Slobodan Milosevic - Dzana Bosnie

Dzana de Bosnie


Carnets d'une Bosniaque

A visiter : Forum Bosnie | Photos des Balkans.


dimanche
2
mars 2008

Slobodan Milosevic

Rubrique : Yougoslavie. Mots clé : Personnalités yougoslaves.

Slobodan Milosevic est-il responsable, à lui seul ou en partie, des guerres qui ont ensanglanté la Yougoslavie ? Slobodan Milosevic était-il un ultra-nationaliste de nature, ou bien a-t-il simplement profité de ce mouvement pour accéder au pouvoir et le conserver ? Détenait-il toutes les rênes du pouvoir, ou était-il influencé et manipulé par d'autres hommes et d'autres femmes - à commencer par la sienne ? Qui était Slobodan Milosevic ?

Enfance difficile

Slobodan Milosevic est né le 20 août 1941 à Pozarevac, Serbie, d'un père monténégrin prêtre orthodoxe et d'une mère enseignante. Son père était pope, situation très compliquée dans la Yougoslavie titiste, surtout dans les années 50. La religion était mal vue, les prêtres étaient libres mais n'avaient aucun pouvoir. Ses deux parents se sont suicidés, son père d'abord. Le jeune Slobodan ("Slobodan" signifie "libre") a été élevé par sa famille, dans une ambiance déséquilibrée et bancale.

C'est peut-être pour intégrer une autre grande famille que Slobodan Milosevic adhère très jeune au parti communiste, à l'âge de 18 ans. Parallèlement à son engagement politique il mène des études de droit. C'est d'ailleurs un point commun à la plupart des futurs dirigeants yougoslaves : Alija Izetbegovic (Bosnie-Herzégovine) et Milan Kucan (Slovénie) sont eux aussi diplômés de droit.

Slobodan Milosevic fait alors une première carrière dans l'industrie, dans le secteur de la pétrochimie, puis une seconde carrière dans la finance, à la banque de Belgrade. Rien ne le prédestine alors à une carrière politique d'envergure : c'est un homme au caractère introverti, sans charisme.

L'ombre d'Ivan Stombolic

Toute la carrière de Slobodan Milosevic se trace dans le sillon d'un homme, Ivan Stombolic, son mentor, son maître à penser, son protecteur, qui lui permettra de gravir un à un tous les échelons vers le pouvoir. Chaque fois que Stombolic gravit une marche, la place laissée vacante revient à son protégé. C'est donc grâce à Stombolic que Slobodan Milosevic devient en 1984 chef de la section Belgrade du parti communiste. Et trois ans plus tard, chef du parti communiste de Serbie.

Autant Ivan Stombolic était un homme d'allure, charismatique et imposant, autant son protégé avait du mal à rayonner et s'imposer. Plus tard, en 1989, quand Slobodan Milosevic accèdera au pouvoir, il écartera définitivement son mentor. Ivan Stombolic sera assassiné treize ans plus tard, en août 2000, quelques semaines avant que Milosevic ne perde le pouvoir. Assassiné par des hommes de la police secrète de Milosevic (jugés et condamnés à des peines de prison allant de 15 à 40 ans en juillet 2005).

"Personne n'a le droit de frapper ce peuple"

En 1987, des émeutes éclatent au Kosovo. Milosevic est présent et est interpellé par la foule et surtout par un vieillard qui s'écrie : "Les policiers albanais ont frappé nos frères serbes ! Ils ont frappé des femmes et des enfants !" Slobodan Milosevic, qui sait que la caméra est braquée sur lui, prend alors un air grave et solennel et déclare : "Personne n'a le droit de frapper ce peuple". Puis il marque une pause et reprend : "On ne vous battra plus jamais".

Pendant des jours et des jours, cette parole est passée en boucle sur toutes les radios et télévisions serbes, et fait de lui un héros national. Ce jour-là, Slobodan Milosevic devient le "sauveur" du peuple serbe, celui en qui on va placer toute la confiance.

Titiste ou nationaliste ?

En avril 1987, quelques mois avant cette fameuse déclaration, Slobodan Milosevic avait pourtant ponctué un discours par : "Un nationalisme exclusif qui se fonde sur la haine des autres nationalités ne fera jamais avancer les choses". Etait-il sincère ? Oui, certainement. Mais il a compris par la suite que le courant nationaliste était un formidable tremplin pour accéder au pouvoir. C'est donc par opportunisme qu'il est devenu, en quelques mois, un fervent partisan des projets pan-serbes, et qu'il a renié le Titisme tout en continuant d'affirmer qu'il ne souhaitait que le maintien de la nation yougoslave.

A peine élu à la présidence, il supprime l'autonomie de la Voïvodine et du Kosovo et destitue le dirigeant du Monténégro pour le remplacer par un homme acquis à sa cause. Ainsi Milosevic devient maître de quatre entités politiques (Serbie, Kosovo, Voïvodine, Monténégro), sur les huit que comportaient alors la Yougoslavie, soit la moitié. Il en faut moins que ça pour décider les autres nations (Slovénie, Croatie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine) de déclarer leur indépendance.

La mafia

Tout le pouvoir est entre les mains de Slobodan Milosevic, de sa famille et de ses amis. Les politiciens entrent dans la mafia, et les mafieux entrent dans la politique. Le directeur des trois chaînes de télévision de Belgrade, Dusan Mitevic, est un proche ami de Mira Markovic, la femme de Milosevic. Les actualités à la télé ne font plus que montrer en boucle les "massacres de Serbes" par des Croates ou des Bosniaques, et ne cessent de poser les Serbes en victimes, afin d'exacerber la haine et les sentiments nationalistes. Tous les médias sont contrôlés par Milosevic.

Son fils Marko est lui-même à la tête de trafics de drogues, d'armes et d'humains. Tout en Serbie n'est plus que corruption, mafia, trafics. Pour le financement, Slobodan Milosevic ne s'embarrasse pas : il met sous tutelle la Banque nationale yougoslave (et donc fédérale), gèle les compte, et s'approprie, pour la Serbie et pour son portefeuille personnel, les onze milliards d'euros des épargnants de toutes nationalités ! L'un des plus grands vols de l'histoires des banques.

Slobodan Milosevic
Slobodan Milosevic
Domaine public

Les guerres

En réunissant sous son contrôle la Serbie, le Kosovo, la Voïvodine et le Monténégro, Slobodan Milosevic avait déjà fait un grand pas en avant vers le vieux rêve de la "Grande Serbie". Il continue d'affirmer qu'il souhaite le maintien de la nation yougoslave, sauf qu'il a une conception très personnelle de la Yougoslavie : un pays qui serait entièrement aux mains des Serbes, et en dernier ressort, de lui-même. Aussi, quand la Slovénie puis la Croatie déclarent leur indépendance, il envoie son armée pour "protéger ses frères serbes", en affirmant que s'ils le souhaitent, les Serbes doivent pouvoir rester en Yougoslavie, avec leur territoire, sous l'éternel prétexte que "là où vit un Serbe, là est la Serbie".

En Bosnie-Herzégovine, le nettoyage ethnique prend des proportions effrayantes car il est orchestré par des hommes encore plus fanatiques et sanguinaires que Milosevic : il s'agit du "président" Radovan Karadzic (président de la République serbe de Bosnie, qui n'a jamais existé officiellement) et de son bras droit le général Ratko Mladic. Slobodan Milosevic leur envoie l'armée serbe, qui n'est autre que l'ex-armée fédérale de Yougoslavie. Plus tard, on peut supposer que Milosevic finira par revenir sur ses positions, lassé par l'entêtement de Karadzic. Car les guerres de Bosnie avaient des répercussions sur la Serbie : en plus des embargos décrétés par la communauté internationale, il y avait les afflux de réfugiés serbes, à nourrir et à loger (lire aussi : Guerre de Slovénie, Guerre de Croatie, Guerre de Bosnie.

En 1995, aux accords de Dayton Paris, le président Bill Clinton serre la main de Slobodan Milosevic et lui déclare : "Sans vous, nous ne serions jamais parvenus à cette paix". Il est certain que cette parole de Clinton était ironique, et qu'il a voulu signifier à son homologue : "Sans vous, il n'y aurait jamais eu de guerre, et donc pas de paix à signer".

La chute

Au Kosovo, Slobodan Milosevic continue de n'agir que par la force et la violence, encore et toujours, apparemment incapable de proposer des solutions diplomatiques. Ce qui conduit l'OTAN à bombarder la Serbie pendant deux mois et demi, en 1999. Le pays est dévasté, à genoux, mais Milosevic ose encore déclarer : "La Serbie a gagné".

Pourtant, l'année suivante, Slobodan Milosevic perd les élections face à Vojislav Kostunica. Refusant d'admettre sa défaite, Milosevic affirme que le vote a été truqué et demande son annulation. Cette fois-ci c'en est trop pour le peuple serbe, et Slobodan Milosevic est définitivement écarté du pouvoir. En mars 2001, sommé de se rendre, la police serbe mène l'assaut devant son appartement, et l'ex-président se rend au bout de trente-trois heures de siège. Il est livré à l'ONU en juin 2001.

Sa femme Mira et son fils Marko se réfugient à Moscou, auprès de l'ambassadeur de Serbie en Russie, qui n'est autre que le frère de Milosevic. Slobodan Milosevic est inculpé par le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et génocide. Mais il meurt le 11 mars 2006 au centre de détention des Nations unies à Scheveningen, en cours de procès, d'un infarctus du myocarde. Précisons qu'il assurait lui-même sa défense et qu'il avait déclaré quelques mois auparavant qu'il craignait d'être empoisonné.

Il a été inhumé dans sa ville natale, à Pozarevac, devant une foule de 50 000 fidèles.

Articles sur le même thème :

Billet précédent dans cette rubrique : Serbie
Billet suivant dans cette rubrique : Macédoine

Commentaires

1. Le mardi 4 mars 2008 à 15:47, par Nanouchat

Bonjour Dzana

j'ai été très surprise que tu parle de cette personne. Non il n'était probablement pas seul. Plusieurs l'ont soutenu et ont obéit aux ordres données. Quel gâchis humain ce fut tant pour les Serbes eux mêmes , que pour les autres personnes vivant dans les Balkans. Et ce peu importe qu'ils soient de tel ou tel nationalité ou de tel ou tel religion....

Aujourd'hui ,un peu par esprit de contradiction ou bien par compassion, je voudrais te parler de Svetlana Broz. La petite fille non de Milosevic mais plutot celle de Tito (Jozip Broz). Dans les années 1990 Svetlana Broz pratiquait alors la medecine à l’hôpital militaire de Belgrade. Attristée et Révoltée par les évenements, elle décide d’agir à sa maniere. Dès qu’elle le peut, les we, elle quitte Belgrade et se rend au-delà de la frontière serbe

« soigner qui en avait besoin, sans poser de question ».

« La Bosnie-Herzégovine avait toujours été le symbole de l’harmonie dans notre pays multiethnique et multiconfessionnel. La Yougoslavie de mon enfance s’écroulait tristement. »

Dans les tout petits dispensaires, Svetlana Broz soigne les corps brisés par la guerre. Elle se demande « à quel point les âmes sont meurtries et combien chacun porte en soi une douloureuse histoire. De temps en temps, un geste fraternel ramène l’espoir. » Car certains blessés confient au médecin qu' elle est les petites bontés que d’autres ont eu à leur égard, sans tenir compte de leur origine ethnique ou de leur foi religieuse.

Svetlana Broz veut alors conserver ces précieux témoignages d'humanité et sort une vieille enregistreuse. La femme médecin devienta lors journaliste. Elle recherche des témoins, des gens ordinaires qui pendant la guerre ont côtoyé des « justes », qu’ils soient croates, serbes ou bosniaques. Les témoignages ainsi rassemblés sont publiés sous forme d'un livre. La version en langue française est :

''Des gens de bien au temps du mal. Témoignages sur le conflit bosniaque (1992 - 1995)''
Aux éditions Charles Lavauzelle,

En 2000, elle démissionne de son poste de medecin cardioloque et quitte Belgrade. « J’ai voulu vivre en Bosnie-Herzégovine, parmi les gens que j’avais soignés et dont j’avais recueilli les touchants témoignages. » Elle choisit alors d'aller vivre à Sarajevo, sur ses collines fleuries où pendant 500 ans ont cohabité en paix différentes communautés et où se côtoient encore aujourd’hui, malgré les drames récents, mosquées, synagogues, églises catholiques et orthodoxes.


Peut-être dans notre humanité que nous partageons aurait-il valu plus de femmes et d'hommes comme cette Svetlana Broz et moins d'hommes et de femmes que ce Milosevic.

2. Le mardi 4 mars 2008 à 21:50, par Dzana

Bonjour Nanoucha,
Merci beaucoup pour ce commentaire très constructif ! C'est un véritable article que tu nous fais là. Je ne savais pas tout ça, ce sont des informations très intéressantes, et je vais essayer de me procurer ce recueil de témoignages :)
Pour Milosevic, j'ai longtemps hésité avant de faire un article, et j'ai finalement pensé que ce serait utile pour la compréhension générale des conflits dans les Balkans.
A bientôt,
Dzana

3. Le dimanche 9 mars 2008 à 22:46, par aimé

D’accord avec Dzana, je trouve cette biographie très utile pour comprendre. Belle synthèse. Pour compléter, j’avais entendu dire qu’au moment des premières indépendances il avait déjà réussi à
remanier l’armée en nommant aux postes clés des généraux prêts à suivre aveuglément ses ordres.
Peut-être en savez vous plus que moi à ce sujet. Belle découverte, cette biographie de Svetlana Broz

4. Le dimanche 9 mars 2008 à 23:29, par Dzana

Bonjour Aimé,
Pour l'armée c'est bien simple : au départ elle était yougoslave, fédérale, multi-ethnique. Une fois que Milosevic se fut rendu maître de 4 entités sur les 8 de la Yougoslavie, il devenait maître de l'armée, qu'il a envoyée faire la guerre en Slovénie, en Croatie et en Bosnie. Alors forcément, dans l'armée, tous les non-serbes ont déserté, car ils n'allaient tout de même pas se battre contre leur propre pays ! C'est ainsi que l'armée fédérale est devenue serbe.

5. Le lundi 10 mars 2008 à 21:16, par aimé

Avant que les non serbes aient déserté, n'y avait-il pas eu une période où Milosevic avait fait le ménage pour placer des partisans "pro-nationalistes"?

6. Le lundi 10 mars 2008 à 21:34, par Dzana

Si, bien sûr, tout ceci s'est fait en même temps...

7. Le jeudi 13 mars 2008 à 11:55, par Darcy

Très intéressant
A quand un portrait de l'infâme Radovan Karadzic ?

8. Le jeudi 13 mars 2008 à 22:07, par Dzana

Bonjour Darcy,
Un jour, je parlerai de Karadzic et Mladic, oui... Mais ce sont des sujets délicats, qui demandent de la prudence.

9. Le dimanche 20 avril 2008 à 17:19, par Dina

Salut, sa fait trois jOur que je parcOurs tOn site.. il est vraiment bien, Bravo!

Enfaite je fais un exposé sur la bOsnie pour mes profs. Je vais être évaluer sur ce sujet, pi pour comprendre la guerre qu'il y a eut il faut comprendre l'avant tito pi l'après, tOut ca dans ton site c'est vraiment bien expliqué mais je m'y pers.. =( alors que je veux le faire le plus simplement possible.. Pourrais-tu me dire quelles sont les choses les plus principales à savoir ?



10. Le dimanche 20 avril 2008 à 23:27, par Dzana

Salut Dina,

Je veux bien t'aider bien sûr, et le mieux je pense c'est que tu t'inscrives au forum et que tu y poses tes questions : www.dzana.net/bosnie/inde...

A bientôt,
Dzana

11. Le mercredi 23 avril 2008 à 20:51, par Dina

Merci beaucoup mais pour finir j'ai pris ces texts là pour monter à mon prof et il a très apprécier, c'était passionnant!!

Encore Bravo pour tOn site une vrai réussite !

A bientôt


Ajouter un commentaire :




Pour discuter de la Bosnie herzégovine en général, ou pour toute question sur la Bosnie ou les Balkans, plutôt qu'un commentaire, utilisez plutôt le forum s'il vous plaît : Forum Bosnie.