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Mars 2008
Prison
Rubrique : Enfance .Après l'accident dramatique de Pofalici, Nedzad a écopé d'une petite peine de prison. Petite, la peine, mais prison quand même. Assortie de dommages et intérêts, car sa "victime" Josip a dû être hospitalisé plusieurs jours et a écopé, lui, de plusieurs fractures dont une légère au crâne. Oui, Nedzad n'y était pas allé de main morte. Pauvre Nedzad, pauvre Josip, pauvre Nermina, triste monde. Dans cette histoire, tout le monde fut perdant.
Je n'ai pas suivi le déroulement des affaires judiciaires, car j'étais trop petite et mes parents m'en tenaient à l'écart. Mais des années plus tard, je les ai questionnés afin de savoir comment les choses s'étaient passées. Je sais donc que Nedzad n'a pas cherché à se défendre. Il savait qu'il était responsable, ne se trouvait pas d'excuses et ne cherchait pas à s'en inventer. Il ne fut franchement pas aidé par sa mère, la vieille Erna, qui non contente de lui avoir prodigué une éducation à coups de ceinturons, et de n'avoir jamais eu de considération pour son fils, se mit à crier à tout vent et à la justice que Nedzad était un garçon stupide, qui n'en faisait qu'à sa tête, sans avenir, irrécupérable, et même qu'elle avait honte de lui. Heureusement mon père était là pour faire la balance. Il a dit que Nedzad était un jeune homme travailleur, courageux, volontaire, et que cet accident ne se reproduirait certainement jamais plus, pour la simple et bonne raison que jamais plus Nedzad n'aimerait quelqu'un autant qu'il avait aimé Nermina. Quant à Josip, Dieu merci, ses blessures se sont soignées progressivement et il n'en a gardé aucune séquelle.
Je pense que de tout ceci, Nedzad s'en moquait. Tout ce qu'il savait, c'est que Nermina aimait un autre homme. Et ça, c'était une douleur très vive qui le rendait aveugle à tout le reste. Jusque là, sa vie n'était pas joyeuse mais il avait au moins le plaisir de se réfugier dans son monde intérieur. Mais désormais, même son monde intérieur était froid comme un désert de glace. Etre tenu en prison ne lui faisait pas grand chose. Ici ou ailleurs, de toute façon, ce serait sans Nermina. Ca lui brisait le coeur.
Quelques temps plus tard, j'ai eu l'occasion de rencontrer ce Josip pour la première fois, dans un gymnase de Kosevo. J'accompagnais mon père, et dans la foule j'ai vu Nermina accompagnée d'un jeune homme. J'ai tout de suite deviné qui c'était, mais j'ai préféré ne pas aller les voir. Parce qu'inconsciemment, j'en voulais un peu à Josip d'avoir détruit tous les projets de Nedzad. Bien sûr, je savais qu'il n'était pas responsable, car on ne peut tout de même pas reprocher à un homme d'aimer une femme, surtout quand cet amour est réciproque. Mais quand même, je ne suis pas allée près d'eux, car j'aurais eu le sentiment de trahir Nedzad. Quoiqu'il en soit ce sont eux qui sont venus à notre rencontre, après que Nermina nous ait aperçus. Quand ils sont arrivés à notre hauteur, Josip m'a dit comme ça : "Alors c'est toi Dzana ?" Parce que Nermina lui avait parlé de moi. En toute honnêteté, je dois dire qu'il m'a paru très sympathique, aimable, agréable et souriant. Tant mieux.
Quant à moi, après tous ces évènements, je n'avais plus le coeur à aller bricoler dans l'atelier. Toute seule, c'était beaucoup moins gai. Et mon amie Bojana n'aimait pas le bricolage, puis de toutes façons elle avait interdiction de pénétrer dans l'atelier, car mon père savait qu'elle ne pourrait pas s'empêcher de toucher à tout. J'ai quand même fini par y retourner, dans l'atelier, seule, et j'ai vu la petite table de nuit que Nedzad avait commencé à fabriqué et qui était restée en plan. "Vivement qu'il revienne", me suis-je dit.
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