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5
février 2008
Guerre de Bosnie
Rubrique : Bosnie. Mots clé : Guerre de Bosnie, Histoire de Yougoslavie.Nous avons publié sur ce site toute une série d'articles sur les grandes phases de la guerre de Bosnie-Herzégovine, depuis l'indépendance jusqu'aux accords de Dayton. L'heure est donc venue de faire un article récapitulatif, qui retrace les évènements dans l'ordre chronologique, avec de nombreux liens vers les autres articles consacrés à tel ou tel aspect de la guerre.
Avant la guerre
Rappelons que jusqu'en 1992, la Bosnie-Herzégovine faisait partie d'un pays beaucoup plus grand, créé en 1918 : la Yougoslavie. Celui-ci était constitué de six républiques : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine. Le Royaume de Yougoslavie fut d'abord entièrement aux mains des Serbes (de 1918 à 1941), puis entièrement aux mains du Croate Josip Broz, plus connu sous le nom du maréchal Tito (décédé en mai 1980).
Dans les années 80, la Yougoslavie traverse un grave crise économique, qui a pour conséquence un mécontentement général, et comme il arrive souvent dans de telles circonstances, la montée au pouvoir d'hommes politiques aux opinions extrêmes et radicales, ultra-nationalistes. C'est le cas en Serbie avec l'élection de Slobodan Milosevic, et en Croatie avec l'élection de Franjo Tudjman.
En 1991, la Slovénie décide de se séparer des autres républiques et déclare son indépendance. La "petite" guerre de Slovénie dure dix jours et fait 80 morts. C'est alors au tour de la Croatie de se détacher du bloc. Mais il y a 11% de Serbes en Croatie, et ceux-ci craignent d'être persécutés par le gouvernement croate. Ils font donc scission, aidés par leurs "grands frères" de Serbie : c'est la guerre de Croatie, beaucoup plus longue et violente que celle de Slovénie, et qui se termine par un découpage territorial assez extravagant.
Premiers actes de guerre en Bosnie
En Bosnie-Herzégovine, la situation est encore plus compliquée, car il y a trois ethnies. Les habitants de Bosnie sont en effet des Bosniaques (45%), des Serbes (32%), et des Croates (18%), ainsi que diverses minorités (notamment Tziganes). Un référendum pour l'indépendance est organisé. Bosniaques et Croates sont pour, Serbes sont contre. Les Serbes préfèrent donc boycotter le référendum, sachant d'avance que le "oui" l'emportera, puisque Croates et Bosniaques sont plus nombreux. L'indépendance de la Bosnie est donc déclarée le premier mars 1992.
Aussitôt, le pays plonge dans la guerre. Les Serbes de Bosnie, dirigés par le psychiatre ultra-nationaliste Radovan Karadzic, refusent catégoriquement cette indépendance et décident de former un état à part, état indépendant, ou bien rattaché à ce qu'il reste de la Yougoslavie (puisque la Yougoslavie est désormais entièrement dirigée par le Serbe Slobodan Milosevic). Très fortement épaulés par l'armée serbe, très puissante puisqu'elle est une récupération de l'ex-armée fédérale, les hommes de Karadzic et du général Mladic se livrent au nettoyage ethnique des trois quarts du territoire : massacres, camps de concentration et déportations massives de populations. En face, les Bosniaques n'ont pas d'armée pour faire face, car leur président Alija Izetbegovic n'avait pas pris soin d'en former une, persuadé que la guerre ne frapperait jamais la Bosnie. En l'espace de quelques mois c'est un vrai désastre, et les Serbes occupent 75% du territoire, qu'ils rebaptisent "République serbe de Bosnie".
Précisons cependant que ces attaques ne font pas l'unanimité chez les Serbes, loin de là. A Sarajevo, la majorité des familles sont mixtes et pluriethniques. Des familles serbes sont obligées de quitter la ville, ou bien persécutées par les autres, ou même encore, tout simplement, victimes des bombardements. Rappelons à ce titre que le général qui organisait la défense de Sarajevo était lui-même un Serbe : le général Diviac. Il n'est donc pas question d'accuser un peuple dans son entier.
Les enclaves
Les soldats de Mladic et Karadzic entourent Sarajevo, la capitale, qui se trouve livrée à un siège intensif. Comme on le devine c'est la panique générale en ville, et des dizaines de milliers d'habitants s'enfuient où ils peuvent. Les autres restent sur place et subissent le siège de Sarajevo, avec ses bombardements et ses snipers.
D'autres villes n'ont pas été conquises alors qu'elles se trouvent sur le territoire acquis par les Serbes. Il s'agit de petites enclaves bosniaques qui se défendent comme elles peuvent, et qui sont : Srebrenica, Tuzla, Zepa, Bihac, Gorazde.

Immeubles en feu à Sarajevo
Image d'archives

Guérilla urbaine à Sarajevo
Image d'archives
L'ONU
Ce qui rend la situation dramatique, c'est qu'au début les Bosniaques n'ont pas d'armée, alors qu'en face les Serbes sont considérablement épaulés par l'armée de Serbie, qui n'est autre que l'ex armée de la Yougoslavie, extrêmement bien équipée. Et la communauté internationale a décrété un embargo sur les armes. Mais cet embargo ne défavorise que les Bosniaques, puisqu'ils n'ont pas d'armes, alors que les Serbes ont une armée...
Voila pourquoi la visite de François Mitterrand à Sarajevo est attendue avec beaucoup d'impatience. Le président français rend visite à son homologue Izetbegovic le 28 juin 1992. Tout le monde espère que Monsieur Mitterrand va envoyer du soutien militaire, ou tout au moins lever l'embargo. Il n'en est rien. La seule mesure prise par le président français, c'est la réouverture de l'aéroport de Sarajevo afin d'acheminer l'aide humanitaire.
Malheureusement, en agissant de la sorte, François Mitterrand a placé la question bosniaque sur le terrain de l'aide humanitaire, au lieu de la placer sur le terrain militaire. C'est donc écrit : les Bosniaques ne recevront le soutien d'aucun pays européen (il faudra pour cela attendre trois années).
Des milliers de Casques bleus sont envoyés en Bosnie pour "protéger les populations". Malheureusement, les Casques bleus sont victimes d'une hiérarchie absolument incompétente, avec des dirigeants complètement dépassés par les évènements, manipulés par les chefs d'états anti-bosniaques (comme François Mitterrand), et d'une naïveté grotesque avec les dirigeants serbes... (lire : L'ONU en Bosnie)

Char de l'ONU, appelé au secours par des civils
Image d'archives
Guerre triangulaire
En 1993, les choses se compliquent encore davantage. Jusque là, Bosniaques et Croates combattaient ensemble. A partir de 1993 ils se livrent à des combats, en particulier dans la région de l'Herzégovine où des villes comme Mostar sont en grande partie détruites. Certains Bosniaques font même scission auprès du dissident Fikret Abdic. Tout le monde tire sur tout le monde, partout, et plus personne ne sait pourquoi.
La guerre est partout. Sarajevo la capitale est assiégée. Les enclaves (Srebrenica, Gorazde, Tuzla, Zepa, Bihac) sont à l'agonie. A Bihac, les Bosniaques s'affrontent entre eux. Et l'Herzégovine est ravagée par les combats entre Bosniaques et Croates. L'ONU reste tout aussi incapable de gérer quoi que ce soit et de limiter les dégâts.
En Serbie, la situation est également catastrophique, car la Communauté internationale a décrété un embargo complet : plus aucune importation, et donc carence en beaucoup de produits, notamment médicaments. Les Serbes en ont d'autant plus de tristesse qu'ils se sentent étrangers aux problèmes qui frappent la Bosnie voisine, et qui concernent surtout, selon eux, les Serbes de Bosnie.

Image d'archives
1995
La situation se retourne peu à peu en 1994, et se dénoue en 1995. Bosniaques et Croates se réconcilient. En Croatie, les combats ont repris et cette fois-ci les Serbes subissent de lourdes défaites. En Bosnie également, les Serbes perdent doucement du terrain, et n'arrivent plus à en gagner. Ratko Mladic, général de l'armée serbe de Bosnie, tente alors quelques coups extravagants : en particulier une prise en otages de 500 casques bleus, qu'il ligote à des poteaux près de réserves de munitions. Et l'ONU, fidèle à son habitude, cède au chantage. Mais c'en est trop pour la Communauté internationale qui, pour la première fois depuis le début des conflits, se sent blessée dans son honneur. Surtout que le visage de l'Europe a changé, en particulier en France, où François Mitterrand a laissé sa place à Jacques Chirac, qui est beaucoup moins indulgent vis à vis des Serbes. Aux Etats-Unis, Bill Clinton, qui jusque là considérait que ce problème ne concernait que les Européens, décide lui aussi d'intervenir une bonne fois pour toutes.
Il faudra encore le génocide de Srebrenica et ses 10 000 morts (juillet 1995), et en septembre 1995, l'OTAN prend la place de l'ONU et bombarde toutes les positions serbes. C'est la panique générale et les Tchetniks (soldats nationalistes serbes) se retirent dans la précipitation.
Un plan de paix est proposé, octroyant 51 % du territoire aux Bosniaques et aux Croates, et 49 % aux Serbes. Karadzic (président des Serbes de Bosnie), craignant de perdre encore davantage de terrain, accepte donc de le signer (même si c'est Slobodan Milosevic et non pas Karadzic qui signe au nom des Serbes). De même qu'Izetbegovic (président des Bosniaques).
Les accords de Dayton sont donc signés en décembre 1995. Ces accords, aussi scandaleux soient-ils (puisqu'ils valident en quelque sorte les conquêtes sanglantes de territoire), a au moins l'avantage de mettre fin à la guerre.
Aujourd'hui, la Bosnie-Herzégovine est toujours divisée en deux régions : la Fédération croato-musulmane (Bosniaques et Croates), et la République Serbe de Bosnie (Serbes). Et la coopération entre ces deux entités, depuis maintenant 13 ans, est extrêmement problématique... voire impossible.
Ceci était un article généraliste sur la guerre de Bosnie. Pour un récit plus détaillé, choisissez l'un des articles ci-dessous, ou bien commencez par le commencement : Indépendance de la Bosnie.
Articles sur le même thème :
- Indépendance de la Bosnie
- Siège de Sarajevo
- François Mitterrand à Sarajevo
- L'ONU en Bosnie
- Bosnie, 1993
- Génocide de Srebrenica
- Scorpions
- Accords de Dayton
- Yougoslaves au Moyen-âge
Billet suivant dans cette rubrique : Tourisme en Bosnie
Commentaires
1. Le mercredi 6 février 2008 à 20:20, par Sasa
j'adore ta fin.
"Et la coopération entre ces deux entités, depuis maintenant 13 ans, est extrêmement problématique... voire impossible."
C'est drôle de voir que le monde avance mais pas en bosnie ^^
2. Le jeudi 7 février 2008 à 22:23, par Dzana
Oui, enfin personnellement ça ne me fait pas plier de rire...
3. Le samedi 9 février 2008 à 20:42, par Sasa
oui je sais c'est pas marrant. mais enfin bon j'aurai pas trouve mieux pour décrire la situation :/
4. Le jeudi 14 février 2008 à 00:17, par rasta
j'ai 22 ans je vis en france et j'ai jms connu la guerre;quand je pense que les jeunes de mon age ont grandi dans les bombardements la famine et la peur.J'aimerais rencontrer des jeunes serbes croate ou bosniaque je les inviterai chez moi dans mon pays et j'irais dans le leur.l'ex-Yougoslavie doit etre un très beau pays j'aimerais y aller.en tout cas ma porte est grande ouverte a vous l'échange de culture est très important et est facilité par les techniques de communications et de déplacement profitons en pour nous rapprocher les uns des autres que veut dire )ovo je bosnia)?apeler moi mon numéro de téléphone est 06 89 ** ** **.je respecte votre histoire venez chez moi vous etes les bienvenus.
5. Le jeudi 14 février 2008 à 20:36, par Dzana
Salut Julien / Rasta,
Cette proposition est très gentille de ta part, et je t'en remercie ! Par contre j'ai effacé ton numéro de téléphone, car tu sais c'est très risqué, il risquerait d'être récupéré ici par un robot explorateur et tu pourrais recevoir des publicités intempestives sur ton téléphone !
Pour contacter des Bosniaques, n'hésite pas à participer au (tout nouveau) forum : www.dzana.net/bosnie/
Dzana
6. Le vendredi 15 février 2008 à 02:51, par Konràd
Merci pour cette article. :)
Juste ajouter que les Serbes et la Serbie ont toujours été plus méprisé par la communauté internationale de part leur dominance dans la région et ce depuis le royaume de Yougoslavie. On le voit encore aujourd'hui.
Ce qui rejoint à l'armée serbe. Les serbes de Bosnie ont en effet été aider par l'armée Serbe, ancienne armée Yougoslave en partie. Ce que je veux dire c'est qu'avant la réunion des 6 armées au sein de la Yougoslavie, l'armée serbe était déjà dominante.
Après il faut faire une différence entre les armées guérillas et armées conventionnelles.
Dans de nombreux articles de presse actuelle, l'on parle, à propos de l'imminente indépendance du Kosovo ("précédant" indépendantiste), de la dernière pièce du puzzle Yougoslave. Erreur, et vous le savez sans doute mieux, la République Serbe de Bosnie à son tour devrait s'agiter et nous savons dans quel but.
7. Le vendredi 15 février 2008 à 20:38, par Dzana
Salut Konràd,
En effet, les choses sont plus compliquées que la presse ne le dit. L'histoire n'est pas terminée, et je crains personnellement de nouveaux conflits, à commencer par le Kosovo. Quoique pour le Kosovo, j'ai l'impression que les Serbes se préparent à accepter le détachement en douceur... Enfin on ne peut pas le savoir avant.
Je viens d'ouvrir un forum, si vous le voulez, nous pouvons en parler là-bas...
Dzana
8. Le samedi 16 février 2008 à 02:33, par Konrad
D'accord je m'inscris rapidement.
9. Le samedi 16 février 2008 à 23:49, par nadia
Dzana,
Merci de nous parler des sujets d'actualite sur l'independance du Kosovo.
slts
nadia
10. Le dimanche 17 février 2008 à 00:09, par Dzana
Tu as raison Nadia, le Kosovo est actuellement au coeur de l'actualité. Je prépare un article que je publierai demain dimanche :)
Dzana
11. Le dimanche 17 février 2008 à 01:04, par Konrad
En effet il est judicieux d'en faire un, surtout demain.
Nous suivrons ça évidemment avec le plus grand intérêt.
Bon courage pour sa réalisation, la tâche est rude et je me ferai un plaisir de le commenter constructivement.
12. Le mercredi 12 mars 2008 à 19:40, par Mademoiselle J.
Mon ami est bosniaque et je sais que son pere est mort a la gueurre, et je trouve ça abominable que les guerres puissent encore exister de nos jours...!
13. Le jeudi 13 mars 2008 à 00:18, par Dzana
Oui, espérons que l'humanité s'améliore dans les siècles à venir.
14. Le dimanche 30 mars 2008 à 19:34, par kosovo
je suis d accord ac toi kand tu dis que les accords de Dayton sont scandaleux car c'est vrai que ca donnait raison à milosevic et ca légitimait ses actions. mais bon c'est sur que au moins la paix a été signé ms ca n'empeche rien que c'est ridicule.
15. Le lundi 31 mars 2008 à 04:22, par sabri
BONJOUR MESSIEURS,
JE VOUDRAIS BIEN SAVOIR DE QUOI S'AGIT SE SITE
SALUTATIONS
MERCI
16. Le dimanche 4 mai 2008 à 22:30, par Gilbert Badia
Bonsoir Dzana,
je viens de terminer mon second roman, dont l'héroine est Eléna, venue en France traquer un criminel de guerre de son village bosnien.
Un bon roman, bien qu'il ne se réclame pas d'une fidélité historique exacte, il met en exergue une jeune bosnienne diplomée de Sarajevo venue en France traquer un criminel de guerre réfugié en France>
De l'action, du suspense, et surement pour nous ici en France de mieux comprendre ces conflits inter ethniques - Les français l'aime bien, il commencent à apprendre les différences, croates, serbo-croates, bosniens, bosniaques, etc..
Merci à Dzana à qui j'enverrai un emplaire dédicacé de mon roman, si tu le se souhaites
www.publibook.com/boutiqu...
Amitiés à votre peuple
Gilbert Badia (ne pas me confondre avec G.Badia, mon homonyme, historien de la seconde guertre mondiale aujourd'hui décédé)
17. Le dimanche 4 mai 2008 à 23:20, par Dzana
Bonjour Gilbert,
Eh bien félicitations :) N'hésitez pas à présenter l'intrigue de votre roman dans notre petit forum : www.dzana.net/bosnie/inde...
18. Le jeudi 8 mai 2008 à 21:48, par Gilbert Badia
Bonsoir et merci Dzana, j'irais faire un "tour" dans le forum, je ne peux y trouver que des amis de la Bosnie que j'ai toujours défendu, même avec ma "plume" depuis la France
J'y présenterai Eléna, héroïne bosnienne ou bosniaque de mon dernier roman, mais je connais le sens des mots...
Amitiés
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