A visiter : Forum Bosnie | Photos des Balkans.
24
Janvier 2008
L'atelier
Rubrique : Enfance .La semaine dernière, je parlais de celui que tout le monde surnommait "le gros Nedzad", alors qu'il n'était pas gros, mais simplement grand, fort et très robuste. Mon père l'avait pris sous son aile afin de lui apprendre les métiers du bois. Ce qui, pour Nedzad, était un grand tournant, car jusque là il n'avait dans sa vie rencontré que des portes fermées et des paroles blessantes, sans parler des coups de ceinturon prodigués par sa mère quand il était petit.
Etant donné sa carrure et sa force, Nedzad semblait tout indiqué pour les travaux physiques et éprouvants. C'est donc par la charpente que mon père l'a fait commencer, et c'est là que le jeune homme fit ses premières armes. Et le soir, souvent, en débauchant, il venait chez nous et continuait de travailler dans l'atelier de mon père où il avait le droit d'utiliser tous les outils. Et finalement, contrairement à toute attente, il s'est avéré que Nedzad était encore plus habile pour le travail de précision que pour le gros oeuvre. Mon père était ravi, et se félicitait tous les jours d'avoir cru en lui ! Nedzad restait souvent très tard dans l'atelier, si bien que mes parents l'invitaient régulièrement à rester manger. De temps en temps Nedzad se sentait obligé d'aller retrouver sa maison et sa mère, mais le plus souvent il restait dîner.
Nedzad a vite progressé. Un jour il m'a fabriqué un magnifique jeu. C'était une planche en bois décorée de divers motifs, avec des pointes entre lesquelles étaient noués des fils de laine, il y avait une boule en métal qu'il fallait conduire, c'est un peu dur à expliquer avec des mots, mais c'était vraiment un beau jeu ! Nedzad me l'avait offert pour mon anniversaire. D'ailleurs il nous offrait toutes ses plus belles oeuvres. A mon frère il avait offert une statuette de footballeur, à ma mère il avait fabriqué de toutes pièces une table de nuit... et bien d'autres choses encore.
Et moi j'adorais rester avec Nedzad dans l'atelier, le soir, surtout l'hiver quand il faisait tout noir dehors. J'avais bien sûr interdiction formelle de toucher aux outils de mon père, beaucoup trop dangereux pour une enfant, mais Nedzad m'avait fabriqué un maillet en bois, ainsi qu'une vrille pour creuser des trous dans des planches. Et puis mon truc préféré c'était la peinture, et ça, ça ne présente à priori aucun danger. Ainsi j'avais fabriqué, sous les conseils du jeune homme, une cabane miniature. Nedzad y a fortement contribué, je le reconnais : c'est lui qui sciait les planches et qui enfonçait les clous. Finalement moi, je rêvais les plans dans ma tête et je passais la peinture :) Cette cabane miniature a fini dans le jardin, comme refuge pour les petits oiseaux, pour ma plus grande fierté !
Mais souvent je ne bricolais pas, je m'asseyais simplement dans un coin avec un bouquin et je lisais. En même temps j'écoutais Nedzad me parler, et je lui répondais, dans la mesure de mes moyens... je bégayais beaucoup, et il fallait énormément de patience pour avoir la moindre conversation avec moi. Mais Nedzad l'avait, cette patience pour m'écouter. On pourrait se demander sur quelle longueur d'ondes peuvent bien se trouver un jeune homme d'une vingtaine d'années et une fillette. Eh bien, comme je l'ai déjà expliqué, Nedzad avait eu tant de problèmes dans sa vie qu'il n'était pas tout à fait stable dans sa tête, c'est vrai, et que son niveau de conversation était alors relativement bas pour son âge. Je le dis sans aucune méchanceté.
Mais surtout, ce qui nous rapprochait, je crois, c'était notre expérience commune vis à vis des autres enfants. Lui, dans son enfance, avait beaucoup souffert à cause de son pied qui boitait, et qui faisait de lui la risée de tous les autres garçons. Et moi, avec mon bégaiement, qui me rendait incapable de m'exprimer correctement, je faisais aussi beaucoup rire les autres... Nous ne parlions pas de cela, Nedzad et moi, mais nous devions le sentir. En fait, quelque part, en étant gentil et attentionné avec moi, Nedzad soignait aussi le petit garçon blessé en lui...
Billet suivant dans cette rubrique : Le secret de Nedzad
Le Lundi 4 Février 2008 à 20:09 par Titonyo
Certains cherchent toute une vie la compréhension au travers d'un autre, au travers de l'amour, au travers de choses inexistantes...
Alors que finalement ce feeling peut se ressentir si simplement avec un ami, une rencontre d'un jour, une connaissance d'un soir... Trouver cela, c'est comme acquérir un petit trésor en soit...
Content que tu aies pu connaître ce garçon et que finalement vous ayiez suivi une sorte d'autothérapie commune ;).
Ciao
* Tous les champs sont obligatoires, sauf le site web.
Infos sur les commentaires
Ajouter un commentaire
Le Samedi 26 Janvier 2008 à 15:32 par kiara_69
... et quel bonheur de pouvoir passer un peu de temps avec une personne qui nous comprend et que l'on comprend ;)