment, le fait que le flot d’obus et de balles soit ininterrompu justifie en partie ce choix, mais on aurait aimé en savoir plus sur les détails de la vie quotidienne : Comment s’occupent les enfants d’Ervin pendant ces longues semaines passées à l’Holiday Inn par exemple ? Comment parvenait-il à se procurer de la nourriture ? Comment étaient gérés les appartements abandonnés par des civils et mis à disposition des réfugiés ? Ces sujets sont évoqués mais on n'en saura pas plus, ce qui est bien dommage. Les livres de Joe Sacco me semblent en cela bien plus intéressants et pourtant on y voit que peu d’explosions... Malgré tout, on verse une larme quand la famille réussit enfin à se retrouver en Slovénie. Il faut le dire, niveau émotion on est servi. On aurait voulu que certains ministres français au comportement honteux dans cette histoire, en éprouvent un peu plus à l'époque ...
Voilà, comme je le disais au début, il y a eu d’autres BD qui traitaient de la Bosnie-Herzégovine (et pas forcément de la guerre) mais je ne les ai pas lues… Par contre, vous en avez une liste un peu plus complète sur ce site très intéressant:
http://geographie-ville-en-guerre.fr.gd/BD-sur-la-Bosnie_Herz-e2-govine.htm
J'aurais pu également parler d'Enki Bilal, mais je crois qu’il mériterait un article complet. Pour ceux qui ne le connaissent pas, foncez sur "La trilogie Nikopol", qui regroupe les 3 albums suivants: La foire aux immortels/La femme piège/Froid équateur. Vous ne le regretterez pas ...
Commentaires :
Le mercredi 25 février 2009 à 21:06 par el rubab
merci Dzana d'avoir publié l'article et de nous offrir cet espace sur ton site, c'est un plaisir de pouvoir y placer quelque chose :)
merci du compliment Tel... je te laisse donc le soin de nous parler de Bilal à l'avenir ;)
Le vendredi 27 février 2009 à 16:48 par Aurélie ( site web )
Très bonne idée cet article pour parler de la Bosnie de nos jours!
Le vendredi 27 février 2009 à 23:36 par el rubab
merci Aurélie,
par contre les albums cités évoquent plutôt la Bosnie du conflit et de l'immédiat d'après-guerre. A ma connaissance, rien n'est sorti en BD sur la société bosnienne des années 2000... du moins en France, car j'imagine qu'il y a sûrement des artistes locaux qui ne sont pas inactifs.
Le samedi 28 février 2009 à 00:03 par fenouil
ça ne parle pas forcément de la guerre ni de la Bosnie, mais ça peut t'intéresser si tu aimes la BD, il y a des très bons collectifs dans les pays d'ex-Yougoslavie, comme par exemple KOMIKAZE :
http://www.komikaze.hr/
http://www.komikaze.hr/wiki/Komikaze/HomePage
Ou encore le collectif STRIPBURGER :
http://www.stripburger.org/
http://stripburger-blog.blogspot.com/
J'aime beaucoup le "dessinateur" Alexandar Zograf :
http://www.aleksandarzograf.com/
Voilà, mais tout ça est bien mieux expliqué dans un bouquin qui est sorti récemment : STRIPOVI, bande dessinée indépendante et contemporaine en Serbie et Croatie. C'est tout!
Le samedi 28 février 2009 à 00:04 par fenouil
Sinon j'ai lu une BD française qui parlait de la Bosnie de nos jours, mais il faut que je me rappelle du titre (oups)
Le samedi 28 février 2009 à 00:13 par fenouil
Ah oui, il y a une BD que je n'ai pas lue mais qui a l'air chouette : "Bosnian flat dog" de Max Andersson et Lars Sjunnesson.
Dans le bouquin "sta ima? Ex-Yougoslavie, d'un état à d'autres" il y a un ptit article sur la BD ("bande dessinée de l'autre europe") qui peut t'intéresser (et qui parle justement de Sacco et de Lavric)
Le samedi 28 février 2009 à 00:16 par fenouil
OUAHLALAH promis c'est le dernier message :
j'ai retrouvé le nom de la BD française, c'est "presque Sarajevo" de Wazem.
http://www.bedetheque.com/serie-3717-BD-Presque-Sarajevo.html
Le samedi 28 février 2009 à 10:12 par el rubab
merci Fenouil pour toutes ces infos, çà va sérieusement compléter la liste ;)
effectivement, j'avais vu sur le courrier des Balkans que quelque chose venait de sortir sur les dessinateurs serbes et croates...
Pour Wazem, je le connais juste de nom, je ne savais pas qu'il avait sorti quelque chose sur Sarajevo, j'essaiera de trouver çà à la médiathèque...
Le lundi 02 mars 2009 à 00:05 par el rubab
je me suis promené un peu sur tes liens Fenouil, et il y a l'air d'y avoir de bons trucs, je vais creuser un peu tout çà; l'univers stripburger a l'air bien intéressant (j'y ai d'ailleursz appris que David B avait été traduit en serbo croate), et pour Aleksandar Zograf, j'ai vu que l'Association avait édité certains de ses trucs en français, je vais donc essayer d'attraper tout çà ;)
Le jeudi 05 mars 2009 à 13:46 par fenouil
Effectivement Zograf a été traduit en français chez l'association, tu peux trouver facilement le "bons baisers de Serbie" que je te recommande.
Je ne connaissais pas David B, j'ai fait un tour sur le net, son univers est génial, merci pour la découverte!
Le mardi 26 janvier 2010 à 18:00 par Yvar
Bonjour Dzana,
Hier soir, 25 janvier 2010, Arte a diffusé un reportage très intéressant sur des bandes dessinées qui racontent la guerre en Bosnie-Herzégovine, à Sarajevo et Gorazde, avec des dessinateurs qui ont été sur place.
Cette approche est intéressante, surtout pour la nouvelle génération, qui n'a souvent aucune notion, à l'image de leurs parents, sur ce qui s'est passé, et qui n'est d'ailleurs pas encore du passé.
Le jeudi 22 juillet 2010 à 17:34 par el rubab
Durant tout l'été dans Courrier International, vous pouvez lire la nouvelle BD de Joe Sacco, qui se déroule cette fois sur son île natale, Malte, où il enquête sur la cohabitation entre maltais et migrants. Super bon travail, comme d'habitude !









Le mercredi 25 février 2009 à 21:01 par Tel
Superbe article, beau travail de critique et de description des albums, félicitations!
Je partage ton avis sur Bilal : je suis faaaaan