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Mai 2008
Le chat
Rubrique : Enfance .Bojana adorait les animaux. Comme tous les enfants, me direz-vous. Non, encore plus que les autres enfants, chez elle c'était un amour démesuré. Je me souviens qu'un jour, un camarade de classe s'était offert le vilain plaisir de découper un ver de terre en petits morceaux. Bojana avait piqué une crise, s'était mise à pleurer toutes les larmes de son corps et avait déversé sur le coupable toutes les insultes qu'elle connaissait. Bien sûr elle voulait devenir vétérinaire, collectionnait plein d'images et de photos d'animaux, avec je crois une petite préférence pour les dauphins, allez savoir pourquoi.
Chez elle il y avait un poulailler mais chez ses grands-parents il n'y avait pas tellement d'animaux. Il y en avait eu autrefois, c'est ce qu'on m'a raconté : des poules, des oies, un âne... mais tout ceci faisait partie du passé et il n'y avait plus âme qui vive dans cette grande ferme, à part le chien du voisin et surtout des colonies de souris que le grand-père piégeait par dizaines avec des tapettes et des souricières. Pourtant nous avons rapidement fait la connaissance d'un chat errant qui rôdait dans les alentours. Un gros matou tout ébouriffé, noir et blanc. Mais ces couleurs étaient chez lui très mal réparties, de la façon la plus disgracieuse, si bien qu'il était assez laid, il faut bien le reconnaître. En plus il avait une oreille fendue car il passait le plus clair de son temps à se battre avec ses congénères ou à courir la gueuse. Malgré cette dégaine de gros chat baroudeur, Bojana et moi sommes tout de suite tombées amoureuses de lui, et nous sommes mis en tête de l'apprivoiser. Chose difficile car le marou avait une grande peur des humains, il faut dire que le grand-père lui criait dessus chaque fois qu'il le voyait, et le chassait en lui lançant des pierres.
Pour apprivoiser un chat errant il faut beaucoup de calme et de patience, qualités qui faisaient complètement défaut à Bojana. Mais elle les compensait par son grand désir de pouvoir caresser le fauve au moins une fois avant la fin de notre séjour. La première chose à faire fut de convaincre le grand-père d'arrêter de chasser l'animal, ce qui ne fut pas difficile puisque Bojana était sa "petite princesse". Il nous a même prodigué quelques bons conseils. Comme dit le vieux proverbe iroquois : "Donne à manger au chat, et il t'adoptera." A partir de là, chaque jour la grand-mère nous a ramené du mou, que lui donnait une des voisines. Le mou, vous savez, ce sont des tripes d'animaux, souvent de lapin. Des boyaux, des estomacs, etc... Quand j'y repense je trouve ça assez dégoûtant, pourtant Bojana et moi on manipulait sans problèmes ces tripes ensanglantées à pleine main, et croyez-moi que le chat en raffolait. La grand-mère nous avait aussi acheté une poche de croquettes pour chat. Ce n'est pas meilleur que le mou, mais c'est moins visqueux quand on les prend à pleines mains.
L'opération Chat a donc pu commencer. Nous lui avons donné du mou dans une gamelle et sommes parties pour le laisser manger tranquillement. Peu de nourriture mais plusieurs fois par jour, pour l'habituer à revenir au même endroit. Après quelques temps, nous nous sommes risquées à rester sur place et le regarder se régaler, à une dizaine de mètres. Dix mètres c'est beaucoup, pourtant le chat nous surveillait du coin de l'oeil tout en dégustant son festin, prêt à faire demi-tour au moindre mouvement suspect de notre part. Mais il n'y eut pas de mouvement suspect, ni de fuite, et petit à petit, au fil des jours, nous avons pu nous approcher toujours davantage. Malheureusement nous avions peur de manquer de temps et que les parents de Bojana ne reviennent nous chercher avant qu'on ait pu caresser au moins une fois notre félin préféré.
Un matin à l'aube, m'étant levée avant Bojana et Bozidar, je me suis dit "Tiens si j'allais voir si le chat est là". Après mon petit déjeuner j'ai donc enfilé mon anorak et suis sortie dehors avec une poignée de croquettes. Le chat était là bien sûr, lui aussi attendait son petit déjeuner. Mais cette fois-ci j'ai décidé de ne pas déposer cette nourriture au sol. Je me suis accroupie, bras tendu, avec une boulette dans le creux de la main : il fallait coûte que coûte que l'animal vienne la cueillir entre mes doigts. Plusieurs longues minutes ont passé. Le matou avançait, reculait... tournait sur lui-même, dévoré par l'hésitation. Il n'était plus qu'à une enjambée, puis quelques centimètres... Ses narines frétillaient en direction de ma main. Plus que quelques millimètres... Et là le miracle s'est produit. Il n'a pas mangé la croquette, non. Il a frotté sa tête contre ma main. Puis m'a tourné autour en se frottant à mes jambes, en ronronnant et en arrondissant le dos pour que je le caresse. Oui : il avait avant tout faim de tendresse et de câlins, plus que de nourriture :) Ce fut un merveilleux moment pour moi, et sans doute pour lui aussi je pense, puisque pour la première fois de sa vie il osait se livrer et recevoir de la tendresse en retour. Bojana est arrivée et fut stupéfaite devant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Tout doucement, elle s'est approchée à son tour. Bientôt elle fut à ma hauteur et a pu caresser notre nouveau compagnon elle aussi. Le chat allait de Bojana à moi puis de moi à Bojana en ronronnant et en se frottant contre nous.
Il ne nous restait plus que deux jours chez les grands-parents. Pendant ces deux journées, le chat nous suivait presque tout le temps, il avait l'air heureux de nous avoir apprivoisées lui aussi. Pourtant deux jours plus tard il a bien fallu le quitter, ce qui fut une déchirure pour nous. On a quand même fait promettre à la grand-mère de bien s'occuper de lui et de le nourrir. Elle nous a promis d'en prendre soin et de continuer de lui dégoter chaque jour du mou, des tripes de lapin, des boyaux de lièvre et du gras de boeuf :) Je n'ai plus jamais revu ce matou, mais j'en ai eu des nouvelles dans les mois qui ont suivi : il se portait bien, se battait moins et commençait à apprécier le confort des canapés devant la télé...
Le Dimanche 25 Mai 2008 à 00:57 par Dzana
Eh oui on ne se refait pas, j'aurai toute ma vie une âme d'adopteuse de chats :) Jusqu'à la fin de mes jours je recueillerai les chats errants. C'est vrai que j'aurais pu mettre plutôt une photo de chat, je n'y ai même pas pensé !
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Le Samedi 24 Mai 2008 à 08:56 par francis ( site web )
A non carton rouge Dzana, la photo d'illustration n'est pas celle que l'on peut attendre d'autant que tu as matière à la maison. Allez une petite photo de chat en plus...
Je rigole mais c'est drôle comme nous pouvons retrouver des points communs dans certains de tes billets, c'est certainement dû à ta façon de raconter les choses. Toujours un plaisir pour moi de venir ici.