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15
Mai 2008
Les diapositives
Rubrique : Enfance .Un jour, alors que nous étions à fouiller dans la grange des grands-parents, Bojana et moi avons découvert un coffret en plastique contenant toute une collection de diapositives. Il y en avait beaucoup, peut-être deux cents ou trois cents, qui avaient été abandonnées là négligemment depuis belle lurette. Du peu que nous en avons vu sur le moment, en les mettant face à la lumière du jour, elles nous avaient paru relativement anciennes. Mais pour mieux les voir il nous aurait fallu un projecteur.
Nous sommes descendues avec notre butin et l'avons partagé avec la grand-mère, qui a eu l'air contente de retrouver, elle aussi, ces photos qu'elle avait complètement oubliées. Elle nous a affirmé qu'il y avait quelque part, dans la cave ou la grange, un bon vieux projecteur, mais ne savait plus du tout à quel endroit. Or vu la quantité de choses qui habitaient ces murs, le temps de remettre la main dessus, beaucoup d'eau risquait de couler sous le pont. Mais le grand-père a eu une meilleure idée : nous allions fabriquer nous-mêmes un projecteur. Moi qui aimais tant bricoler, j'étais ravie.
Fabriquer un projecteur de diapositives est bien plus simple qu'il n'y paraît : il suffit d'une source de lumière et d'une lentille. Pour la source de lumière, une lampe de poche fera l'affaire. Pour la lentille, prendre une simple loupe telle que celles utilisées par les collectionneurs de timbres. Mettre l'ensemble dans un compartiment clos et le tour est joué. Le grand-père nous avait donc prêté une sorte de petit caisson, et sur ses indications nous avions placé la lampe à un bout du caisson, une diapositive à l'autre bout, et la loupe au milieu. Ou le contraire, la diapositive au milieu et la loupe au bout, je ne sais plus trop, enfin peu zimporte. Mais ce qui n'est pas peu zimporte, c'est qu'il faut mettre la diapositive à l'envers parce que la loupe inverse l'image, le haut passe en bas et vice versa. Ce phénomène était d'ailleurs un grand mystère pour moi, et ce n'est qu'en fac de science que j'ai enfin eu l'explication.
Tout était prêt, nous avons installé notre petit projecteur dans la chambre, fermé les volets et tiré les rideaux : la séance pouvait commencer. Moi je tenais la lampe tandis que Bojana changeait les diapos. Le grand-père était assis à regarder. Ces images nous plaisaient bien : on reconnaissait des endroits, mais tels qu'ils étaient quinze ans plus tôt. Il y avait des photographies de Sarajevo, de Banja Luka, de Bihac, et d'autres paysages photographiés au hasard des week-ends et des vacances quelque part en Yougoslavie. C'était très étonnant, Bojana et moi étions captivées. On voyait que ces images avaient une bonne quinzaine d'années, et ça nous faisait bizarre de voir tout le changement, aussi bien dans les maisons, que dans le style des voitures, des vêtements, etc...
De temps en temps on voyait des gens, et le grand-père nous disait "Ca c'est Untel, ça c'est Unetelle", mais nous ne connaissions personne dans tout ce beau monde. A un moment pourtant nous avons vu un couple de jeunes gens, et comme le grand-père ne disait rien, Bojana a demandé:
_ C'est qui ceux-là ?
_ Tu ne les reconnais pas ? a répondu son grand-père en rigolant. Mais Princesse, ce sont Papa et Maman !
Le visage de Bojana s'est décomposé : elle n'en croyait pas ses yeux. Et moi non plus. Pourtant, à bien les regarder, en effet, c'était bel et bien eux quinze ans plus tôt. C'est fou comme ils paraissaient plus jeunes, plus dynamiques, plus joyeux, plus tout ! Bojana a regardé longuement en répétant : "Incroyable..." Sur les autres diapositives on voyait encore ses parents, ou ses oncles et ses tantes, et Bojana restait toujours bouche bée, comme si elle réalisait tout juste que ses parents avaient été jeunes, eux aussi. Elle disait juste "Incroyable, incroyable." Moi aussi ça me faisait bizarre, mais pas autant qu'à elle, sans doute parce que c'était ses parents et pas les miens.
Par la suite, le grand-père a ressorti des photographies encore plus anciennes. Pas des diapos, mais de vraies photos en noir et blanc, datant d'avant la seconde guerre mondiale. Mais là pour le coup c'était trop ancien pour nous impressionner : il nous était tout à fait impossible de réaliser réellement le lien entre ces photos et le moment présent. Pourtant, le papi en petit garçon aurait pu nous surprendre, mais non en fait, car nous ne pouvions pas trouver le moindre point commun entre ce petit garçon et le papi. Alors que les diapos, en les regardant bien, on retrouvait facilement beaucoup de traits de physionomie avec les personnes que nous connaissions.
Cette séance photos fut donc longue et captivante, et dans les jours qui ont suivi, je me souviens que de temps en temps, Bojana se retirait toute seule dans la chambre pour tirer les volets et se regarder les diapos. C'est aussi la première chose qu'elle a racontée à ses parents, quand ceux-ci sont revenus nous chercher. Mais entre temps il s'est passé encore bien d'autres choses que je raconterai dans les prochains billets :)
Le Vendredi 16 Mai 2008 à 19:12 par Tel
Le coup du Massif Central, c'est dingue, çà me le fait aussi à chaque fois. Cà doit être dû au type de pierre et d'enduit des murs.
Le Vendredi 16 Mai 2008 à 19:48 par Dzana
Bonjour à vous,
C'est vrai que ces photos que l'on garde chez soi et qu'on laisse vieillir sans s'en rendre compte ont beaucoup de valeur. Ce sera peut-être moins le cas désormais, grâce à la numérisation des photos, qui rend leur conservation et leur diffusion beaucoup plus faciles.
Le Samedi 17 Mai 2008 à 15:42 par aimé
Oui Tel, c'est exactement ça, j'ai l'impression de reconnaitre les murettes en pierre et même les maisons, le verglas sur le bitume, les restes de neige, les couleurs...
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Le Vendredi 16 Mai 2008 à 15:45 par aimé
J'espère que les diapo ont pu être conservées. Au delà de l'aspect sentimental, ce sont des sources historiques dont on n'a jamais conscience.
La photo, et celle du billet "à la pêche", me rappellent le Massif Central, c'est fou ça!