Vendredi
25
Juillet 2008

Le tramway de Sarajevo

Rubrique : Bosnie . Mots clé : Vie en Bosnie, Villes de Bosnie. Par Dzana.

Sarajevo et le tramway, c'est une longe histoire d'amour. Un vrai mythe qui perdure depuis 113 ans, si ce n'est quelques interruptions dues aux guerres. Sarajevo fut la première ville d'Europe à faire circuler un tramway, c'était en 1895. Le tramway est un vrai symbole dans tous les pays des Balkans, et ce n'est jamais aussi vrai qu'à Sarajevo. Vous n'aurez pas réellement goûté la ville tant que vous n'aurez pas pris son tramway.

Les tramways sont très nombreux et suivent tous le même circuit, avec une variante. Tellement nombreux que vous attendez rarement plus de trois minutes entre deux rames successives. Certes, ils sont moins modernes et moins confortables que ceux que l'on peut prendre en France, et les stations sont assez rapprochées les unes des autres. Mais il vous permet de vous rendre à n'importe quel endroit sur les dix kilomètres de longueur de la capitale bosnienne. En hiver, il y fait chaud comme dans une bouillotte, même quand la température est bien en dessous de zéro au dehors. Par contre c'est aussi vrai en été : le tramway est une vraie étuve. Mais c'est aussi ce qui fait son charme. Extérieurement, certains tramways sont décorés, peints ou tagués par des artistes, parfois aux couleurs de tel ou tel pays ami de la Bosnie-Herzégovine qui en a fait don à la ville.

Après 113 ans de services et plusieurs guerres, le tramway de Sarajevo est devenu une légende. Lors de la guerre de Bosnie, il resta en activité le premier mois et demi, conduit par des chauffeurs bénévoles et courageux qui défiaient les bombardements et les mitrailles des tireurs d'élite cachés dans les immeubles dévastés. Mais ceci devint complètement impossible dans le courant de mai 1992, des rames avaient reçu des obus, des rails détruits... Le trafic fut interrompu pendant 22 mois.

Lors qu'une première rame fut remise en circulation en mars 1994, elle était escortée par des tanks de l'ONU et des Casques bleus tireurs d'élite étaient à bord des wagons pour protéger les voyageurs, qui pour la grande majorité étaient les ouvriers volontaires qui avaient participé à la reconstruction. C'était en mars 1994, en plein pendant le siège de Sarajevo, un mois après l'obus du marché de Markale, qui avait sonné l'ordre donné aux Tchetniks de retirer l'armement lourd des collines. Cette remise en circulation du tramway n'offrait donc qu'une joie toute relative, mais enfin il était là, symbole de la vie qui persistait malgré tout, et comme la preuve que le peuple bosniaque relèverait toujours la tête quelques soient les tragédies.

A cause de la configuration géographique de la ville de Sarajevo (toute entourée de montagnes et de collines), les sept lignes de tramway suivent le même unique parcours, à ceci près que certaines d'entre elles font demi-tour avant d'entrer dans la vieille ville, juste avant le quartier austro-hongrois. Vous partez donc d'Ilidza, à l'extrémité Ouest, puis vous longez l'immense boulevard qui traverse la ville sur 10 kilomètres en ligne droite. Les voies automobiles se trouvent de part et d'autre de la ligne de tramway, mais aussi parfois au milieu, entre la voie de droite du tramway et la voie de gauche, chose tout à fait originale. Dix kilomètres plus loin vous entrez donc dans la vieille ville proprement dite, le coeur de Sarajevo, que vous longez par la droite au bord de la Miljacka. Arrivé au bout le tramway tourne autour du quartier ottoman et revient par le Nord. Vous voici de nouveau sur le grand boulevard pour dix kilomètres, soit environ trois quarts d'heure de traversée. A Ilidza le terminus, le tramway fait tout simplement demi tour sur lui-même sur une boucle de rails sur un carré de pelouse... et repart dans l'autre sens.

Tramway de Sarajevo
Tramway de Sarajevo
Collection personnelle

Prendre ce tramway est souvent une aventure. Il ne faut jamais être trop sûr d'arriver à destination : les pannes de courant généralisées sont nombreuses. Dans ces cas-là vous avez le choix : attendre le rétablissement, ou rentrer à pied... avec le risque, si vous choisissez la deuxième option, de voir le tramway vous doubler quelques minutes plus tard. Ces pannes bloquent en général les tramways bien sûr, mais aussi la circulation automobile, puisque en plusieurs endroits des avenues traversent les voies de tram et vice versa.

Vous aurez aussi la surprise de voir les conducteurs de tramway descendre eux-mêmes de leur poste de pilotage pour aller actionner les aiguillages. Un jour, en hiver, je me trouvais dans un tramway qui n'arrivait plus à démarrer car il était dans une très légère montée. Le chauffeur a dû demander à tous les voyageurs de descendre afin d'alléger l'ensemble, et a fait remonter tout le monde un peu loin, une fois que le tramway était à nouveau sur du plat ! Et des anecdotes telles que celles-ci, il y en aurait encore à la pelle :)

Le plus agréable dans ces tramways, c'est l'empressement avec lequel les jeunes laissent systématiquement les places assises aux personnes âgées, ou aux invalides, qui sont malheureusement assez nombreux pour les raisons que l'on sait. N'essayez pas de tricher en montant sans ticket : les contrôles sont très nombreux, et d'autant plus faciles qu'il n'y a qu'un seul et unique circuit.

En plus du tramway et de l'autobus, Sarajevo a adopté un mode de transport en commun très peu répandu en Europe : le trolleybus. A mi-chemin entre le tram et l'autobus, le trolley est un autobus électrique, alimenté par des fils électriques aériens. En France, seules quatre villes ont installé ce système. Le trolley bus est silencieux, ne pollue pas, coûte moins cher en énergie que le bus et a une durée de vie plus longue. Par contre les fils aériens (deux par trolley car celui-ci n'a pas la possibilité, contrairement au tram, de décharger le courant de phase dans le sol) gâchent un peu le paysage. L'ensemble bus + tram + trolley forme à Sarajevo un réseau très dense et très développé qui vous permet de vous rendre absolument partout.

"Les tramways de Sarajevo" est également un livre, créé par l'auteur de bandes dessinées Jacques Ferrandez, et publié aux Editions Casterman. Jacques Ferrandez s'est rendu en Bosnie-Herzégovine en 2005, afin d'y rencontrer des jeunes par le biais du centre culturel André Malraux de Sarajevo. Jacques Ferrandez leur a fait dessiner la ville. Tombé amoureux de la capitale bosnienne, mais aussi de tout le pays, il en a fait un album de dessins intitulé "Les tramways de Sarajevo". Ce titre doit d'ailleurs se comprendre dans un sens poétique : l'ouvrage n'est pas exclusivement consacré aux tramways (seulement deux pages).

L'idée de rédiger cet article m'est venue après une discussion avec Aurélie sur le forum Bosnie et Balkans : elle nous a cité un passage de son mémoire que je vous invite à lire maintenant, c'est le troisième message de cette discussion : Les tramways de Sarajevo. A bientôt :)

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Mots clé : Vie en Bosnie, Villes de Bosnie.

Le Jeudi 19 Juin 2008 à 17:11 par Thibault

Les trolley bus sont très peu rependus en Europe, SAUF en Suisse où ils sont très courants ;-)


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