Auteur : Dzana
Publié le dimanche 17 février 2008.
Rubrique : Balkans.
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Kosovo
Aujourd'hui, dimanche 17 février 2008, le Kosovo a proclamé son indépendance, et celle-ci devrait être prochainement reconnue par une centaine de pays de la communauté internationale, dont la majorité des pays européens. Cette indépendance, qui intervient presque un siècle après le rattachement du Kosovo à la Serbie (décembre 1912), et neuf ans après la guerre civile au Kosovo (1999), porte à sept le nombre de républiques indépendantes qui constituaient autrefois la Yougoslavie.
- Sommaire
- Qu'est ce que le Kosovo ?
- La longue histoire de l'indépendance
- La guerre civile
- L'indépendance
- Le droit des peuples à disposer d'eux mêmes
- L'étrange destin de la Serbie et de la Yougoslavie
- Conséquences possibles
Qu'est ce que le Kosovo ?
Avant de parler de cet évènement, et de ses possibles conséquences, rappelons ce qu'est le Kosovo. Le terme "kosovo" signifie en serbe "pays des merles" (ou "lieu des merles", "champ des merles"), et il s'agit d'un territoire grand comme un ou deux départements français, situé dans les Balkans, en Europe du Sud-Est, sans accès à la mer, et entouré de la Serbie, de la Macédoine, de l'Albanie et du Monténégro, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous (cliquez dessus pour l'agrandir).
La Serbie considère le Kosovo comme le coeur de la patrie, car c'est ici qu'en 1389 eut lieu la grande bataille de Kosovo Polje, qui opposa les Serbes aux Ottomans. Au cours de cette bataille moururent les deux chefs (Murad pour les Ottomans, Lazar pour les Serbe). Bien qu'elle se solda par une défaite des Serbes, ce grand conflit resta dans les mémoires et fut célébré pendant des siècles comme l'événement le plus héroïque de l'histoire serbe. Après cette défaite, les Serbes n'eurent plus les moyens de se défendre et d'enrayer l'avancée des Ottomans, qui poursuivirent leur progression plus au Nord, et qui iront jusqu'aux portes de Vienne.
Par la suite, le Kosovo s'est vu peuplé d'Albanais. Depuis des siècles, Serbes et Albanais cohabitent sur ce territoire, si bien qu'il est impossible de trancher et de dire à qui il appartient réellement. La population majoritaire fut à tour de rôle celle des Serbes et celle des Albanais. Il se trouve qu'à l'heure actuelle, les Albanais y sont largement majoritaires, puisqu'ils représentent presque 90% de la population. Les Serbes représentent 10%.
Les autres populations sont principalement des Gorani (une ethnie slave musulmane), mais aussi des Bosniaques (Musulmans de Bosnie) et des Roms. La carte ci-dessous nous montre la répartition des populations sur le territoire du Kosovo. On constate qu'elles sont fortement dispersées, puisqu'il y a des Serbes au Nord et au Sud.

Répartition des ethnies au Kosovo
Domaine public
La longue histoire de l'indépendance
En décembre 1912 se déroula la première guerre balkanique, qui opposa les Slaves aux Ottomans, et qui marqua l'expulsion définitive de ces derniers sur les territoires balkaniques. Après cette victoire, la Serbie se voit accorder le Kosovo, qu'elle conservera à la suite de la deuxième guerre balkanique (1913).
En 1918, le prestige de la Serbie étant plus grand que jamais - puisque la Serbie fait partie des vainqueurs de la grande guerre - elle se voit confier la direction complète du royaume nouvellement créé : le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui prendra plus tard le nom de Royaume de Yougoslavie. Ce royaume est entièrement aux mains de la famille serbe des Karadjordjevic. En 1945, la Yougoslavie passe sous le contrôle du Croate Josip Broz (Tito).
En 1974, le Kosovo devient province autonome de Yougoslavie. Fait extrêmement important : désormais le Kosovo jouit d'une autonomie relativement importante, pas tout à fait autant que les autres républiques de Yougoslavie, mais presque.
Mais à la fin des années 80, alors que le pays traverse une grave crise économique, le nouveau président de Serbie Slobodan Milosevic décide de s'approprier la province du Kosovo. Il éradique purement et simplement l'autonomie du Kosovo en imposant des amendements abusifs, et en dissolvant le parlement et le gouvernement de la province. Les Albanais se révoltent et les émeutes font 24 morts. Slobodan Milosevic durcit son régime et envoie l'armée. C'est au cours de ces évènements qu'il acquiert véritablement son statut de leader en Serbie. Il organise un immense meeting le 28 juin 1989 à Kosovo Polje, sur les lieux de la célèbre bataille qui s'était déroulée ici six siècles plus tôt. Devant 800 000 personnes, Milosevic explique que la Serbie a enfin retrouvé sa dignité, et que "le temps des batailles est arrivé".
C'est finalement avec la guerre de Slovénie que les bataille commencent, puis surtout avec la guerre de Croatie et la guerre de Bosnie . Les violences au Kosovo reprennent en 1996.
La guerre civile
Depuis des années au Kosovo, l'indépendance est demandée de façon pacifique, par des dirigeants respectés de tout le monde, notamment Ibrahim Rugova, Kosovar albanophone diplômé de la Sorbonne en France, grand pacifiste et futur président. Mais à partir de 1996, des terroristes albanais s'en prennent aux civils serbes et un deuxième courant indépendantiste se crée, ultra-violent : l'UCK, armée de libération du Kosovo, avec pour leader Agim Ceku. L'UCK gagne des territoires de plus en plus grands, jusqu'à occuper en 1998 la région de Drenica, au centre du Kosovo. Pourtant, des élections législatives sont organisées et c'est Ibrahim Rugova (le pacifiste) qui l'emporte, preuve que les Albanais du Kosovo préfèrent la voie de la non-violence (sinon ils auraient élu Agim Ceku qui ne préconisait qu'une solution militaire).

Ibrahim Rugova
Domaine public
Mais ceci ne freine nullement l'UCK qui continue de gagner du terrain et s'empare du tiers du territoire, forte d'une armée de 15 000 hommes. La Serbie répond en envoyant son armée et la guerre civile commence, qui tourne vite au cauchemar : 300 000 albanais sont expulsés du Kosovo, et vont chercher refuge dans les pays voisins, Macédoine, Monténégro, Albanie...
La Communauté internationale, ou plus précisément les Etats-Unis (les Européens, une fois de plus, semblent incapables de prendre la moindre décision dans les Balkans), décide d'intervenir un peu plus rapidement qu'elle ne l'avait fait en Bosnie. Richard Holbrooke (l'émissaire des Etats-Unis) discute avec Slobodan Milosevic et lui impose de laisser le contrôle de l'espace aérien. Pire encore pour Milosevic : le Conseil de sécurité de l'ONU lui fait comprendre qu'en cas de violence de l'armée serbe, l'OTAN réagira immédiatement par la force. Dès lors on peut dire que le destin de la Serbie est scellé : elle n'a non seulement plus le droit d'attaquer, mais n'a même plus le droit de répondre aux attaques des Albanais.
Serbes et Albanais sont réunis à Rambouillet (Paris) au début de l'année 1999, pour signer un accord de paix selon lequel le Kosovo passera sous contrôle de la communauté internationale. Les deux parties refusent, puisque les deux veulent le contrôle total du territoire. Un mois plus tard, les Albanais acceptent finalement... mais pas les Serbes. L'OTAN réagit durement en bombardement la Serbie, et surtout Belgrade, pendant soixante-dix-huit jours.
La Serbie vaincue se voit contrainte d'accepter que le Kosovo soit sous le contrôle de l'OTAN. Pour Slobodan Milosevic c'est le début de la fin : il a perdu toute sa crédibilité et son influence. L'année suivante, il perdra les élections, puis sera fait prisonnier et jugé devant le TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie). Il est mort en 2006 en cours de procès.
L'indépendance
Ibrahim Rugova, le pacifiste, parfois surnommé le "Gandhi des Balkans", a été élu président de la province du Kosovo en mars 2002, poste qu'il a occupé jusqu'à son décès d'un cancer des poumons en janvier 2006. Figure emblématique, aucun successeur potentiel n'a pour l'instant acquis son prestige et son influence.
Depuis neuf ans, le Kosovo demande que l'indépendance lui soit reconnue par la communauté internationale. Une majorité des pays sont pour, notamment la France, l'Angleterre et l'Allemagne. D'autres sont contre, en particulier la Russie (très proche des Serbes), l'Espagne et Chypre. D'une manière générale, ce sont les pays qui ont le plus de problèmes avec des populations indépendantistes, qui s'y opposent : l'Espagne avec les Basques, Chypre avec ses deux régions.
Finalement le feu vert a été donné, et l'indépendance du Kosovo a été proclamée aujourd'hui dimanche 17 février 2008.
Le droit des peuples à disposer d'eux mêmes
Dans le monde entier, des peuples réclament leur indépendance. Woodrow Wilson, président des Etats-Unis de 1912 à 1920, prix Nobel de la paix en 1919, avait énoncé un ensemble de propositions fondamentales pour maintenir la paix dans le monde, et parmi celles-ci le fameux "droit des peuples à disposer d'eux mêmes". Autrement dit, quand un peuple demande son indépendance, il n'y a à priori aucune raison de la lui refuser. En même temps, les républiques dans le monde sont toutes déclarées indivisibles. Il y a donc contradiction. Alors comment trancher ? Dans quel cas doit-on donner l'indépendance à un peuple, et dans quel cas doit-on lui refuser ?
La Communauté internationale a jugé, dans l'ensemble, que le Kosovo pouvait être indépendant. Afin de prévenir tout risque de dérapage, les forces militaires de l'OTAN se tiennent prêtes à intervenir, et affirment que les risques sont assez faibles, car selon eux les dirigeants albanais sont fermement décidés à ce que le droit de tous soit respecté, Albanais et Serbes. Les dirigeants peut-être, mais les civils ? Dans certaines régions, les haines sont très fortes entre Albanais et Serbes, et on peut craindre des attentats et des affrontements.
L'étrange destin de la Serbie et de la Yougoslavie
En l'espace d'un siècle, la Serbie n'aura cessé de s'agrandir d'une part, puis de rétrécir d'autre part. Après ses victoires dans les guerres balkaniques et dans la première guerre mondiale, elle avait dominé le royaume de Yougoslavie, c'est à dire un grand territoire allant de la Macédoine jusqu'à la Slovénie. En 1991, alors que Milosevic rêvait de reconstituer ce territoire au profit des Serbes, il n'a finalement réussi qu'à obtenir l'effet inverse : une diminution progressive et inéluctable du territoire serbe. Il se peut cependant que les frontières ne soient pas définitivement fixées, puisque les Serbes de Bosnie et du Kosovo pourraient bien manifester leur envie de les rejoindre dans les mois et les années qui viennent.
Quant à la Yougoslavie, elle a donc vu six républiques proclamer chacune à leur tour leur indépendance. Dans l'ordre chronologique : Slovénie (1991), Croatie (1991), Macédoine (1991), Bosnie-Herzégovine (1992), Monténégro (2006), Kosovo (2008).
Seule la Serbie ne s'est pas détachée du "bloc yougoslave"... mais elle est la seule à en faire partie désormais.
La seule ? Non, il reste encore la province autonome de la Voïvodine, au Nord de la Serbie. Mais il est peu probable que cette province, peuplée de Serbes et de Hongrois, réclame son indépendance.
Conséquences possibles
Puisque le Kosovo est désormais indépendant, il n'y a dans l'absolu plus aucune raison de refuser cette indépendance à tous les peuples qui la demandent, dans le monde entier : Basques en Espagne par exemple. Mais même, tout simplement, dans les Balkans, où plusieurs régions à majorité serbe pourraient bien être amenées à demander l'indépendance ou/puis leur rattachement à la Serbie :
- Au Kosovo bien sûr, les Serbes pourraient demander de constituer un "état" à l'intérieur du kosovo.
- En Bosnie-Herzégovine, la Republika Srpska (République serbe), pourrait bien elle aussi vouloir former un état indépendant.
Dans les deux cas, si cette indépendance était obtenue, il est évident que les nouveaux pays se rattacheraient ensuite à la Serbie. Il est donc peu probable de voir de nouveaux pays se créer dans les Balkans.
Si vous souhaitez parler de tout ceci, sachez que je viens d'ouvrir un forum, c'est quand même plus pratique que les commentaires : Forum Bosnie et Balkans.
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Commentaires :
Le dimanche 17 février 2008 à 22:15 par Sasa
j'ai oublier de dire encore une chose
"La seule ? Non, il reste encore la province autonome de la Voïvodine, au Nord de la Serbie. Mais il est peu probable que cette province, peuplée de Serbes et de Hongrois, réclame son indépendance."
Qui sait le kosovo a bien obtenue son indépendance peut-être que les hongrois reclamerons leur indépendance un jour lorsqu'ils seront en majorité. Mais bon ce n'est que mon petit délir sa xD
Le dimanche 17 février 2008 à 23:40 par Dzana
Salut Sasa,
Pour ton problème de connexion au forum, je t'ai envoyé un mail :)
Merci de poursuivre de préférence sur le forum : http://bosnie.dzana.net/
A bientôt,
Dzana
Le lundi 18 février 2008 à 00:51 par Konràd
@ Sasa
Fais attention à tes sources. Wikipedia peut contenir de bonnes choses mais aussi de très mauvaises. Je suis allé voir le contenu sur ce sujet, et il y a des erreurs et l'ordre y est souvent chamboulé.
Pour les hongrois en Voïvodine, il y a très peu de risques.
Le lundi 18 février 2008 à 00:52 par Konràd
Tout d’abord merci à toi Dzana pour cet article en ce jour important que l’on soit pour ou contre l’indépendance. L’histoire et les faits sont là et ont été bien énoncé par le maître de ces lieux.
Pour commenter cet article, je rappellerai d’abord quelques précisons historiques et actuelles, mais je m’attacherai d’avantage au caractère juridique de ce problème complexe.
Bien avant ce fait historique déterminant et majeur pour les serbes et le Kosovo, de la bataille du champ des merles, dès le premier millénaire avant notre ère, un peuple plus ou moins nomade, les Illyriens peuplait une grande partie de la région allant de la Slovénie jusque la Grèce. C’est à partir du VI° siècle, cette fois ci de notre ère que les slaves serbes s’installèrent. Très vite pendant la période du Moyen-Age, la Serbie deviendra une puissance dominante dans la région, son territoire englobant largement le Kosovo et ce jusque l’invasion ottomane . Le reste est très bien dit par Dzana. Ce dernier territoire sera peuplé majoritairement de serbes jusqu’au XX° siècle. Les albanais s’y installant de plus en plus pour devenir majoritaire dès la moitié de ce siècle.
Le Kosovo est donc très important pour les serbes et les albanais, il se trouve qu’aujourd’hui il est peuplé majoritairement d’albanais.
Un dernier fait historique mais plus récent, intéressant à noter. Le combat pour l’indépendance devint plus, paramilitaire avec les armes mais civil et par engagement politique. Le Premier ministre du Kosovo Hashim Taci en est un bon exemple en tant qu’ancien de l’UCK.
Venons en au côté juridique. Le droit international est un droit particulier et n’a rien à voir avec le droit interne. Il se compose de sujets : états (Serbie, Albanie…), organisations internationales (ONU, OTAN, UE…). Le droit international tire ses sources des traités, déclarations, décisions, coutumes, principes généraux… Il existe des règles et définitions plus ou moins strictes de ces sujets et des relations entre eux. Le problème avec ce droit, c’est que bien souvent, des décisions ou modifications ont lieu après des situations de facto et non de jure normalement indispensable pour un changement de statut.
L’organisation suprême est la pré-cité Organisation des Nations Unies. C’est elle qui dispose d’un large panel de compétences ou d’arbitrages et ce depuis 1945. Les autres sujet du droit s’engagent à respecter ces règles pacta sunt servanda, et les organisations autres qu’elle aussi.
Ce dimanche 17 février 2008, jour de proclamation d’indépendance « unilatérale » de la part des albanais du Kosovo, nous penche directement sur un problème de droit international.
Cette déclaration d’indépendance ne peut devenir une situation de droit et donc valable qu’après l’accord du Conseil de sécurité. Composé de 15 membres dont 5 permanents, le Conseil ne donnera pas son accord car l’unanimité est exigée. En effet, en posant son veto la Russie ou d’autres encore ne sont pas d’accord avec cette indépendance.
Les pays qui ne la reconnaîtront ou y sont réticents sont : Espagne, Moldavie, Roumanie, Slovaquie, Chypre, Russie, Géorgie…Ils le sont car au sein même de leurs états, existe des régions à tendances indépendantistes. L’indépendance de fait, car non reconnue par l’ensemble de la communauté et unilatérale, crée un état de fait, d’autres l’appelleront « fantoche ». Il faut bien ici, faire la différence entre un statut « légitime » et « légal ». Le Kosovo est aujourd’hui un état de fait, non légal et peut-être légitime.
Dzana a évoqué « le droit des peuples à disposer d’eux mêmes » l’essentiel y est. Ce droit est pendant un certain temps enterré car à éviter, puis il réapparaît et là, peut créer un effet « domino ».
Le droit international, par sa position ambiguë, est souvent contourné et on l’a souvent vu. Comme par exemple la résolution 1244 de l’ONU, qui risque d’être interprétée ou contournée pour que l’OTAN ou l’UE puissent intervenir au Kosovo.
Pour finir, certaines conséquences directes.
Le Voïvodine n’est pas comparable au Kosovo, sa principale minorité, celle des hongrois, ne représente à peine 15% de la population totale de l’ancien « Duché serbe ».
La région du nord Kosovo, celle de Mitrovica avec sa majorité serbe, risque de faire sécession rapidement pour se rattacher à la Serbie.
La République serbe de Bosnie, quant à elle, risque aussi de faire sécession pour un rattachement à la Serbie.
Le vendredi 19 décembre 2008 à 15:08 par Hélène,
Le chef de la mission EULEX, le français Yves de Kermabon, d'après ce que je viens de lire il vient de déclarer que les 6 fameux points ne seront pas appliqués par sa mission et que cela ne concernait que la MINUK .
Dorénavant avec un peu de réalisme, on voit que la MINUK n'est là que pour faire plaisir au monde sauvage politique des pays qui s'opposent à l'indépendance du Kosovo .
De surcroît, ayez les pieds sur terres quand vous concluez que le Kosovo est le berceau serbe historique, spirituel... etc.
-Je vous invite à lire cet article pour mieux comprendre la situation et voir les choses de façon objective sans se laisser aveugler par l'état émotionnel.
Bonne lecture!
Les Albanais sont-ils des envahisseurs au Kosovo ?
par Alain Ducellier, Professeur à l’Université de Toulouse-II Le Mirail, Spécialiste de l’histoire médiévale des Balkans.
Les peuples des Balkans, comme en général les peuples dont l’histoire tumultueuse a été semée de souffrances, ont un malaise commun, qui consiste en une immense difficulté à envisager leur avenir sans se référer à un passé, lui-même objet de manipulations. Aussi, chaque peuple tente-t-il de s’approprier un morceau de l’Histoire, un peu à la manière d’une recette de cuisine à laquelle on ajouterait tel ou tel ingrédient en vue d’en accommoder la saveur à des goûts bien particuliers.
La référence à un passé, aussi bien fictif que réel, se faisant souvent par le biais d’arguments pseudo-historiques - le plus souvent politisés - peut être une arme dangereuse entre les mains de qui sait en tirer parti. L’actuel président de la Serbie, Slobodan Milosevic, ainsi que l’écrivain Dobrica Cosic, idéologue du nationalisme serbe et président de "la nouvelle Yougoslavie" - Serbie et Monténégro, se sont abondamment servis du levier que représentait la Kosova - la prétendue "Vieille Serbie", pour soulever un peuple tout entier (les serbes) contre une population autochtone (les albanais) qui n’avait, de loin, pas les moyens de se défendre.
D’un autre côté, en Bosnie- Herzégovine, la purification ethnique à laquelle nous assistons aujourd’hui, orchestrée par les autorités de Belgrade, nous rappelle douloureusement les tragiques événements de la deuxième guerre mondiale, où l’anéantissement de millions de Juifs fut organisé sous le pernicieux prétexte de rendre à la "race aryenne" sa pureté originelle. La notion d’"aryen", d’ailleurs, n’eut jamais aucun fondement scientifique digne de ce nom. Elle ne fut qu’un délire de plus, qui avait germé dans les cerveaux de déments.
Si l’on considère maintenant la démographie historique de la région qui nous intéresse, en l’occurrence la Kosova, on constate, qu’entre les arguments pseudo-historiques imaginés par les représentants de la Serbie et la réalité effective qui nous est livrée par l’archéologie, la linguistique et l’histoire, il y a un immense décalage. En effet, il est très largement admis, aujourd’hui, que les Albanais sont les descendants directs des peuplades illyriennes, elles-mêmes attestées dès la plus haute Antiquité sur une vaste zone de peuplement comprenant, en gros la Dalmatie, le Monténégro, une partie de l’ex-Macédoine yougoslave et la Kosova.
Cette dernière région se nommait alors "Dardania". La clé de cette appellation nous est livrée par la langue albanaise le mot "dardhë" signifiant "poire". Il s’agissait donc du "Pays des Poires", peuplé de Dardanes, population illyrienne d’où sont issus la majorité des actuels Kosovars albanophones. A l’arrivée des tribus slaves, de nombreux Illyriens s’assimilèrent naturellement aux nouveaux venus - notamment en Dalmatie, et le noyau de peuplement illyro-albanais se réduisit, pour atteindre à peu près les dimensions des régions actuellement habitées par les Albanais.
La période cruciale de l’Histoire de la Kosova commençant avec le Moyen-Age, nous donnerons la parole à Alain Ducellier, éminent historien, professeur à l’Université de Toulouse et auteur de nombreux ouvrages sur l’Empire byzantin, l’Eglise orthodoxe et l’Histoire médiévale des Balkans. Lui, mieux que quiconque, a su éviter les pièges tendus par les nationalistes de tout bord qui n’utilisent l’histoire que dans un but politique, où les visées d’extension territoriales ne sont même pas voilées. Dans un langage clair et à la portée de tous, il nous donne une vision objective - chose précieuse et rare - de l’histoire de la Kosova.
Extrait de "L’Albanie entre Byzance et Venise", Londres, 1987.
Soyons donc clair dans les Balkans plus encore que partout ailleurs, il n’est pas d’autre argument soutenable, pour déterminer l’appartenance nationale de telle ou telle région, que le constat de son occupation actuelle par une majorité nationale dûment reconnue ; en ce sens, le Kosovo, habité aujourd’hui par une population aux deux tiers albanaise, ne saurait être évidemment considéré que comme albanais, et ceci en-dehors de toute idée de rattachement à l’entité politique nommée "Albanie". Que dirait-on, en effet, si, constatant l’existence d’une majorité germanique en Alsace, on voulait en faire une province allemande au sens politique du terme ?
Ces considérations d’évidence font mesurer, le danger qu’il y a à utiliser des arguments "historiques" pour fonder le bon droit d’un peuple à dominer des territoires qu’il a perdus ou qu’il n’occupe plus que minoritairement : on sait le rôle que l’idée de " patrie originelle " a joué dans la genèse et la justification d’Israël.
Cependant, lorsqu’on voit l’obstination avec laquelle on emploie l’argument historique pour prouver que les Serbes ont un "droit" sur le Kosovo dont ils seraient les plus anciens habitants, ensuite dépossédés par les Albanais, il n’est pas mauvais de montrer que, pour une fois, l’histoire et la situation actuelle concordent.
Dans un article récent, Michel Aubin rappelle, ce qui est vrai, que le Kosovo constitua "le centre économique et politique du royaume médiéval serbe aux treizième et quatorzième siècles [1]" ; ce serait donc seulement la conquête turque qui, après avoir éliminé les Serbes des meilleures terres, les aurait enfin contraints, surtout en 1690 et 1738, à émigrer vers la Hongrie méridionale pour les remplacer par des éléments islamisés venus d’Albanie du Nord.
N’insistons pas sur le fait que l’installation d’un centre de pouvoir politique et économique dans un territoire donné ne garantit nullement, surtout au Moyen Age, le caractère ethniquement dominant de ceux qui détiennent l’autorité politique c’est ainsi que le petit despotat " serbe " de Serrès, en Grèce du Nord, a pu dominer, de 1355 à 1371, une population massivement grecque [2]. On ne répétera jamais assez que le nationalisme est une invention moderne, heureusement inconnue des peuples médiévaux qui n’étaient pas aussi sensibles que nous au caractère "étranger" de ceux qui pouvaient les dominer temporairement.
Admettons cependant que les Serbes aient été majoritaires au Kosovo au treizième siècle on ne peut alors s’empêcher de se demander qui habitait la région auparavant. Chacun sait que les Slaves sont le peuple indo-européen le plus tard venu en Europe, puisque les vagues successives de leurs invasions s’étalent sur les VIe et VIIe siècles [3]. On sait aussi que, à cette époque, plusieurs siècles de romanisation n’avaient pas pour autant fait disparaître les vieilles populations autochtones, Daces en Roumanie, Thraces en Bulgarie, Illyriens en Dalmatie, Albanie, Macédoine.
Pour nous en tenir au Kosovo, nul ne nie que, depuis au moins le XVIIIème siècle avant notre ère, il ait vu naître et se développer plusieurs formations politiques illyriennes qui passèrent peu à peu du stade tribal au statut de véritables petits royaumes, Dardanes, Pénestes, Paéoniens, pour ne citer que les plus importants [4]. Or les travaux les plus récents, aussi bien linguistiques qu’archéologiques, tendent tous à prouver aujourd’hui que les Illyriens sont sans aucun doute les ancêtres directs des Albanais [5].
En ce qui concerne l’archéologie, l’étude de la céramique et de la bijouterie (boucles d’oreilles, broches, bagues et surtout fibules) prouve qu’il y a une extraordinaire continuité dans les formes et les techniques entre les nécropoles illyriennes antiques et les trouvailles faites sur les sites médiévaux que l’on peut dater des VIe-VIIe siècles de notre ère (Kalajë e Damalcës près de Pulca et surtout Kruja) la chose est si vraie que l’archéologue yougoslave B. Ćović a pu dater le matériel de Kalaja e Dalmacës des VIe-VIIe siècles avant notre ère [6]. Or, il faut rappeler que les fouilles de Kalaja e Dalmacës ont été entreprises au cours du dernier siècle et que chacun convenait, à l’époque, qu’elles étaient le témoin de l’"ancienne civilisation slave" [7].
A coup sûr, cette continuité illyro-albanaise ne se lit pas seulement sur le territoire actuel de l’Albanie : les découvertes faites dans la nécropole de Mjele, près de Virpazar, en Monténégro, et sur deux sites de la région d’Ohrid, en Macédoine, ont en effet permis de mettre au jour des objets appartenant à la même civilisation [8]. Bien entendu, l’activité particulièrement grande des archéologues albanais depuis la Libération doit être seule prise en compte pour expliquer la plus grande abondance des trouvailles faites sur le territoire national. En l’absence de tout document qui prouverait l’anéantissement, ou l’émigration des populations illyriennes locales lors des invasions slaves, il est donc naturel de penser que, pendant tout le Haut Moyen Age, le Kosovo, comme l’Albanie elle-même, a gardé constamment une population, essentiellement illyrienne, c’est-à-dire albanaise.
Certes, on assista à un phénomène de slavisation, dont la toponymie est le meilleur témoin, mais on sait que la toponymie est un argument de peu de valeur pour déterminer l’ethnie d’une population : songeons au très grand nombre de toponymes slaves que l’on trouve en Albanie même, où nul ne songerait à soutenir que la population ait jamais été majoritairement slave. Au reste, un tel argument ne servirait guère les tenants de la "thèse serbe" puisque la majorité des toponymes slaves du Kosovo comme de l’Albanie semblent bien être plutôt bulgares que serbes, ce qui est fort naturel puisque les Bulgares ont occupé la région dès le IXe siècle et surtout à la fin du Xe, à l’apogée du dernier empire bulgare dont la capitale était Ohrid [9]. A cette époque, les Serbes sont encore loin du Kosovo : en effet, aux IXe-Xe siècles, leurs premières formations cohérentes sont la Rascie, dans la vallée de l’Ibar, à l’ouest de la Morava, et la Zéta, qui correspond en gros à l’actuel Monténégro ; ce n’est qu’au moment où le prince Stjepan accède au titre royal, en 1217, que l’Etat serbe se dilate et englobe la région de Peja (Peć) [à l’époque Ipek], l’essentiel du Kosovo restant pourtant encore en dehors de ses limites. N’insistons donc pas : toute argumentation de type "historique" ne peut que se retourner contre la thèse "serbe" puisque l’Histoire nous apprend que les Serbes sont, à l’égard du Kosovo, des envahisseurs très tard venus.
La domination serbe a-t-elle fait disparaître la vieille population illyro-albanaise ? En fait, ce sont les textes serbes eux-mêmes qui nous prouvent le contraire : en 1348, une donation faite par le grand tsar Stepan IX Dušan au monastère des Saints Michel et Gabriel de Prizren nous prouve qu’il existait, probablement dans les environs de cette ville, au moins 9 villages qualifiés d’albanais (arbanaš) [10]. L’an suivant, le célèbre code promulgué par ce même souverain nous prouve qu’il existait, dans nombre de villages de son domaine, aux côtés des populations slaves, des éléments valaques et albanais dont le dynamisme devait être considérable, puisque le tsar s’efforce de limiter leur installation sur les terroirs [11]. Précisons que si les Valaques et les Albanais sont désormais considérés comme des nomades, ce n’est certes pas parce qu’ils sont des "pasteurs originels", mais simplement parce qu’ils ont été réduits à cette situation par la pression économique et politique du peuple dominant ; déjà en 1328, il en allait de même dans les régions de Diabolis, Kolônée et Ohrid où Jean Cantacuzène narre la rencontre de l’empereur byzantin Andronic III avec les "Albanais nomades" de la Macédoine centrale [12].
A coup sûr, la domination serbe paraissait lourde aux Albanais soumis ; même compte tenu des claires intentions de propagande de l’auteur, il y a sans doute du vrai dans ce qu’écrit, vers 1332, un propagandiste de la Croisade, Guillaume d’Adam : "parce que les dits peuples, tant Latins qu’Albanais, sont opprimés par le joug insupportable et la très dure servitude du seigneur des Slaves qui leur est odieux et abominable, parce que leur peuple est chargé d’impôts, leur clergé abattu et méprisé, leurs évêques et leurs abbés très souvent enchaînés, leurs nobles dépossédés... Tous, ensemble et individuellement, croiraient rendre leurs mains sacrées s’ils les plongeaient dans le sang des susdits Slaves" [13].
Ajoutons que les auteurs byzantins sont très sensibles à l’unité de population depuis l’Albanie jusqu’à la Macédoine : l’historien Laonikos Chalkokondylis, qui écrit au XVe siècle, après avoir souligné que les Albanais de son temps sont fort différents des Serbes et des Bosniaques [14] conclut qu’il n’y a pas d’autre peuple qui, plus que les Albanais, ressemble aux Macédoniens [15].
C’est dans ce contexte que commence la conquête turque, dans la seconde moitié du XIVe siècle, et il est vrai que c’est à la faveur de cet épisode que les Albanais peuvent se réaffirmer au Kosovo, mais certainement pas de la manière dont la chose est présentée d’ordinaire : loin d’arriver "dans les fourgons de l’ennemi", la population albanaise, depuis le lac de Shkodra jusqu’au Kosovo, fit bloc avec les autres populations chrétiennes. Lors du choc décisif de 1389, les auteurs grecs mentionnent, auprès des Serbes et des Bulgares, les Albanais du Nord, ceux de Himara, d’Epire et de la région côtière [16]. Quant à la chronique turque d’Idrisi Bitlisi, elle mentionne spécialement la participation des Albanais de la région de Shkodra dont le prince, Georges Balsha, aurait mené 50 000 hommes à la bataille [17] ; les mêmes renseignements sont d’ailleurs repris par d’autres chroniques ottomanes comme celles d’Ali et de Hoca Saadeddin [18].
La défaite de 1389, en désorganisant complètement l’Etat serbe, laissa le champ libre aux seigneurs locaux les plus dynamiques, parmi lesquels les princes albanais du Nord et du Nord-Est le plus remarquable est Jon Kastrioti, le père de Skanderbeg qui, depuis les hautes régions du Mati, réussit, à la fin du quatorzième et au début du quinzième siècle, à se tailler une vaste principauté qui va de l’estuaire de l’Ishmi jusqu’à Prizren, au coeur du Kosovo. En 1420, en conséquence, il délivrait aux Ragusains un privilège commercial depuis la côte "sur ses terres jusqu’à Prizren" [19].
Ce nouveau pouvoir albanais ne fut certainement pas sans conséquences sur le développement d’une classe marchande au sein d’une population jusque là fort déprimée : les archives de Raguse (Dubrovnik) prouvent, par exemple, qu’un certain nombre de négociants albanais de Raguse séjournent désormais volontiers au Kosovo ; en mars 1428, c’est le cas de Marcho de Tani à qui la République expédie une lettre à Prishtina [20] et, même après la soumission des Kastriot aux Turcs, on trouve encore, dans la même ville en 1448, le marchand albanais Chymo Mathi de Tani [21].
Aussi n’avons-nous aucune raison de penser que les Ottomans, dans cette phase de leur conquête, se soient spécialement appuyés sur les Albanais qu’ils auraient opposés aux Slaves. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que les Albanais sont alors chrétiens comme les Serbes et n’ont aucune propension spéciale à se soumettre aux Ottomans. S’il est hors de propos ici de parler de l’oeuvre de Skanderbeg, dont certaines actions se situent d’ailleurs aux confins du Kosovo, on rappellera que l’historien byzantin Doukas, au milieu du XVe siècle, donne pour principale cause du triomphe turc l’amoindrissement des Albanais, depuis la Dalmatie jusqu’à la Thrace [22]. Quant aux chroniques turques, elles ne manquent pas de mentionner les soulèvements albanais au Kosovo, spécialement celui de 1467 qui voit les "révoltés" piller les troupeaux dans la région de Tetova, sous la direction d’un "traître" nommé Iskender (Skenderbeu) [23].
Il est donc évident qu’une importante population albanaise se trouvait au Kosovo dès avant la conquête turque, sans qu’il soit besoin pour expliquer ce fait, de supposer le déclenchement de migrations massives dont les sources ne parlent pas ; le fait qu’il ne soit jamais question de heurts entre Slaves et Albanais à l’époque du tsar Dušan et surtout lors de l’élaboration de la principauté des Kastriot tend au reste à prouver que le "pouvoir albanais" s’est étendu progressivement et a été généralement bien accepté par les populations locales, sans doute parce que celles-ci comprenaient déjà, de tous temps, d’importants éléments albanais. Quant à déterminer l’importance relative des Albanais par rapport aux Slaves au Kosovo au XVe siècle, il faut dire que c’est à peu près impossible, malgré les ressources nouvelles que nous apportent les registres cadastraux ottomans (defterler) que des éditions récentes mettent à notre disposition : le meilleur exemple en est la publication, en 1974, par Selami Pulaha, du registre du Sandjak de Shkodra, daté de 1485, et qui recouvre les régions de Shkodra, Peja (Peć), Podgorica et Bihor [24].
Soulignons d’abord l’extrême honnêteté avec laquelle S. Pulaha traite les riches données toponymiques et anthroponymiques fournies par cette source : il est bon de répéter avec lui qu’un Albanais peut fort bien porter un nom slave et réciproquement, et qu’une toponymie slave ou albanaise ne préjuge pas de la nature des populations considérées [25]. Cependant, il est sûr que l’usage conjoint d’une double toponymie et d’une double anthroponymie témoigne d’un mélange ethnique dont on peut, suivant les régions, doser les composantes en ce qui concerne le sandjak de Shkodra (qui, rappelons-le, comprend toute la zone kosovare de Peja), S. Pulaha distingue ainsi trois ensembles où l’élément albanais est plus ou moins représenté : région de Shkodra où les Albanais constituent l’énorme majorité, région de Piper, Shestan, Altun-ili, où semble s’établir un certain équilibre entre les deux populations, zone de Peja où les Albanais constituent une minorité considérable [26] et où l’on observe, entre autres choses, que bon nombre de villages qui portent un nom slave sont en réalité peuplés majoritairement d’Albanais [27].
La conclusion essentielle est qu’un mélange aussi intime entre les deux éléments de la population serait tout à fait inimaginable si l’un ou l’autre de ces éléments s’était récemment installé dans la région ; le cadastre ottoman de Shkodra démontre donc, surtout pour la zone de Peja, que les Albanais constituent bien une composante très ancienne de la population locale ; et comme, en outre, nous n’avons pas connaissance d’aucun mouvement massif d’Albanie vers le Kosovo avant le XVIe siècle, il faut penser qu’une bonne part de l’élément albanais kosovar puise ses racines dans la vieille population illyro-albanaise qui dominait depuis l’Antiquité [28].
En ce qui concerne le reste du Kosovo, beaucoup reste à faire, mais on doit savoir qu’a été conservé un très ancien registre cadastral qui, cette fois, s’applique au Kosovo central (Vilkili) de ce registre, daté de 1455, l’historien bosniaque A. Hanžić tire exactement les mêmes conclusions : l’imbrication extrême des deux populations implique, là aussi, la perpétuation du vieux substrat albanais [29].
Il faut ajouter que cet élément albanais fut renforcé, dès les débuts du XVe siècle, par une immigration " économique " surtout entraînée par l’exploitation des richesses minières du Kosovo, spécialement vers les importantes exploitations argentifères de Srebrenica et de Novo Brdo ; ces Albanais, toujours chrétiens bien entendu, sont des techniciens qui, très souvent, ont commencé par émigrer vers Raguse et qui proviennent surtout de l’Albanie côtière septentrionale (Tivar, Shkodra), mais aussi des zones montagneuses (Mati) [30]. Cependant, ces techniciens sont établis au Kosovo depuis parfois plusieurs générations ainsi en est-il de Petar Gonovich Priztenaz (de Prishtina) [31], de Johannes Progonovich de Novomonte (Novo Brdo) et sans doute de bien d’autres [32]. Il n’est pas sans intérêt de noter que, encore au dix-septième siècle, cette immigration d’Albanais catholiques attirés par le travail des mines se poursuivait et entraînait l’établissement de ces travailleurs à Novo Brdo, Gjakova, Prishtina, Trepça, au rapport des visiteurs envoyés par le pape dans la région [33].
Concluons : au Kosovo, ce sont évidemment les slaves ou les peuples slavisés, Bulgares puis Serbes, qui ont occupé, à partir du VIIe siècle, une région dont la population était massivement illyro-albanaise depuis l’Antiquité. Certes, l’implantation slave et la slavisation inévitable d’une partie de la population originelle a permis aux Serbes, au début du XIIIe siècle, de faire du Kosovo leur principal centre politique et économique, mais nul ne pourra jamais savoir quelles étaient, à cette époque, les proportions respectives des deux éléments, dont la coexistence semble pourtant avoir été sans grand problème. Ensuite, la conquête ottomane et l’affaiblissement progressif de la Serbie a permis à la population albanaise, à la fois par réaction interne et grâce au flux migratoire pacifique des Albanais chrétiens du Nord, de peser d’un poids de plus en plus grand au Kosovo. Beaucoup d’études sont encore nécessaires pour pouvoir l’affirmer, mais il est probable que, avant même les migrations slaves de 1690 et 1738 [pure invention de l’historiographie pseudo-nationaliste serbe, comme Malcolm l’a montré], les Albanais constituaient, au Kosovo, une importante minorité, sinon la majorité de la population.
Il serait d’ailleurs injuste d’oublier que les Serbes ne furent pas les seuls à fuir les zones dès lors islamisées au moment même de la grande émigration serbe de 1737-38 : plusieurs milliers d’Albanais chrétiens quittent les zones montagneuses de la région de Shkodra et vont s’établir dans les environs de Karlovac, en Croatie où le gouvernement autrichien les utilise dans le cadre de sa politique de colonisation militaire ; or, ces "Klementiner" [Këlmendi], comme les nomment les textes autrichiens, s’y trouvent intimement mêlés à des éléments serbes, émigrés au même moment et installés de la même manière, ils y maintiendront leurs traditions et leur langue jusque vers 1910, date de leur slavisation définitive [34].
La "déslavisation" du Kosovo est donc un faux problème : elle est seulement le résultat de ces vastes mouvements de convexion qui ont toujours caractérisé l’histoire des peuples balkaniques ; appuyé sur un vieux substrat resté albanais, ce mouvement s’est fait sans violence tout au long du Moyen Age et des premiers Temps Modernes en sorte que les épisodes de 1690 et de 1738 doivent seulement être considérés comme son point d’aboutissement. Ce mouvement séculaire n’a évidemment rien à voir avec les vastes projets du gouvernement yougoslave qui, entre les deux guerres, cherchait à combiner le partage de l’Albanie avec l’Italie fasciste et l’expulsion massive des Albanais vers la Turquie [35].
PS: Je ne souhaitais citer ces faits que pour éclairer le parcours de ces deux peuples qui j'espère bientôt vont promouvoir d'autres valeurs plus humaines que la haine et la logique de rejet mutuel.
Le mercredi 30 septembre 2009 à 19:50 par David
Bonjour,
Peut etre quelqu'un pourrait ma'aider. Je recherche mes origine. Mes parents sont hongrois. Du coté de mon pere ce sont des purs hongrois. Mais du coté de ma mere le nom de famille est : Malik. Ce qui m'amene a penser qu'il ya surement une origine musulmane, du golf ou des balkans. Je sais simplement que ma grand-mere était deja né en hongrie en 1920. Peut etre Malik vient également d'une origine juive sepharades. Si vs avez des informations , MERCI D'AVANCE!
Le lundi 22 février 2010 à 11:51 par jacobin
Je cherche les personnes qui ont connu Michel AUBIN
1923-1996 qui était professeur d'université à Zagreb dans les années 1950.
Son père Jean AUBIN était industriel dans le tissage de coton à Rouen
Le dimanche 04 décembre 2011 à 14:15 par David
Bonjour,
Peut etre quelqu'un pourrait ma'aider. Je recherche mes origine. Mes parents sont hongrois. Du coté de mon pere ce sont des purs hongrois. Mais du coté de ma mere le nom de famille est : Malik. Ce qui m'amene a penser qu'il ya surement une origine musulmane, du golf ou des balkans. Je sais simplement que ma grand-mere était deja né en hongrie en 1920. Peut etre Malik vient également d'une origine juive sepharades. Si vs avez des informations , MERCI D'AVANCE!
MEME DEMANDE 2 ANS APRES , MERCI!!!???









Le dimanche 17 février 2008 à 22:13 par Sasa
Salut dzana je viens de lire ton derniers article et je suis obligé de dire que tu as tort sur un point
"Par la suite, le Kosovo s'est vu peuplé d'Albanais. Depuis des siècles, Serbes et Albanais cohabitent sur ce territoire, si bien qu'il est impossible de trancher et de dire à qui il appartient réellement."
Je t'invite à te renseigner sur un ancien peuple nommer Illyriens tu apprendras que ce sont eux les premiers 'colons' des balkans, or plusieurs tribus se formerai parmis eux les dardanis et les delmatae. Or on sait que dardanis est le peuple qui vit au kosovo c'est a dire les albanais et les delmatea fait surtout penser à la dalmatie. Donc on peut supposer que ses terres ont appartenue en premier au Croate à l'ouest avec les Slovenes et à l'est au albanais. De plus la langue albanaise est appeller 'la langue des anciens Illyriens'. Comme quoi on est presque tous frères aux balkans. xD
Voici mes petit arguments:
fr.wikipedia.org/wiki/Ima...
fr.wikipedia.org/wiki/Ill...