Important : j'ai perdu ma boîte mails depuis dimanche, ne m'écrivez plus à l'adresse habituelle ! Merci d'utiliser le formulaire.
17
Janvier 2008
Nedzad
Rubrique : Enfance . Mots clé : Nedzad.Il faut maintenant que je parle d'un jeune homme qui a beaucoup compté dans mon enfance, celui que tout le monde appelait "le gros Nedzad". Alors qu'il n'était pas gros, non, il était simplement grand, très robuste et "baraqué", comme on dit. Un vrai physique de bûcheron. Mais gros, non, ce n'est pas vrai.
Nedzad apprenait les métiers du bois auprès de mon père. Aujourd'hui Papa se consacre exclusivement à la charpente, mais en ce temps là il était aussi bien charpentier qu'ébéniste ou menuisier. C'était le temps de la Yougoslavie, et mon père était employé par la ville. Un jour il avait décidé de faire engager le jeune Nedzad dans son équipe et de le former au métier.
Pour Nedzad c'était une grande première, un véritable tournant dans sa vie. Parce que le pauvre, dans l'ensemble, n'avait jamais eu de chance. Tout petit, il était la risée des autres à l'école, car il avait un pied qui boitait. Oui, les enfants sont cruels, et n'avaient de cesse de lui répéter qu'il était infirme et donc bon à rien. Et quand vous êtes petit et qu'on vous répète ça à longueur de journée, vous finissez par le croire. Alors quand mon père lui a dit un jour : "Tu as des qualités et on va les travailler ensemble", vous pensez bien que pour le gros Nedzad une nouvelle vie commençait.
Tous ceux qui le connaissaient trouvaient que c'était un drôle de garçon. Parce que physiquement il faisait beaucoup plus que son âge, mais mentalement... on le disait stupide, voire carrément idiot. Mais je soutiens que c'est faux, et tant que je serai vivante je contredirai quiconque affirmera que Nedzad était un bêta. Parce que je vais vous le dire, moi, d'où venaient ses difficultés mentales. Elles venaient de son pied. Oui, de son pied. Parce que son pied qui boitait faisait dire aux autres qu'il était infirme, et son infirmité faisait de lui un bon à rien. Il s'en est fait une raison. Je suis persuadée que dans le monde entier, beaucoup d'êtres humains sont passés à côté d'une vie heureuse et d'un épanouissement personnel parce que personne ne leur a fait confiance. C'est important de montrer à un jeune, à un enfant, qu'il est capable de réaliser des choses.
D'après ce qu'on m'a raconté, c'était un frêle petit garçon. Mais à l'adolescence son corps s'est développé à grande vitesse et en quelques années il est devenu un vrai colosse. Là pour le coup, plus personne ne venait lui dire qu'il était infirme. Bizarre, non ? Pourtant son pied boitait toujours. Son corps était robuste et solide, comme s'il avait voulu prendre une revanche sur la vie. Revanche ou pas, il a au moins fait taire définitivement toutes les moqueries à son égard.
Côté famille, Nedzad n'était pas franchement gâté non plus. Il vivait seul avec sa mère, une femme assez méchante, en tous cas moi, personnellement, elle me faisait peur. Les quelque fois où je suis allée chez elle, sa mère me faisait des sourires et me donnait des bonbons. Oui, mais je ne sentais aucune sincérité dans ses sourires ni dans ses bonbons. Elle se forçait à être gentille, et ça se voyait. Je me suis même laissée entendre dire qu'elle avait plusieurs fois battu son fils, quand il était enfant. Enfin là encore, à l'âge de vingt ans, Nedzad ne risquait plus grand chose du côté des coups de ceinturon. Pourtant il continuait d'obéir à sa mère, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait jamais imaginé qu'il était possible, pour un fils, de désobéir à sa mère.
Mais Nedzad vouait surtout une admiration sans borne pour mon père, puisque celui-ci lui avait donné sa confiance, l'autorisait à travailler avec ses outils dans son atelier, et lui apprenait les métiers du bois. Nedzad vouait un grand respect pour mon père, et ce respect rejaillissait naturellement sur tous les membres de la famille, sur ma mère, sur mon frère et sur moi. Oui, Nedzad faisait vraiment partie des nôtres. C'est pourquoi j'aimais beaucoup bricoler en sa compagnie, dans l'atelier de Papa. Mais ça, je le raconterai dans un prochain billet.
Le Vendredi 18 Janvier 2008 à 20:04 par kiara_69
Pourquoi tu n'es jamais allée à l'école accompagnée de Nedzad... Bizzarement je pense que personne, même pas Sejla, n'aurait osé t'embêter après t'avoir vu en sa compagnie ;)
Et aujourd'hui, il a plus de chance, il a une famille maintenant ? En tout cas il a un ami très cher (ton père) et ça, ça vaut tout l'or du monde :)
Le Vendredi 18 Janvier 2008 à 23:22 par Dzana
Bonjour,
Marie > Comme tu dis, oui, c'est une jungle. L'école mais aussi toute la vie. Mais bon, si c'était trop simple on s'ennuierait :) Et puis de nos jours les enfants sont je crois très bien encadrés à l'école.
Kiara > Sejla ne me causait des soucis que quand j'étais seule :) Nedzad, aujourd'hui, est marié. Depuis pas très longtemps d'ailleurs. Et il travaille toujours avec mon père...
A bientôt,
Dzana
Le Dimanche 20 Janvier 2008 à 12:40 par Pellegrino
Salut Dzana, (je t'adore)
Ta remarque est très juste et de bon sens...
Je cite;
"Je suis persuadée que dans le monde entier, beaucoup d'êtres humains sont passés à côté d'une vie heureuse et d'un épanouissement personnel parce que personne ne leur a fait confiance. C'est important de montrer à un jeune, à un enfant, qu'il est capable de réaliser des choses."
* Tous les champs sont obligatoires, sauf le site web.
Infos sur les commentaires
Ajouter un commentaire
Le Vendredi 18 Janvier 2008 à 00:41 par Marie
Que les enfants sont cruels entre eux... (pas tous évidemment). J'y penserai avec douleur quand j'aurai des enfants et qu'il faudra le ou la laisser partir dans cette jungle ;)
Heureusement que ton papa était là pour lui donner sa chance, une main tendue compte parfois beaucoup dans une vie.