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vendredi
2
mai 2008

Bosnie-Herzégovine

Rubrique : Bosnie. Mots clé : Découvrir la Bosnie, Pays yougoslaves.

La Bosnie-Herzégovine est un pays d'Europe du Sud-Est, l'une des six républiques qui constituaient autrefois la Yougoslavie, dans la péninsule des Balkans. La Bosnie-Herzégovine est peuplée de différentes "ethnies" : notamment Bosniaques, Serbes et Croates. Sa capitale est Sarajevo et ses pays frontaliers sont la Croatie, la Serbie et le Monténégro.

Géographie de la Bosnie-Herzégovine

La superficie de la Bosnie-Herzégovine est de 51 130 km², soit à peu près, à titre de comparaison, onze fois moins que la France métropolitaine. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le territoire a la forme d'un triangle. Au Nord, la frontière est constituée par la Save, rivière qui la sépare de la Croatie et qui se jette plus loin dans le Danube, à Belgrade. A l'Est, c'est une autre rivière, la Drina, qui fait frontière avec la Serbie. Au Sud-Est, le pays frontalier est le Monténégro. Sur tout le côté Sud-Ouest, la Bosnie-Herzégovine longe la mer adriatique sans toutefois la toucher, si ce n'est à un seul endroit, dans la ville de Neum, ce qui lui confère un petit littoral de 15 kilomètres.

Carte de la Bosnie-Herzégovine
Carte de la Bosnie-Herzégovine

La Bosnie-Herzégovine, comme son nom l'indique, est constituée de deux régions géographiques, assez différentes mais réellement liées par l'histoire et la culture : la Bosnie d'une part, l'Herzégovine d'autre part. La Bosnie est cinq fois plus grande que l'Herzégovine.

L'Herzégovine est une région typiquement méditerranéenne, au Sud du pays, tout près de la mer adriatique, constituée de reliefs vallonnés et recouverts de garrigues, où souffle un vent sec, chaud en été, doux en hiver. La Bosnie proprement dite, par contre, est un pays montagnard au relief difficile et au climat souvent très dur. Très chaud en été, très froid en hiver, il n'est pas rare qu'il neige cinq moins dans l'année, de début novembre à début avril. Plus au Nord, la montagne laisse la place à une très grande plaine, la Krajina, qui continue en Croatie. Le relief de Bosnie-Herzégovine s'étale donc sur trois étages, du Sud au Nord :

  • Un relief et un climat méditerranéen au Sud, en Herzégovine.
  • Un paysage balkanique, montagnard, au centre.
  • Une grande plaine au Nord.

Notons d'ailleurs que le terme "Balkans" signifie "montagnes" en ancien turc.

Données géographiques
Capitale Sarajevo
Population 4 220 000 habitants
Superficie 51 129 km2
Densité 79 hab./km²
Langues Bosniaque, Serbe, Croate
Religions Islam, Chr. orthodoxe, Catholicisme
Monnaie Mark convertible (1euro=1,95 KM)

Peuples, religions et langues en Bosnie-Herzégovine

A l'image de l'ex-Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine est constituée de nombreux peuples. Les habitants de Bosnie se répartissent en plusieurs ethnies. En majorité des "Bosniaques", terme équivalent à "Musulmans de Bosnie", qui représentent 44% de la population totale. C'est donc une majorité, mais pas absolue. Ensuite les Serbes, 31% de la population totale. On les appelle souvent "Bosno-serbes", afin de ne pas les confondre avec les Serbes de Serbie, bien qu'ils revendiquent leur appartenance au même grand peuple serbe. Puis les Croates : 17% de la population totale. Pour les autres, il s'agit de diverses ethnies : Juifs, Tziganes, Roms, Monténégrins, etc... mais aussi quelques personnes qui, aujourd'hui encore, continuent de se déclarer "Yougoslaves", tout simplement.

Les Bosniaques (ou Musulmans de Bosnie) pratiquent l'Islam. Un Islam tolérant, sans intégrisme et sans fanatisme. Les Serbes ont pour religion le Christianisme orthodoxe, et les Croates pratiquent le Catholicisme. Les lieux de culte en Bosnie-Herzégovine sont donc nombreux et variés. Notamment à Sarajevo, la seule ville au monde avec Jérusalem où l'on peut voir, dans un même quartier, une mosquée, une cathédrale catholique, un temple orthodoxe et une synagogue. C'est ce qui faisait de Sarajevo l'une des capitales culturelles de l'Europe, avant la guerre de Bosnie.

Les trois ethnies ont officiellement chacune leur langue : le Bosniaque, le Serbe et le Croate. Mais dans la réalité ces trois langues sont quasiment identiques, elles étaient d'ailleurs regroupées autrefois sous le terme générique de "serbo-croate", ou "croato-serbe". A noter cependant que les Serbes privilégient l'alphabet cyrillique, tandis que Bosniaques et Croates utilisent exclusivement l'alphabet latin.

Pour plus d'informations, lire aussi : Langue en Yougoslavie, Religion en Yougoslavie et Apprendre le bosniaque.

Habitants de Bosnie-Herzégovine
Habitant Désignation
en langue bosnienne
Prononciation
"à la française"
Equivalent français
Habitant de la
Bosnie-Herzégovine
Bosanac Bossanats Bosnien
Musulman
de Bosnie
Bošniak Bochniaque Bosniaque
Serbe Srbin Seurbinn Serbe
Croate Hrvat Heurvat Croate

Les deux entités politiques et géographiques

Depuis la guerre de Bosnie, le pays est divisée en deux entités politiques et géographiques : la Fédération croato-musulmane (ou croate-bosniaque), et la République Serbe de Bosnie-Herzégovine . La Fédération croato-musulmane (ou croato-bosniaque), qui regroupe les Bosniaques et les Croates, occupe 51% du territoire, et toutes les grandes villes exceptée Banja Luka. La République Serbe de Bosnie-Herzégovine (Republika Srpska) occupe 49% du territoire et une seule grande ville : Banja Luka.

Chacune de ces deux entités bénéficie d'une forte autonomie. Après la guerre, elles ont eu chacune leur police, leur système éducatif, leur monnaie, leur système judiciaire, etc... Peu à peu certaines choses ont été mises en commun, notamment la monnaie, et actuellement la police est en cours d'unification. Ce n'est malheureusement pas pour autant que les deux entités s'entendent et se sont réconciliées, bien au contraire. Les nationalismes restent très forts, et les dirigeants des principaux partis politiques refusent toute concession. C'est l'un des principaux éléments bloquants qui paralysent la progression du pays.

La "frontière" entre les deux entités n'est pas une ligne droite. C'est une sorte d'hyperbole, très difficile à décrire, le plus simple est d'observer la carte en début d'article. Notons d'ailleurs que la Réplique serbe de Bosnie-Herzégovine ne forme pas un territoire unique, puisqu'elle possède deux petits territoires au Nord. La frontière passe aussi sur Sarajevo, mais la majeure partie de la ville est sur la Fédération croato-bosniaque.

Principales villes

Sarajevo est la capitale de la Bosnie-Herzégovine depuis le XIX° siècle, depuis la fin de la mainmise des Ottomans sur le pays. C'est aussi de loin la ville la plus peuplée, avec 700 000 habitants. C'est une ville toute en longueur : 10 kilomètres de long, pour à peine 1 kilomètre et demi maximum de large. Cette étonnante configuration géographique est due aux contraintes du relief : Sarajevo est située au creux d'une longue mais étroite cuvette de montagnes. Le coeur de la ville ne se trouve pas au centre mais l'extrémité Est : c'est Bascarsija, le quartier turc, dont les premières pierres furent posées par les Ottomans en 1461. Quand on marche vers l'Ouest, on pénètre alors dans le quartier austro-hongrois, puis dans d'autres quartiers de plus en plus récents, jusqu'au grands buildings hérités du communisme. Ces buildings forment des banlieues où l'ambiance est agréable et conviviale.

C'est à Sarajevo que fut déclenchée la première guerre mondiale, lorsque le jeune Gavrilo Princip assassina l'archiduc héritier d'Autriche sur le pont latin le 28 juin 1914. Certains disent que le XX° siècle européen a commencé à Sarajevo, et qu'il s'y est terminé, quand la guerre a détruit la ville sous les yeux d'un reste du monde passif. Sarajevo, merveille culturelle des Balkans, qui a accueilli les Jeux Olympiques d'hiver en 1984, est souvent appelée "la ville aux cent vingt lieux de culte". Des mosquées, des églises, des temples... Avant la guerre de Bosnie la population était mixte, et la majorité des mariages étaient multi-éthniques. Mais la guerre a mis fin à cette harmonie.

Si Sarajevo est une ville mythique des Balkans, Mostar ne l'est pas moins. C'est la principale ville de l'Herzégovine, surtout célèbre pour son pont, construit au XVI° siècle par les Ottomans, au-dessus l'eau vert émeraude de la Neretva. Le quartier Est de la ville est habité de Bosniaques, tandis que l'Ouest est aux Croates. Ces deux populations se sont livrés des combats très violents en 1993 et la ville fut presque intégralement détruite. Notamment le vieux quartier et le pont de Mostar... Depuis, celui-ci a été reconstruit grâce aux financements de l'UNESCO, et est redevenu l'un des lieux les plus visités des Balkans. Quant aux populations locales, elles ont aujourd'hui encore bien du mal à se réconcilier.

Banja Luka est la principale ville de la République serbe de Bosnie-Herzégovine . Elle se situe à l'entrée de la Krajina, cette grande plaine au Nord. Banja Luka est donc plus aérée et plus spacieuse qu'une ville comme Sarajevo. L'alphabet cyrillique y est en vigueur.

Parmi les autres villes, citons Visegrad, devenue célèbre pour avoir été le lieu de l'action du Pont sur la Drina, roman d'Ivo Andric qui lui permit de recevoir le prix Nobel de littérature en 1961. Jajce, autrefois capitale des rois, en Bosnie centrale. Travnik, également en Bosnie centrale, qui était la capitale choisie par les Ottomans.

Villes de Bosnie-Herzégovine
Ville Population Commentaires Photo (cliquez pour agrandir)
Sarajevo 700 000 La capitale Sarajevo
Banja Luka 166 000 "Capitale" de la RS Banja Luka
Tuzla 165 000 Tuzla
Mostar 105 400 Principale ville d'Herzégovine Mostar
Zenica 128 000 Zenica
Bihac 60 700
Travnik 27 000 Capitale au temps des Ottomans Travnik
Jajce Capitale des rois de Bosnie Jajce
Neum 4 700 Seule ville sur la mer Neum

Histoire de la Bosnie-Herzégovine

Les Bogomiles

Les premiers Slaves sont arrivés dans les Balkans au VI° siècle, dans ce territoire stratégique situé entre l'Empire romain d'Occident, qui s'effondrait sous les invasions barbares, et celui d'Orient. Les Yougoslaves au Moyen-âge ont donc été soumis à cette double influence : le catholicisme d'Occident et le christianisme orthodoxe d'Orient. Même si en ce temps-là , dans le Haut Moyen-âge, la séparation des deux églises n'était pas encore consommée, elle était déjà très perceptible dans les coutumes et les pratiques. A cela il convient d'ajouter une autre "religion", le bogomilisme, la religion des Bogomiles. Ce point est fondamental si on veut comprendre la Bosnie-Herzégovine, même douze siècles après.

Le bogomilisme était une forme de christiannisme, fondée et prêchée par Bogomile, un pope bulgare. Qualifiée d'hérésie par l'Eglise de Rome, elle s'est pourtant répandue dans les Balkans et s'est solidement implantée en certains endroits, en particulier la Bosnie-Herzégovine. A tel point qu'elle devint la religion la plus répandue sur de grands territoires, et aurait même été, pendant un temps, la religion des rois. On sait peu de choses sur les croyances des Bogomiles, mais il semblerait que leur spiritualité était très proche de celle des Cathares, en France. Il reste plusieurs nécropoles bogomiles en Bosnie-Herzégovine, notamment celle de Stolac.

Nécropole bogomile à  Stloac
Nécropole bogomile à Stloac (Herzégovine)
Collection personnelle

Les Ottomans

Au XIV° siècle, les Ottomans (Turcs) envahirent les Balkans et remportèrent de nombreuses batailles qui les amena beaucoup plus au Nord, jusqu'aux portes de Vienne. Ce fut un bouleversement dans l'histoire des Slaves de la région. Les Serbes, notamment, y perdirent le Kosovo lors de la bataille de Kosovo Polje en 1389. En Bosnie-Herzégovine, le dernier roi fut Stjepan Tomasevic, couronné en 1461 dans Jajce, sa capitale. Après sa mort (en 1463), la résistance fut très longue et ce n'est qu'en 1527 que la ville tomba. Les Ottomans déplacèrent la capitale bosnienne dans la ville voisine de Travnik.

Les Ottomans amenaient avec eux une religion nouvelle (pour les Européens) : l'Islam. Cette religion ne fut pas formellement imposée chez les peuples vaincus, mais ceux qui refusaient de se convertir ne bénéficiaient d'aucun pouvoir, n'avaient aucune possibilité d'occuper un poste quelconque dans la hiérarchie, et étaient toujours soumis à l'arbitraire devant la justice. Les historiens ne sont pas tous d'accord sur cette période, mais il semblerait que la majorité des Bogomiles se soient convertis à l'Islam, tandis que Serbes et Croates ont conservé leur religion respective. C'est donc de cette époque que date la répartition des habitants de Bosnie : des Musulmans, des Serbes et des Croates.

Les Ottomans, qui ont dominé la Bosnie-Herzégovine jusqu'au XIX° siècle, y ont laissé leur emprunte. Dans la religion bien sûr, mais aussi dans la pensée, dans l'architecture (le vieux Sarajevo, le pont de Mostar), dans la langue (il y a beaucoup de mots turcs en bosniaque) dans l'art et dans la philosophie. La Bosnie-Herzégovine a vraiment un petit air d'Orient.

Le siège de Vienne par les Ottomans
Le siège de Vienne par les Ottomans
Domaine public

Le Royaume de Yougoslavie

C'est au long du XIX° siècle, et au début du XX°, que les Turcs sont peu à peu rejetés des Balkans par une suite de guerres successives. La libération des peuples yougoslaves se fait progressivement. Les premières révoltes viennent de la Serbie, qui accède peu à peu à l'indépendance. Suivie par la Bosnie-Herzégovine, mais ici l'autorité turque est aussitôt remplacée par l'autorité autrichienne, on ne peut donc pas parler d'indépendance, même si le joug autrichien est beaucoup moins sévère que le joug turc. En 1912, les Turcs sont finalement définitivement expulsés hors des Balkans lors de la première guerre balkanique.

Le 28 juin 1914, la première guerre mondiale est déclenchée par l'assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand à Sarajevo, par le membre de la Main Noire Gavrilo Princip. Cet événement anodin fut pourtant la cause d'un conflit qui allait faire des millions de morts. Le pont latin, où eut lieu l'assassinat, est toujours l'un des ponts les plus célèbres de la capitale bosnienne, et l'assassin Gavrilo Princip est encore considéré comme un héros par beaucoup.

Après la guerre, un nouveau pays est créé de toutes pièces : le Royaume de Yougoslavie ("Yougoslavie" signifie "Royaume des Slaves du Sud"), qui réunit des régions disparates et souvent sans rapport entre elles, des Slovènes au Nord jusqu'aux Macédoniens au Sud. Le Royaume de Yougoslavie est entièrement entre les mains des Serbes et de leur famille royale les Karadjordjevic. Cette domination, comme on le devine, est déplorée par la plupart des autres peuples, en particulier les Croates et les Slovènes. De 1918 à 1941, ce Royaume ne connut pour ainsi dire que l'instabilité.

La Yougoslavie de Tito

Dès le début de la seconde guerre mondiale, toute la Yougoslavie est envahie de toutes parts par ses ennemis : Italiens, Hongrois, Bulgares, et surtout les Nazis. L'armée yougoslave ne résista que onze jours, puis tout le pays plongea dans l'horreur. Le gouvernement de Serbie collaborait, tandis qu'en Croatie les Oustachis régnaient par la terreur : on dit que même les Nazis, par moments, les trouvaient trop violents.

Deux mouvements de résistence s'organisèrent : Partisans et Tchetniks. Le pays fut libéré par les Partisans, dirigés par Josip Broz, plus connu sous le nom du maréchal Tito. Il prit le commandement du pays en 1945 et le garda jusqu'à sa mort en 1980. Après avoir sévèrement écrasé ses ennemis et imposé un régime terriblement répressif de 1945 à 1950, il laissa un peu de lest et peu à peu, la Yougoslavie de Tito devint un pays relativement agréable et libre. On se souvient surtout de Tito comme le seul dirigeant communiste européen à avoir tenu tête victorieusement à Staline (Staline avait fait exécuter la femme de Tito bien des années avant, lorsque ce dernier était au parti communiste en URSS).

Le principal souci de Tito était de maintenir la Yougoslavie unie, et donc de gommer, autant que possible, tout ce qui pouvait différencier les peuples. Mais en même temps, il avait compris que s'il niait ces différences, il s'exposait aux soulèvements. Voila pourquoi il accorda une certaine autonomie aux ethnies qui composaient la Yougoslavie.

C'est ainsi que la Bosnie-Herzégovine fut reconnue comme une république à part entière, au même titre que la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Macédoine et le Monténégro. Cette décision, encore controversée aujourd'hui par beaucoup de nationalistes, a hissé la Bosnie-Herzégovine sur un pied d'égalité avec les deux géants voisins, la Croatie et la Serbie.

Plus tard, en 1971, Tito va encore plus loin : il reconnaît une nouvelle nationalité en Bosnie-Herzégovine : les Musulmans. Ici, le terme "Musulman", avec un M majuscule, désigne donc une nationalité, avant de désigner une religion. C'est à la même période que Tito reconnaît également l'existence de deux provinces autonomes : la Voïvodine et le Kosovo.

Après ça, on comprend mieux pourquoi, aujourd'hui encore, Tito est un personnage honoré par les Bosniaques (Musulmans) : il leur a reconnu un pays et une nationalité. Mais ceci n'a pas fait que des heureux, en particulier les nationalistes serbes, qui n'ont jamais reconnu la Bosnie-Herzégovine comme un état à part entière, et encore moins les Musulmans comme un peuple.

La guerre de Bosnie

A sa mort, le 4 mai 1980, Tito laisse une dette faramineuse au pays, que celui-ci est bien incapable de rembourser. Et les dirigeants rivalisent tous d'incompétence pour enrayer la crise économique qui s'aggrave chaque année. C'est pourtant dans la joie que Sarajevo accueille les Jeux olympiques d'hiver en 1984, comme une dernière fête avant les heures sombres, et avant la dissolution de la Yougoslavie.

En différents endroits, des hommes réveillent les haines anciennes, sortent les morts des tombeaux et exacerbent les nationalismes. En particulier Slobodan Milosevic, en Serbie, et Franjo Tdujman, en Croatie. Milosevic supprime l'autonomie du Kosovo et de la Voïvodine et place un dirigeant acquis à sa cause au Monténégro : il se rend ainsi maître de quatre républiques et provinces. C'en est trop pour la Slovénie puis la Croatie qui déclarent leur indépendance. La guerre de Slovénie ne dure qu'une dizaine de jours, mais la guerre de Croatie est beaucoup plus longue et meurtrière. C'est ensuite la Macédoine qui déclare son indépendance, puis la Bosnie-Herzégovine le 1er mars 1992. Cette indépendance est reconnue par la Communauté internationale le 6 avril 1992.

L'indépendance de la Bosnie plonge aussitôt le pays dans la guerre. Les Serbes de Bosnie-Herzégovine ont refusé catégoriquement cette indépendance, car ils auraient voulu rester au sein d'une Yougoslavie sous domination serbe. Ils choisissent pour dirigeant un ultra-nationaliste, psychiatre de métier, et poète médiocre à ses heures : Radovan Karadzic. Celui-ci crée une république serbe de Bosnie-Herzégovine qui n'a aucune existence officielle, et lâche une armée de tueurs sur la Bosnie-Herzégovine, menés par le général Ratko Mladic. D'avril à juillet 1992, ces hommes déferlent sur le pays à partir du Nord et de l'Est et massacrent, pillent, tuent, déportent. Ils ont entre leurs mains tout l'arsenal de l'ex-armée yougoslave, tandis qu'en face, les Bosniaques sont désarmés, du moins au début. C'est ce qui explique l'avancée fulgurante des Tchetniks (le terme "tchetnik", dans ce contexte, désigne les soldats ultra nationalistes serbes, bien qu'autrefois les Tchetniks étaient les soldats de la famille royale au temps du Royaume).

Dans cette avancée fulgurante, les Tchetniks s'emparent de 70% du territoire, alors que la population serbe de Bosnie-Herzégovine représente 32% de la population totale. Pourtant, quelques villes résistent à la conquête, et ces enclaves deviennent le symbole de la Bosnie-Herzégovine agonisante pendant plus de trois ans : Srebrenica, Gorazde, Bihac, Tuzla, Zepa, ainsi que Sarajevo. Ces villes sont soumises à un siège intensif. Le siège de Sarajevo est particulièrement meurtrier et destructeur.

François Mitterrand est le premier chef d'état étranger à se rendre dans la nouvelle capitale européenne, le 28 juin 1992. Cette visite de François Mitterrand à Sarajevo suscite beaucoup d'espoirs chez les Bosniaques, qui implorent l'aide internationale et la levée de cet embargo sur les armes qui ne désavantage que ceux qui n'ont pas d'armée. Mais François Mitterrand prend simplement des mesures humanitaires, en rouvrant l'aéroport de Sarajevo et en envoyant les Casques bleus de l'ONU en Bosnie. Les trois années suivantes, l'ONU se montre incompétente, voulant ménager tous le monde, et refusant de défendre les populations civiles au nom de la neutralité.

Bombardement du palais du président à  Sarajevo
Bombardement du palais du président à Sarajevo
Image d'archives

En 1993, les Bosniaques et les Croates, qui jusque là combattaient ensemble, s'affrontent en Herzégovine. Certains Bosniaques forment même une armée à part. Tout le monde tire sur tout le monde, et plus personne ne sait pourquoi.

En 1995, Karadzic et Mladic, qui sentent qu'ils perdent peu à peu la confiance et le soutien des dirigeants serbes de Serbie (de Milosevic), et que le monde commence à réaliser l'ampleur des crimes commis dans le pays, décident de frapper encore plus violemment : prise en otage de 500 Casques bleus en juin, et surtout génocide de Srebrenica en juillet, où 10 000 hommes bosniaques sont massacrés en l'espace de cinq jours.

L'OTAN prend alors la place de l'ONU et bombarde les positions serbes. Les Tchetniks se retirent rapidement dans la panique générale, et en décembre 1995 sont signés les accords de Dayton, par Slobodan Milosevic, Franjo Tudjman et Alija Izetbegovic. Aussi scandaleux que soient ces accords, puisqu'ils valident les conquêtes réalisées dans le sang, en accordant 49% du territoire au Bosno-serbes, ils ont au moins le mérite de mettre fin à la guerre de Bosnie.

Institutions politiques

Comme nous l'avons vu plus haut, la Bosnie-Herzégovine est divisée en deux entités politiques. Toutes les institutions fédérales sont constituées de représentants issus des trois principales ethnies :

  • La présidence de la Bosnie-Herzégovine est exercée par un collège de trois présidents (un Musulman, un Serbe, un Croate), qui sont présidents à tour de rôle.
  • Le conseil des ministres est composé de ministres issus des trois ethnies.
  • La chambre des représentants : 42 membres (14 par ethnie)
  • La chambre des peuples : 15 membres (5 par ethnie)

Tourisme en Bosnie-Herzégovine

Le tourisme en Bosnie est tout à fait possible, et même encouragé : vous y ferez la découverte d'un pays original, varié, aux décors naturels de toute beauté, et de gens simples et accueillants. Toute menace de guerre est actuellement écartée, et les rues des grandes villes sont particulièrement calmes et sans dangers. La seule précaution à prendre est de ne pas parcourir les chemins non balisés : il reste encore beaucoup de mines anti-personnel enfouies dans le sol.

Si vous êtes ressortissant de la Communauté européenne, vous pouvez entrer en Bosnie-Herzégovine avec un simple passeport, sans autre formalité administrative particulière, pour une durée inférieure à trois mois. La monnaie locale est le mark convertible (KM) : 1 euro = 1,95 KM. Le coût de la vie est bas, et la façon la plus économique et la plus agréable d'y séjourner est de louer une chambre chez l'habitant, pratique courante dans tout le pays. Il n'est pas nécessaire d'apprendre le bosniaque, mais assez peu de gens parlent l'anglais (il y en a quand même, surtout chez les jeunes !), et encore moins le français, il est donc conseillé de connaître quelques rudiments de la langue.

Un autre site qui attire beaucoup de monde depuis trois ans : les pyramides de Bosnie.

Le vieux pont de Mostar
Le vieux pont de Mostar : un haut lieu du tourisme en Bosnie-Herzégovine
Collection personnelle

Art et culture en Bosnie-Herzégovine

Le plus célèbre des écrivains bosniens est probablement Ivo Andric, prix Nobel de littérature en 1961 pour son livre : Un pont sur la Drina. Cette oeuvre est le récit de la population locale à Visegrad, petite ville sur la rivière Drina, qui fait la frontière avec la Serbie. L'âme bosniaque est merveilleusement décrite sous la plume de cet auteur dont on peut visiter la maison natale à Travnik.

Non moins célèbre est l'écrivain Mesa Selimovic, qui a donné son nom au plus long boulevard de Sarajevo, et dont l'oeuvre maîtresse est le Derviche et la mort, roman qui illustre la spiritualité des derviches tourneurs musulmans.

Pendant le siège de Sarajevo, une petite fille a tenu son journal intime, aujourd'hui publié dans le monde entier : le journal de Zlata.

Au cinéma, le réalisateur et scénariste Danis Tanovic a obtenu un oscar, une palme d'or et un ours d'or en 2001 pour son film No man's land. Ce film illustre, avec douleur mais aussi avec un certain humour, la tragédie de la guerre des années 90. Danis Tanovic est retourné vivre à Sarajevo en 2007 et vient de fonder un parti politique multi-ethnique : Notre Parti.

Mais quand on parle de la culture bosnienne, et plus spécialement de celle des Musulmans de Bosnie-Herzégovine, les Bosniaques, on pense avant tout au Sevdah. Le Sevdah est un art populaire de chansons : des textes évoquant la nostalgie, la beauté de la vie, portés par des musiques souvent langoureuses et pénétrantes, qui flottent dans le temps. C'est un style de musique très oriental, hérité des Turcs.

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Commentaires

1. Le lundi 5 mai 2008 à 10:51, par Edin

t'as oublié les pyramides, tiens voici un lien, tout frais qui te permettra d'avoir une plus grande objectivité que les seuls informations données par les lobbystes/détracteurs!!

www.sarajevo-x.com/clanak...

salutations.

2. Le lundi 5 mai 2008 à 18:29, par Dzana

Salut Edin,
En effet, je devrais parler des pyramides : je ferai un petit ajout ce soir à mon article.
Merci pour le lien, même si je reste un peu sceptique sur l'existence de ces pyramides.


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