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Mai 2008
Croatie
Rubrique : Yougoslavie . Mots clé : Balkans. Par Dzana.Continuons notre petit tour d'horizon des pays d'ex-Yougoslavie et faisons aujourd'hui honneur à la Croatie. La Croatie est un pays des Balkans de forme curieuse : 1000 kilomètres de long pour une centaine seulement de large. C'était le lieu incontournable du tourisme en Yougoslavie, et aujourd'hui encore le tourisme est l'un des grands moteurs économiques, grâce à sa côte maritime de toute beauté et ses villes vénitiennes. Sa capitale historique, politique et culturelle est Zagreb, et son peuple est majoritairement catholique de langue croate.
- Sommaire
- Géographie de la Croatie
- Peuples de Croatie
- Régions de Croatie
- Serbes de Croatie
- Histoire de la Croatie
- La Croatie aujourd'hui
Géographie de Croatie
La Croatie est donc un pays tout en longueur, avec 1000 kilomètres de long pour une centaine de large. Mais ce qui rend cette forme encore plus curieuse c'est qu'elle n'est pas linéaire. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le pays a la forme d'un grand C, C comme Croatie. Ce grand C englobe en quelque sorte la Bosnie-Herzégovine, si bien que le chemin le plus court pour aller du Nord au Sud de la Croatie, c'est tout simplement de traverser la Bosnie (en en plus vous verrez Sarajevo et Mostar).

Carte de la Croatie
Autrefois, au Moyen-âge, les territoires croate et bosnien étaient relativement homogènes. Ils ont même, à certaines époques, constitué un seul et unique pays, notamment au X° siècle sous le règne du roi Tomislav Ier, dont on a érigé une statue à Zagreb (photo : statue du roi Tomislav). La frontière entre Bosnie-Herzégovine et Croatie correspond donc précisément à l'intérieur de ce grand C, et correspond aux limites des conquêtes turques, du moins aux limites de leur influence. En effet, les Turcs (Ottomans) ont conquis d'autres territoires plus au Nord et sont montés jusqu'à Vienne, mais n'ont par exemple jamais inquiété une ville comme Zagreb.
Le nom "Croatie" est une traduction française maladroite du nom officiel qui paraît imprononçable pour quelqu'un qui ne connaît pas les langues slaves : Hrvatska (prononcez : Heurvatska). On ignore quelle est l'origine de ce mot, ainsi que celle du mot "Croate" qui en français a donné "cravate", depuis que Louis XIV a engagé au XVII° des soldats croates qui portaient un gros noeud autour du cou et que les gens appelaient le Royal-cravate.
| Capitale | Zagreb |
|---|---|
| Population | 4 437 500 |
| Superficie | 56 500 km2 |
| Densité | 81 hab./km² |
| Langue principale | Croate |
| Religion principale | Catholicisme |
| Monnaie | kuna (1 euro = 7,5 kuna environ) |
Peuples de Croatie
Autrefois, le terme "Croatie" désignait uniquement la région autour de Zagreb. Mais le sentiment d'appartenance à un même peuple existait déjà bel et bien, même si ce peuple n'avait pas encore d'étiquette générique. Ce sentiment d'identité nationale est nourri par une religion commune (le catholicisme), une langue commune (le croate), et des origines communes (slaves). Ce qui les distingue de leurs voisins slovènes (catholiques mais parlant le slovène) et bosniens (même langues, mais de religion différente). Les Croates représentent 89% de la population totale de la Croatie.
Les 11% restants sont diverses minorités, la plus importante étant celle des Serbes : 4,5%. Ils étaient toutefois beaucoup plus nombreux avant la guerre de Croatie : 11,5 % d'après le recensement de 1981. Nous reviendrons sur cette population serbe plus loin dans l'article. Autre minorité très présente : les Italiens, mais ils se trouvent presque exclusivement en Istrie, région toute proche de l'Italie, au Nord de la mer Adriatique. L'Italien est d'ailleurs une langue officielle dans cette région.
Régions de Croatie
Partons de l'extrémité Nord du C : nous sommes alors en Slavonie. C'est une large plaine située entre les deux grandes rivières que sont la Drave et la Save. Cette région est assez monotone et n'intéresse nullement le tourisme. En revanche la terre de Slavonie est très fertile et on y cultive toutes sortes de denrées, il s'y trouve même un peu de pétrole. Pour cette raison, mais aussi parce que cette plaine était l'axe reliant deux des principales villes de Yougoslavie : Zagreb et Belgrade en Serbie, elle fut un territoire très important au cours des soixante dernières années. C'est ici que le maréchal Tito y fit construire la toute première route goudronnée du pays, juste après la seconde guerre mondiale. C'est malheureusement aussi ici qu'eurent lieu les plus violents affrontements entre Serbes et Croates, en 1991, et qu'une ville comme Vukovar fut bombardée et détruite.
Toujours dans la branche supérieure du C, mais plus à l'Ouest, se trouve cette région qu'on appelle l'Outremont croate, et qui était autrefois la Croatie proprement dite, autour et au-dessus de Zagreb. Ce territoire ne fut jamais conquis par les Turcs, contrairement à la Slavonie. Le système en place était donc un système féodal, avec ses seigneurs, ses nombreux châteaux et son clergé tout puissant.
Au milieu du C et à l'Ouest se trouve l'Istrie, terre italienne, qui n'est revenue à la Yougoslavie qu'après la seconde guerre mondiale, du moins en grande partie : la ville de Trieste est restée en Italie. C'est ce qui explique le fort peuplement italien de cette région. L'ensemble attire beaucoup de touristes et sa principale ville est Rijeka, grand port industriel, le plus grand de Yougoslavie.
La région la plus célèbre est certainement celle qui constitue la branche inférieure du C : la Dalmatie. Une terre qui longe la mer adriatique sur six cents kilomètres, avec son ambiance méditerranéenne, ses vignes, ses garrigues, avec ses falaises qui plongent dans la mer, le tout parsemé de villes vénitiennes petites et grandes. La plus ancienne de ces villes est Split, dont le nom vient de l'italien Spalato qui signifie "palais" : c'est en effet ici que l'empereur romain Dioclétien, né en 245 en Dalmatie, s'y fit construire un immense palais. Et la ville fut construite à l'intérieur même de ce palais, puis autour. Au Moyen-âge, le temple de Jupiter fut transformé en cathédrale. Les restes du palais sont encore très nombreux et attirent chaque année des centaines de milliers de touristes épris d'antiquité romaine.
Mais la plus belle ville de Dalmatie, c'est incontestablement Dubrovnik, ancienne cité médiévale sur la mer, à l'extrêmité Sud de notre grand C, tout près du Monténégro voisin, et tout près de la Bosnie-Herzégovine. Au Moyen-âge, cette ville était double : une partie se trouvait sur une île, l'autre sur le continent. La ville maritime était Raguse, latine, tandis que la ville continentale était Dubrovnik, slave. Puis le bras de mer les séparant a été comblé et aujourd'hui ces deux villes n'en font plus qu'une, sous le nom de Dubrovnik. Le bras de mer a fait place à une longue rue : le Stradun, que l'on peut voir sur la photo ci-dessous.
Après le Moyen-âge, Dubrovnik fut même une république indépendante, dont la principale ennemie était Venise. C'est d'ailleurs pour se protéger de Venise que Dubrovnik a vendu une portion de territoire aux Ottomans qui occupaient la Bosnie voisine : cette portion de territoire, qui aujourd'hui encore "coupe" la Dalmatie en deux, et oblige les Dalmates à passer la frontière bosnienne pour aller de Split à Dubrovnik, se trouve autour de la petite ville bosnienne de Neum. Mais un projet de pont pour contourner la Bosnie a été mis en route.
La côte dalmate est très escarpée et compte 698 îles et 389 îlots, dont 47 sont habitées. C'est aussi ce qui fait la beauté de cette côte, d'autant que ces ces îles sont conviviales, méditerranéennes et fertiles.
Terminons ce rapide petit tour par Zagreb, qui fut toujours la capitale. C'était autrefois une cité médiévale, dont on trouve encore quelques vestiges en ville. C'est aujourd'hui une ville agréable et conviviale, parsemée de parcs et de places dédiées à diverses personnalités célèbres, notamment Josip Strossmayer (Croate malgré ce nom allemand), évêque de Bosnie et de Syrmie, l'un des plus fervents défenseurs de l'idée yougoslave au XIX° siècle (ce que l'on appelle "l'idée yougoslave" était le désir de réunir tous les peuples slaves du Sud en un même pays, ce qui fut fait en 1918 avec la création du Royaume de Yougoslavie). Photo : statue de Josip Strossmayer.
Les Serbes de Croatie
Avec 11,5% de la population totale, le peuple serbe était une composante importante de la population croate. Il est essentiel de connaître les raisons de leur présence en Croatie si on veut comprendre la guerre des années 90. Ces Serbes ont été appelés ici à partir de la fin du Moyen-âge par les Autrichiens, qui possédaient alors la Croatie. Les Autrichiens, conscients de la menace turque, ont installé des communautés serbes sur certains territoires, leur ont confié l'exploitation de la terre et leur en ont donné la propriété. En contrepartie, les Serbes avaient le devoir de prendre les armes en cas d'attaque des Ottomans. Les territoires occupés alors par les Serbes sont ce qu'on appelle les "Confins militaires", très difficiles à décrire géographiquement, mais qui forment à peu près un petit c à l'intérieur du grand C. A la fin du XIX° siècle, les Turcs ayant été expulsés des Balkans (lire : Libération des peuples yougoslaves), ces Serbes n'avaient plus pour mission de prendre les armes en cas d'attaque. Mais ces siècles de combats en ont fait d'excellents soldats, et ils étaient très nombreux à s'engager dans l'armée.
Histoire de la Croatie
Au début du XVIII° siècle, Napoléon conquiert l'Istrie et la Dalmatie et fonde en ce lieu les "Provinces Illyriennes", qu'il perd quelques années plus tard au profit de l'Autriche. La Croatie étant sous domination austro-hongroise, elle se voit engagée dans la première guerre mondiale dans le camp des futurs vaincus. En 1918 elle est intégrée au Royaume de Yougoslavie, monarchie serbe.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Nazis placent à la tête de la Croatie le tyran sanguinaire Ante Pavelic, chef des Oustachis, dont le nom fait encore trembler aujourd'hui. A coups de massacres de masse, de nettoyage ethnique et de camps de concentration, Ante Pavelic tente de reconstruire la "Grande Croatie", telle qu'elle était au X° siècle sous le règne du roi Tomislav, c'est à dire englobant la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Les populations serbes sont les premières victimes de ces massacres.
A partir de 1945, la Croatie est l'une des six républiques de la République fédérale de Yougoslavie, présidée par le maréchal Tito, qui était croate. Dans les années 80, l'historien-politicien Franjo Tudjman ravive les querelles anciennes et les conflits interethniques, en même temps que son homologue serbe Slobodan Milosevic. En 1991 c'est la guerre, que nous avons déjà relatée dans cet article : guerre de Croatie.
La Croatie aujourd'hui
En matière de tourisme, le pays a hérité de la part du lion de la Yougoslavie, grâce à la Dalmatie et sa côte adriatique, et la Croatie reçoit chaque année des millions de touristes, ce qui est très bon économiquement et culturellement.
Le communisme a été mis au ban de la vie politique, et la droite domine le pays depuis la guerre. Le HDZ (le parti fondé par Franjo Tudjman, d'extrême droite) est majoritaire au parlement. Le président est issu d'un autre parti un peu plus modéré, mais de droite également. Chaque fois qu'un ancien chef de guerre croate est jugé pour crimes de guerre, la majorité des partis politiques lui donnent leur soutien. Citons notamment le général Gotovina, qui a libéré la poche de Bihac en Bosnie-Herzégovine, et d'autres villes en Croatie, mais se serait rendu coupable d'exactions sur les populations civiles serbes.
Mais dans l'ensemble la Croatie s'est plutôt bien remise de la guerre. Moins bien que la Slovénie, mais beaucoup mieux que la Bosnie-Herzégovine. Ces situations ne sont pas comparables. La Croatie se redresse peu à peu et rêve d'accéder un jour à l'Europe.
Pour d'autres photos de la Croatie, voir : Photos de Croatie.
Articles sur le même thème :
Le Dimanche 11 Mai 2008 à 10:19 par Edin
Il y a un X de trop je le confirme lol
et les marais de la Neretva sont un peu comparable à ceux de la Camargue, en fait il s'agit d^un Delta.
La rivière Neretva se jette dans la mer Adriatique, c'est donc une zone marecageuse, et très profitable à la faune et à la flore locale.
Pas de rizière juste des champs agricoles profitant de ces canaux irrigants.
Le Dimanche 11 Mai 2008 à 23:25 par karmara ( site web )
Une présentation très synthétique et très intéressante !
Pour ceux que ça intéresse, l'émission de France Inter "Rendez-vous avec X", était consacrée au général Gotovina. Edifiant ! On peut l'écouter à cette adresse :
www.radiofrance.fr/france...
Le Lundi 12 Mai 2008 à 00:01 par Dzana
Bonjour à vous !
En effet, j'avais oublié un X ;) Merci de me l'avoir signalé.
Et merci Karmara pour le lien, je vais écouter ça.
A bientôt.
Le Mardi 13 Mai 2008 à 14:46 par aimé
Autrefois, il y avait des redifs la nuit de cette très bonne émission. D'après les programmes c'est plus le cas, il faudra que je réinstalle mon real player. Cela faisait longtemps que j'avais plus écouté ce programme. Ce Monsieur X est toujours très très bien renseigné. Il était d'ailleurs très au fait des services secrets étrangers. Il a souvent révélé des faits qui se sont avérés justes par la suite, ce qui donne beaucoup de crédits à des hypothèses basés sur des sources trop secrètes pour être judiciairement exploitables.
Comme le X de trop a disparu (rien à voir avec Monsieur X mais avec le roi Tomislav), mon premier message peut être supprimé, non?
Le Mardi 13 Mai 2008 à 23:31 par Dzana
Ce n'est pas grave, on peut le laisser :)
Le Jeudi 15 Mai 2008 à 18:50 par francis ( site web )
La partie côtière de la Croatie est fantastique il y a tant à découvrir à portée de voiture de la France avant de partir à l'autre bout du monde non ?
Le Jeudi 15 Mai 2008 à 20:03 par Dzana
Bien sûr Francis, comme ça maintenant tu sais où tu vas passer tes prochaines vacances :)
Le Vendredi 16 Mai 2008 à 14:52 par aimé
"Avec ce diable de Gotovina on est jamais sur de rien": Monsieur X.
Quelques révélations malgré tout sur l'implication de certains pays occidentaux dans l'attaque croate, sur le pacte secret Tudjman/Milosevic pour "abandonner" les serbes de Krajina et sur la négociation de la réddition de Gotovina, et les conséquences sur son procès que cela pourrait avoir: des pièces retirées de l'accusation... et d'autres choses moins avouables?
En tout cas, selon Monsieur X, l'attaque de Gotovina n'a rien d'héroïque au sens militaire.
Les populations déplacées ont-elles pu rentrer? C'est une question qui n'est pas du tout abordée dans le sujet de Pesnot. Mais à bien lire les statistiques données par Dzana, il semble que non.
Les commentaires sont fermés.


Le Samedi 10 Mai 2008 à 22:51 par aimé
J’apprends toujours plein, plein de choses grâce à Dzana. Même sur l’histoire de France! Superbes photos aussi.
Une petite coquille dans cette phrase,non? : “Ante Pavelic tente de reconstruire la "Grande Croatie", telle qu'elle était
au XX° siècle sous le règne du roi Tomislav...”. Il y aurait pas un X de trop? Les marais de la Neretva sont des marais salants, des rizières?